«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

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Le voile d’hier à aujourd’hui, de la connaissance à l’ignorance

Le voile féminin est bien antérieur au Coran : on trouve cette pratique païenne, avec divers degrés d’obligation, depuis l’Antiquité jusqu’aux juifs ou aux chrétiens. Le Premier ministre Manuel Valls a affirmé sa volonté d’interdire le voile dans l’espace publique. Le Chef de l’Etat lui a immédiatement rétorqué qu’il n’en était pas question. Nos dirigeants devraient sans doute (re)lire le Coran : dans le Codex il n’y a qu’un verset qui y fasse allusion dans la sourate XXXIII - verset 59. 

Un peu d’histoire

En Mésopotamie (1730 av. J.-C.), le voile était associé à la prostitution sacrée dans le culte de la déesse Ishtar. Chez les anciens sémites, on imposait aux femmes de dissimuler leur chevelure, considérée comme le reflet de la toison du pubis. Dans les familles royales syriennes (XVIIe s. av. J.C), il est d’usage de couvrir la tête de la fiancée, tout comme pour les prêtresses du dieu phénicien Ba’al. En Assyrie, le voile devient un signe distinctif des femmes mariées et est interdit aux célibataires, prostituées et esclaves. Dans la Bible, la tradition juive assimile le dévoilement des cheveux de la femme à la nudité. Aujourd’hui, la plupart des femmes juives pieuses se couvrent les cheveux dans une synagogue. Chez les intégristes juifs, comme la secte hassidique, les femmes continuent à se voiler les cheveux ou à porter une perruque pour cacher leurs cheveux. La frumka est une tenue vestimentaire imposée par des groupes ultra-orthodoxes Haredim : un voile et un large manteau masquant tout leur corps, l’interdiction du maquillage ainsi que des téléphone cellulaire… en public. Chez les chrétiens, c’est Saint Paul qui, le premier, a imposé le voile aux femmes : « Toute femme qui prie ou parle sous l’inspiration de Dieu sans voile sur la tête commet une faute (…) L’homme est l’image et la gloire de Dieu mais la femme est la gloire de l’homme car (...) l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit porter la marque de sa dépendance » (Épître aux Corinthiens). Certaines sectes chrétiennes, comme les Amish et les Mennonites, gardent leurs femmes voilées de nos jours.

Que dit le Coran ?

Nulle part, il n’est question de la tête de la femme ni mention du mot « cheveux » (sha’ar). Le Calife Omar Ibn Al Khattab avait pourtant imposé le port du voile à toutes les femmes musulmanes de son époque et en avait interdit le port aux esclaves. Néanmoins, plusieurs écrits évoquent le voile pour les épouses du prophète Mohammad :
- « Dis aux croyantes de baisser leur regard, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leur voile sur leurs poitrines, de ne montrer leurs atours qu’à leurs époux, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs époux, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs époux, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou à leurs servantes, ou à leurs esclaves, ou à leurs serviteurs mâles incapables d’actes sexuels, ou aux garçons impubères » (Sourate XXIV, verset 31)
- « Il n’y a pas de faute à reprocher aux femmes qui ne peuvent plus enfanter et qui ne peuvent plus se marier, de déposer leurs voiles (littéralement : leurs étoffes), à condition de ne pas se montrer dans tous leurs atours ; mais il est préférable pour elles de s’en abstenir. » (Sourate XXIV, 60)
- « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de se couvrir jusqu’en bas ; c’est pour elles le meilleur moyen de se faire connaître et de ne pas être offensées.  » (Sourate XXXIII, 59) - Source : Le Coran, traduction de Denise Masson, Gallimard, Nrf, La Pléiade, 1967.
L’usage a ensuite différé, selon les pays et les époques. On distingue à cet effet cinq types de voiles, du plus « léger » au plus « sévère » :

Le hijāb cache les cheveux

Dérive de la racine arabe hajaba, cacher, dérober aux regards, mettre une distance, le terme signifie en réalité « voile », « rideau » ou « écran » et désigne donc le voile dans son acception large. Aujourd’hui, le hijab est le foulard islamique le plus couramment porté en France, couvrant la tête et les cheveux, les oreilles, le cou et parfois les épaules. Il ne recouvre donc pas le visage, ni l’ensemble du corps. Promu par les Frères musulmans, le hijab était particulièrement visé par la loi de 2004 interdisant les signes ou tenues manifestant une appartenance religieuse à l’école.

Variantes : Le voile al-amira est une coiffe composée de deux pièces : une sorte de bonnet très étroit qui couvre les cheveux, cache les oreilles et le contour du visage, et d’une écharpe en forme de tube, couvrant la première pièce et qui tombe sur les épaules de manière plus relâchée. Le shayla ou dupatta est une longue écharpe rectangulaire qui enveloppe la tête et le contour du visage, recouvrant les épaules auxquelles il est généralement maintenu par une pince ou une broche.
Voile populaire dans la région du golfe Arabo-Persique. Le khimar est un long voile ressemblant à une cape, de forme ronde avec un trou pour le visage, et s’arrêtant juste au-dessus de la taille. Il couvre complètement le contour du visage (oreilles, cheveux, cou), la poitrine et les épaules, mais laisse le visage à découvert.

Le niqab cache les cheveux et le visage

En général de couleur noire, le niqab masque non seulement la tête mais aussi le visage, à l’exception des yeux. Il s’accompagne parfois de gants destinés à cacher les mains (voire de lunettes de soleil ou d’un masque), et peut consister en un vêtement couvrant tout le corps. Son port est plutôt le fait de pratiquantes d’un islam rigoriste, notamment les adeptes du salafisme, contre l’avis de la plupart des théologiens. Dans les pays arabes, le niqab s’est répandu sous l’influence de l’islam wahhabite, surtout en milieu urbain. Le niqab a posé question en France, en 2010, et abouti à la loi interdisant le fait de se masquer le visage dans les lieux publics. C’est également le niqab qui est le plus souvent utilisé par la presse pour illustrer les questions de voile, alors même que son port est largement moins répandu que celui du hijab.

Le jilbab séoudien cache les cheveux et le corps

Cette longue et large robe, souvent noire, portée par les Séoudiennes, couvre l’intégralité du corps de la femme de la tête aux pieds, y compris les bras jusqu’aux poignets. Mais le jilbeb - ou jilbab - laisse apparaître le visage. Son équivalent masculin est le qamis, une longue robe masculine de couleur unie, portée par les Séoudiens. Masquer les formes du corps est vu comme « vertueux » par un islam rigoriste, notamment dans le courant wahhabite et son produit, le salafisme. Pourtant, de très nombreux théologiens refusent cette interprétation, rappelant qu’historiquement, les musulmans se sont habillés très différemment selon les pays et les époques, et que ces deux vêtements sont surtout originaires du golfe Arabo-Persique.

Le tchador chiite iranien cache les cheveux et le corps

Ce mot persan (en afghan tchadri) désigne un voile intégral, généralement noir ou bleu, plus rarement blanc, qui enveloppe le corps d’une femme, sans ouverture pour les mains, laissant le visage à découvert. Apparenté au jilbeb séoudien, le tchador est un vêtement correspondant à une pratique précise : celle du chiisme iranien. A l’origine une pièce de tissu sans manches que les femmes iraniennes portaient avant l’arrivée de l’islam, le tchador est devenu obligatoire dans les rues d’Iran au XVIIIe siècle, avant son interdiction par le chah en 1936. Il a été remis à l’honneur à partir de la révolution islamique de 1979, mais son port n’est pas obligatoire dans l’Iran actuel, un foulard cachant les cheveux et des vêtements dissimulant les formes étant considérés comme suffisants. Aujourd’hui, les Iraniennes adoptent parfois des voiles plus légers, laissant voir une partie des cheveux.

La burqa afghane couvre les cheveux, le visage et le corps

Ce vêtement est généralement un long voile, souvent bleu, parfois marron ou vert, et comprend une « grille » de tissu au niveau des yeux pour permettre de voir sans montrer ses yeux. La burqa existe très peu ailleurs qu’en Afghanistan, où elle était le vêtement traditionnel des tribus pachtounes. La tenue féminine traditionnelle afghane était plus proche du tchador iranien, découvrant le visage. Ce sont les talibans, islamistes rigoristes, qui ont imposé la burqa lors de leur arrivée au pouvoir dans le pays, à la fin des années 1990. Elle est très peu présente en France, mais on la retrouve en Inde et au Pakistan.

Evénement
Un attentat chasse l’autre et crée l’intolérable

Contre l’horreur, en hommage au professeur Samuel Paty, assassiné vendredi pour avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet, la mobilisation a été forte cet après midi. D’importantes manifestations se sont déroulées, ce dimanche 18 octobre. Elles ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes (enseignants, militant(e)s, personnalités politiques et élu(e)s locaux et nationaux) partout en France. Les associations de défense des droits de l’homme (LDH), contre le racisme et l’antisémitisme (SOS racisme) et les syndicats d’enseignants y ont pris la parole pour exprimer la peine et la colère de toute la société française laïque et républicaine et sa détermination à ne pas laisser l’islamisme y prospérer.
Nous étions présents pour témoigner de notre peine pour cet homme libre, assassiné parce qu’il voulait le rester, exprimer notre compassion à sa famille et à ses collègues.
Mais les paroles comptent peu au regard des actes. Il faut agir maintenant. Nous prendrons notre part.

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