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	<title>Croyances &amp; Villes</title>
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	<description>Explorez les mondes du croireactualit&#233;s, analyses et enqu&#234;tes.</description>
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		<title>Croyances &amp; Villes</title>
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		<title>Les Imaginales Ma&#231;onniques &amp; &#201;sot&#233;riques d'&#201;pinal : quand l'imaginaire explore les myst&#232;res du monde</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>KONARZEWSKI</dc:creator>


		<dc:subject>Libre acc&#232;s</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Du 29 au 31 mai 2026, la 13&#232;me &#233;ditions des Imaginales Ma&#231;onniques &amp; &#201;sot&#233;riques d'&#201;pinal vous propose dans le cadre des Imaginales d'&#201;pinal, une s&#233;rie de conf&#233;rences sur la main, outil prodigieux de l'intelligence humaine et symbole de transmission des savoirs aux g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/-Les-organisations-non-confessionnelles-et-philosophiques-.html" rel="directory"&gt;Ob&#233;diences spirituelles et philosophiques &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/+-Societe-+.html" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/+-Philosophie-+.html" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.croyancesetvilles.fr/local/cache-vignettes/L150xH91/ime-2026-d176a.jpg?1779739169' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&#192; l'occasion des Imaginales d'&#201;pinal, grand rendez-vous fran&#231;ais des litt&#233;ratures de l'imaginaire, les Imaginales Ma&#231;onniques &amp; &#201;sot&#233;riques reviennent du 29 au 31 mai 2026 avec une treizi&#232;me &#233;dition plac&#233;e sous le th&#232;me &#171; [De]Main en Mains &#187;. Conf&#233;rences, r&#233;flexions philosophiques, symbolisme, transmission et cr&#233;ation artistique nourriront trois jours d'&#233;changes ouverts au public dans le temple ma&#231;onnique spinalien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Depuis plus d'une d&#233;cennie, les Imaginales Ma&#231;onniques &amp; &#201;sot&#233;riques d'&#201;pinal occupent une place singuli&#232;re dans le paysage culturel des c&#233;l&#232;bres Imaginales. Cr&#233;&#233;e en 2013 &#224; la suite du 150e anniversaire de la loge &#171; La Fraternit&#233; Vosgienne &#187;, l'association organisatrice a souhait&#233; prolonger les &#233;changes initi&#233;s autour de l'histoire ma&#231;onnique et de la r&#233;flexion symbolique en les articulant au grand festival des litt&#233;ratures de l'imaginaire d'&#201;pinal.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Chaque ann&#233;e, cette rencontre atypique attire un public curieux de philosophie, d'histoire, d'&#233;sot&#233;risme, de spiritualit&#233; ou encore de sciences humaines. Plus de 10 000 auditeurs ont ainsi franchi les portes du temple ma&#231;onnique d'&#201;pinal depuis la cr&#233;ation de l'&#233;v&#233;nement, preuve d'un int&#233;r&#234;t durable pour ces d&#233;bats m&#234;lant pens&#233;e symbolique et r&#233;flexion contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;text-2xl font-bold text-b-assmat mt-4 mb-2&#034; id='Une-edition-2026-sous-le-signe-de-la-main'&gt;Une &#233;dition 2026 sous le signe de la main&lt;/h2&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le th&#232;me choisi cette ann&#233;e, &#171; [De]Main en Mains &#187;, explore la symbolique de la main &#224; travers l'histoire, l'art, la transmission et les mutations de la soci&#233;t&#233;. Les organisateurs rappellent combien la main accompagne l'humanit&#233; depuis ses origines, des empreintes pari&#233;tales pr&#233;historiques jusqu'aux gestes num&#233;riques du monde contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;La main appara&#238;t comme &#171; le premier geste de la conscience &#187;, un symbole de cr&#233;ation, de savoir-faire et de transmission. La proximit&#233; entre les mots &#171; main &#187; et &#171; demain &#187; inspire d'ailleurs l'ensemble de la programmation 2026 : &#171; Les mains b&#226;tissent ce que le temps appellera demain &#187;, r&#233;sume Patrice LHOTE, l'un des Co-Pr&#233;sidentl de l'association et de cette &#233;dition&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Au-del&#224; de la dimension symbolique, les conf&#233;rences interrogeront des sujets tr&#232;s contemporains : l'avenir des solidarit&#233;s, la justice de demain, les mutations technologiques, la chirurgie de la main ou encore les nouvelles formes de fraternit&#233;. Les intervenants viendront d'horizons vari&#233;s : &#233;crivains, philosophes, m&#233;decins, journalistes, artistes ou chercheurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;text-2xl font-bold text-b-assmat mt-4 mb-2&#034; id='Un-espace-de-dialogue-et-de-reflexion'&gt;Un espace de dialogue et de r&#233;flexion&lt;/h2&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Les Imaginales Ma&#231;onniques &amp; &#201;sot&#233;riques revendiquent une d&#233;marche d'ouverture. Les conf&#233;rences sont accessibles au grand public et r&#233;unissent aussi bien des francs-ma&#231;ons que des intervenants ext&#233;rieurs. L'objectif affich&#233; est de favoriser un d&#233;bat apais&#233; autour de sujets souvent m&#233;connus ou entour&#233;s de fantasmes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Eric Badonnel, l'autre Co-Pr&#233;sident des &#171; Imaginales Ma&#231;onniques &amp; &#201;sot&#233;riques d'Epinal &#187; rappelant que la franc-ma&#231;onnerie s'est historiquement construite comme un espace de discussion prot&#233;g&#233;, destin&#233; &#224; permettre le dialogue au sortir des guerres de religion europ&#233;ennes, indique qu'aujourd'hui les IM&amp;E entendent poursuivre et pr&#233;server cet esprit d'&#233;coute et de r&#233;flexion critique, loin des pol&#233;miques imm&#233;diates du d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Cette dimension p&#233;dagogique fait partie int&#233;grante du succ&#232;s de l'&#233;v&#233;nement. Les conf&#233;rences, organis&#233;es dans le temple ma&#231;onnique d'&#201;pinal, proposent au public d'approcher les notions de secret, de transmission ou d'initiation sous un angle culturel et philosophique davantage que dogmatique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;text-2xl font-bold text-b-assmat mt-4 mb-2&#034; id='Des-invites-prestigieux-depuis-2013'&gt;Des invit&#233;s prestigieux depuis 2013&lt;/h2&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Au fil des &#233;ditions, les Imaginales Ma&#231;onniques &amp; &#201;sot&#233;riques ont accueilli de nombreuses personnalit&#233;s du monde intellectuel et artistique. Parmi les intervenants figurent notamment les auteurs &#201;ric Giacometti, Jacques Ravenne, Henri Loevenbruck, Didier Convard ou encore Michel Maffesoli et Rapha&#235;l Liogier.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;L'&#233;v&#233;nement s'accompagne &#233;galement d'expositions artistiques et d'un prix litt&#233;raire sp&#233;cifique : le Prix Cadet Roussel, remis chaque ann&#233;e &#224; une personnalit&#233; ou &#224; une &#339;uvre en lien avec l'imaginaire ma&#231;onnique et symbolique. Pour l'&#233;dition 2026, ce prix sera attribu&#233; &#224; Solange Sudarskis pour l'ensemble de son &#339;uvre et son ouvrage &lt;i&gt;L'&#201;nigme des Ma&#238;tres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Une exposition de l'artiste contemporaine Annie Tremsal viendra enfin compl&#233;ter la programmation avec &#171; De Main et de Geste &#187;, une r&#233;flexion plastique autour de la mati&#232;re, du vide et du geste cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Adoss&#233;es au rayonnement national des Imaginales, les Imaginales Ma&#231;onniques &amp; &#201;sot&#233;riques poursuivent ainsi leur ambition : faire dialoguer imaginaire, culture et pens&#233;e symbolique dans un cadre ouvert &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2393 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.croyancesetvilles.fr/IMG/jpg/sans-titre.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.croyancesetvilles.fr/local/cache-vignettes/L500xH502/sans-titre-210c0.jpg?1779739730' width='500' height='502' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le temps : une illusion pour certains physiciens </title>
		<link>https://www.croyancesetvilles.fr/Le-temps-une-illusion-pour-certains-physiciens.html</link>
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		<dc:creator>REDACTION</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le temps n'existe pas. Des physiciens pensent que le temps est une illusion et que le pass&#233;, le pr&#233;sent et le futur coexistent.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/+-Science-+.html" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.croyancesetvilles.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/et-si-le-temps-n_existait-pas-e2e07.jpg?1777209089' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Selon certains mod&#232;les &#233;labor&#233;s par des physiciens, l'univers dans son ensemble serait immobile. Ce que nous appelons &#233;volution ne serait qu'un effet d'intrication entre syst&#232;mes, donnant naissance &#224; une impression de mouvement et &#224; l'illusion du temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Et si le temps n'existait pas ? Dans notre quotidien, tout semble r&#233;gi par une m&#233;canique implacable : une journ&#233;e dure vingt-quatre heures, les secondes s'&#233;gr&#232;nent sans que rien ne puisse les retenir, conf&#233;rant &#224; notre vie une sensation de mouvement inexorable vers l'avant. Pourtant, certaines th&#233;ories en physique quantique bouleversent cette intuition fondamentale. Elles sugg&#232;rent que le temps pourrait &#234;tre une illusion, un concept utile, certes, mais sans r&#233;alit&#233; propre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Pour comprendre cette id&#233;e vertigineuse, il faut d'abord reconna&#238;tre que nous ne mesurons jamais le temps directement. Nous observons simplement des changements dans diff&#233;rents syst&#232;mes. Autrefois, la course du Soleil et de la Lune servait de r&#233;f&#233;rence : leur position dictait les heures du jour et de la nuit. Aujourd'hui, les scientifiques utilisent des instruments ultra pr&#233;cis, comme les horloges atomiques, qui comptent les oscillations d'un &#233;lectron autour d'un atome. Autrement dit, ce que nous appelons &#171; le temps &#187; n'est que l'&#233;volution d'une autre r&#233;alit&#233; physique, celle de notre propre savoir et de nos outils.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Un article de Popular Mechanics prend l'exemple d'un circuit automobile. Une voiture tourne sur le circuit, tandis qu'une main tenant un chronom&#232;tre marque chaque tour. En pratique, on pourrait d&#233;crire toute la course par une simple table de correspondance entre les positions de la voiture et celles du chiffre indiqu&#233; sur le chronom&#232;tre, sans jamais avoir besoin de faire intervenir la variable &#171; t &#187;, symbolisant le temps. Le chronom&#232;tre indique 36, la voiture a donc effectu&#233; 36 tours.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Cette id&#233;e prend une dimension encore plus int&#233;ressante en physique quantique. Dans ce domaine, les physiciens &#233;tudient les changements d'&#233;tat des particules &#224; une &#233;chelle infinit&#233;simale. En 1983, les chercheurs Don Page et William Wootters ont propos&#233; un concept audacieux : le temps pourrait &#233;merger &#224; partir d'un ph&#233;nom&#232;ne appel&#233; &#171; intrication quantique &#187;, une corr&#233;lation profonde entre le syst&#232;me &#233;tudi&#233; et l'horloge qui le mesure. Selon leur approche, la dynamique d'un syst&#232;me r&#233;sulterait de cet enchev&#234;trement, m&#234;me si l'&#233;tat global de l'univers reste, lui, parfaitement immobile.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;text-2xl font-bold text-b-assmat mt-4 mb-2&#034; id='Une-simple-impression-de-continuite'&gt;Une simple impression de continuit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Cette hypoth&#232;se est vertigineuse : chaque instant de temps correspondrait &#224; un univers distinct. Passer du pr&#233;sent au futur reviendrait simplement &#224; se d&#233;placer d'un univers &#224; l'autre dans cet ensemble infini. Ce glissement ram&#232;ne &#224; l'exp&#233;rience du fameux chat de Schr&#246;dinger, simultan&#233;ment vivant et mort par effet d'intrication. &#202;tre dans un univers o&#249; le chat est vivant ou dans celui o&#249; il est mort serait &#233;quivalent &#224; exister dans deux instants diff&#233;rents du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Si le temps est une illusion, le pass&#233; et le futur coexisteraient donc avec le pr&#233;sent. Aucun instant ne serait sp&#233;cial ou &#224; privil&#233;gier par rapport &#224; l'autre. Le fleuve du temps ne nous emporterait pas vers l'avant comme nous l'&#233;voquions en d&#233;but d'article ; notre conscience se contenterait de se corr&#233;ler successivement aux diff&#233;rents &#233;tats de l'univers. L'impression de continuit&#233; que nous ressentons au quotidien ne serait qu'un effet de perception au sein d'un immense ensemble d'&#233;tats intriqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Albert Einstein partageait cette vision apais&#233;e du temps. Dans une lettre adress&#233;e &#224; la femme de son ami Michele Besso, apr&#232;s la mort de ce dernier, il &#233;crivait : &#171; Pour ceux qui croient en la physique, la distinction entre pass&#233;, pr&#233;sent et futur n'est qu'une illusion, aussi tenace soit-elle. &#187; Le g&#233;nie y voyait une consolation : dans cet univers intemporel, rien ne dispara&#238;t vraiment, tout coexiste dans un vaste ensemble de possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Mais si l'univers est r&#233;ellement intemporel, quelles nouvelles explorations s'ouvrent &#224; la physique ? Certains chercheurs imaginent qu'en manipulant de fa&#231;on subtile l'horloge quantique de l'univers, nous pourrions influencer sa dynamique elle-m&#234;me. Cette id&#233;e, encore hautement sp&#233;culative, sugg&#232;re que les lois fondamentales ne seraient pas fig&#233;es. Elles pourraient &#234;tre reprogramm&#233;es selon la mani&#232;re dont nous interagissons avec la structure intemporelle du cosmos. Comprendre la nature pourrait, enfin, signifier en prendre v&#233;ritablement la mesure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le probl&#232;me du mal : Comprendre le mal comme mal absolu</title>
		<link>https://www.croyancesetvilles.fr/Le-probleme-du-mal-Comprendre-le-mal-comme-mal-absolu.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.croyancesetvilles.fr/Le-probleme-du-mal-Comprendre-le-mal-comme-mal-absolu.html</guid>
		<dc:date>2026-03-06T07:55:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Agn&#232;s Pigler</dc:creator>


		<dc:subject>Expertises</dc:subject>
		<dc:subject>Religion </dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le Probl&#232;me du mal (3/3) - Dans son introduction Agn&#232;s Pigler, nous a parl&#233; de cette fiction, La grande menace (The M&#233;dusa touch), dans laquelle le protagoniste vainc par deux fois la mort, habit&#233; qu'il est par le mal radical, avec pour seul but la destruction de l'humanit&#233; enti&#232;re. Dans cette derni&#232;re partie de sa r&#233;flexion sur le probl&#232;me du mal, elle nous invite &#224; nous demander &#171; s'il n'y a pas un mal absolu sup&#233;rieur encore dans sa noirceur au mal radical &#187; en r&#233;pondant aux questions : &#171; Un tel mal absolu est-il pensable ? Est-il explicable ou bien surpasse-t-il &#224; la fois notre raison et notre imagination ? &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/+-Philosophie-+.html" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.croyancesetvilles.fr/local/cache-vignettes/L150xH94/image-article-le-mal-3-e67f4.jpg?1775209693' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Dans mon introduction sur l'origine du mal, nous avons parl&#233; de cette fiction, La grande menace (The M&#233;dusa touch), dans laquelle le protagoniste vainc par deux fois la mort, habit&#233; qu'il est par le mal radical, avec pour seul but la destruction de l'humanit&#233; enti&#232;re. Dans cette derni&#232;re partie de ma r&#233;flexion sur le probl&#232;me du mal, nous nous demanderons &#171; s'il n'y a pas un mal absolu sup&#233;rieur encore dans sa noirceur au mal radical &#187; en r&#233;pondant aux questions : &#171; Un tel mal absolu est-il pensable ? Est-il explicable ou bien surpasse-t-il &#224; la fois notre raison et notre imagination ? &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Nous l'avons vu, le mal est une &#233;nigme et un scandale. C'est en tant qu'&#233;nigme qu'il nous a fallu rechercher ce qui l'explique. Mais nous nous sommes rendu compte que cela ne suffisait pas. Car le scandale reste entier malgr&#233; les explications : comment pourrait-on &#171; expliquer &#187; le scandale absolu des camps de la mort ? S'agissant d'Auschwitz toute tentative d'explication philosophique se trouve terriblement &#233;branl&#233;e et ne r&#233;siste gu&#232;re &#224; cette mise a&#768; l'&#233;preuve. Parmi les intellectuels, Hannah Arendt est, comme nous l'avons dit, une des rares &#224; avoir regard&#233; le probl&#232;me en face. Hans Jonas a n&#233;anmoins propos&#233; une autre analyse du mal absolu. Dans son ouvrage &lt;i&gt;Le concept de Dieu apr&#232;s Auschwitz&lt;/i&gt;, il analyse ce que signifie le silence de Dieu pendant le massacre de son peuple au cours de la Seconde Guerre mondiale. Selon lui, le fait que Dieu ait &#171; laisse&#769; faire &#187; le mal, est le signe de son impuissance. D'o&#249; cette conclusion : il ne faut pas expliquer le mal a&#768; partir de Dieu, mais comprendre Dieu a&#768; partir du mal. C'est pourquoi, devant le mal absolu que repr&#233;sente les camps de la mort, Jonas pose une question qui lui para&#238;t &lt;i&gt;in&#233;vitable&lt;/i&gt; : o&#249; &#233;tait Dieu quand on exterminait des innocents ? Le Dieu dont il est ici question n'est pas celui des philosophes, mais bien celui de la Thora, et devant le scandale absolu du mal nazi il faut reconnaitre que ce Dieu a &#233;t&#233; impuissant &#224; prot&#233;ger sa cr&#233;ation. L'exp&#233;rience historique du mal absolu, le nazisme et avec lui Auschwitz et l'extermination des Juifs, doit d&#232;s lors soulever la question de la validit&#233; de l'id&#233;e m&#234;me de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;De fait, pour Jonas, le mal absolu implique de renoncer &#224; l'id&#233;e de Dieu comme transcendant au mal absolu qui ronge sa Cr&#233;ation, nature et humanit&#233; ensemble, et son silence prouve son impuissance, et peut-&#234;tre son indiff&#233;rence, voire son inexistence. Auschwitz est donc le nom de l'&#233;v&#233;nement qui a r&#233;v&#233;l&#233; l'impuissance de Dieu. D&#232;s lors, l'humanit&#233; endosse une nouvelle responsabilit&#233;. Celle du mal commis, bien s&#251;r, du mal qui existe sans raison, sans motif, sans int&#233;r&#234;t &#8211; bref d'un Mal au-del&#224; de la compr&#233;hension et de l'explication (c'est le mal absolu), et au-del&#224; aussi de tout ce qui est fait pour le combattre ou, &#224; tout le moins, pour t&#233;moigner au nom d'une autre puissance que celle du Mal. D'une certaine mani&#232;re, quand Dieu n'est plus en mesure d'aider les hommes, c'est &#224; eux qu'il revient d'aider Dieu. Telle est la conclusion de Jonas dans ce terrible ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;C'est aussi le point de vue de Marcel Conche qui, dans son &lt;i&gt;Journal &#233;trange, &lt;/i&gt;&#233;crit que la souffrance des enfants constitue le mal absolu : &#171; La souffrance des enfants devrait suffire a&#768; confondre les avocats de Dieu &#187;. Et il ajoute cette pr&#233;cision : &#171; l'exp&#233;rience initiale a&#768; partir de laquelle s'est form&#233;e ma philosophie fut li&#233;e a&#768; la prise de conscience de la souffrance de l'enfant a&#768; Auschwitz ou a&#768; Hiroshima comme mal absolu, c'est-a&#768;-dire comme ne pouvant &#234;tre justifie&#769; en aucun point de vue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;On le voit, pour des philosophes comme Arendt, Jonas ou Conche, le mal absolu a pour caract&#233;ristique d'&#234;tre historique, d'une part, et d'&#234;tre impensable, d'autre part. Tous se r&#233;f&#232;rent &#224; la Shoah comme &#224; &lt;i&gt;l'&#233;v&#232;nement historique total&lt;/i&gt; qui a fait surgir le mal absolu devant nos consciences sans qu'elles puissent pour autant le comprendre et l'expliquer. Devant le scandale du mal absolu la raison ne peut que renoncer &#224; comprendre car le mal absolu produit un sentiment de d&#233;vastation intellectuelle et conceptuelle. Ainsi, le probl&#232;me du mal absolu s'identifie a&#768; celui de la capacit&#233; de destruction humaine, qui rel&#232;ve de notre seule responsabilit&#233;. La question qui se pose alors est la suivante : si Dieu a pu laisser faire advenir le mal absolu, par impuissance ou par indiff&#233;rence, pourquoi nous autres, hommes, avons-nous pu tol&#233;rer ce mal absolu, voire en &#234;tre complices par l&#226;chet&#233; ? L'homme doit se sentir pleinement responsable face au mal et plus encore face au mal absolu. La d&#233;couverte des camps de la mort, et tout ce que le mot d'Auschwitz en est venu a&#768; signifier en tant que manifestation d'une malveillance absolue sans explication ni absolution possible &#8211; tout cela n'implique-t-il pas notre &lt;i&gt;responsabilit&#233; enti&#232;re &lt;/i&gt;d'hommes conscients de notre humanit&#233; ? Si Auschwitz a an&#233;anti la port&#233;e de nos cat&#233;gories morales, Auschwitz a aussi soulev&#233; des doutes radicaux sur nos capacit&#233;s &#224; mettre en pratique ces cat&#233;gories morales en assumant la responsabilit&#233; de ce mal absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le concept de banalit&#233; du mal arendtien prend alors un nouveau sens. En effet, si, dans son ouvrage sur Eichmann, Hannah Arendt a tellement insiste&#769; sur l'apparente absence d'intentions mal&#233;fiques chez ce criminel, c'est aussi, peut-&#234;tre, pour mettre en &#233;vidence la lourde t&#226;che et le spectaculaire d&#233;fi laiss&#233;s en partage a&#768; la philosophie ult&#233;rieure &#224; Auschwitz : la t&#226;che et le d&#233;fi de penser une responsabilit&#233; morale &lt;i&gt;hors intentionnalit&#233;&lt;/i&gt;. Dans le mal absolu tel qu'Arendt l'a analys&#233;, c'est bien en effet la notion d'intention qui vient en question &#8211; m&#234;me si elle n'emploie pas ce vocabulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&lt;i&gt;Du mal radical au mal absolu, en passant par la banalit&#233; du mal, une compr&#233;hension politique est &#224; l'&#339;uvre&lt;/i&gt;. Pour expliquer ce point d&#233;cisif je dirai que le mal est dit &#171; radical &#187; eu &#233;gard au &#171; monde commun &#187;, c'est-&#224;-dire vis-&#224;-vis du monde-du-sens-partag&#233; en tant que monde &#171; politique &#187; ; et qu'il l'est parce qu'il vise sa destruction totale. Mais sa radicalit&#233; va de pair avec le fait troublant que ce mal est accompli individuellement de mani&#232;re tout &#224; fait &#171; banale &#187;, sans qu'il acqui&#232;re la profondeur d'un acte intentionnel. C'est ce dernier trait qui d&#233;finit paradoxalement, chez Arendt, le mal &#171; absolu &#187;. Ce paradoxe conduit directement au ph&#233;nom&#232;ne du mal politique, a&#768; savoir l'existence d'un mal qui ne s'accompagne pas d'un caract&#232;re satanique ni de sa tentation, et qui a cependant des cons&#233;quences sur la &lt;i&gt;totalit&#233;&lt;/i&gt; de la vie humaine. Le mal &#171; absolu &#187; est donc un mal qui s'attaque a&#768; la nature humaine elle-m&#234;me en visant &#224; abolir les racines du vivre-ensemble, c'est-a&#768;-dire la spontan&#233;it&#233; et la libert&#233; humaine. Cette compr&#233;hension du mal r&#233;v&#232;le la responsabilit&#233; des hommes dans le mal absolu et, du me&#770;me coup, l'espoir qu'il est peut-&#234;tre en notre pouvoir de le combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le mal absolu constitue donc, pour la pens&#233;e, un d&#233;fi absolu dans la mesure o&#249;, comme le dit Arendt : &#171; Nous n'avons, en fait, rien &#224; quoi nous r&#233;f&#233;rer pour comprendre un ph&#233;nom&#232;ne dont la r&#233;alit&#233; accablante ne laisse pas de nous interpeller, qui brise les normes connues de nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le mal absolu a &#233;galement &#233;t&#233; analys&#233; par Jacques Derrida dans un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Mal d'archive, une impression freudienne&lt;/i&gt; (1994)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;: Jacques Derrida mentionne le mal radical dans de nombreux textes, parmi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mal absolu y est nettement distingue&#769; du mal courant, et ses manifestations concr&#232;tes sont sp&#233;cifi&#233;es : g&#233;nocides, Shoah, violence. Pour Derrida, &#224; chaque fois qu'on supprime la possibilit&#233; d'un a&#768;-venir, le mal est absolu. Ce mal absolu est tellement au-del&#224; du mal qu'on ne peut plus tracer une ligne continue entre l'un et l'autre. &lt;i&gt;L'annulation de l'avenir est donc l'autre nom du mal absolu,&lt;/i&gt; pour autant qu'il emp&#234;che que quoi que ce soit puisse arriver. Selon Derrida, quelles que soient les modalit&#233;s du mal, elles conduisent a&#768; ce plus grand risque, &#224; cette plus grande menace : celle qui d&#233;truit toute foi, tout h&#233;ritage, toute croyance, toute m&#233;moire, toute promesse, toute vie, et me&#770;me toute possibilit&#233; de penser ou d'&#339;uvrer. Le mal absolu est ainsi une force de destruction, une force d'annihilation qui ne laisse rien subsister derri&#232;re elle. Il est cette chose obscure, &#233;nigmatique, difficile a&#768; d&#233;limiter, d&#233;terminer ou de&#769;finir. Poser le mal absolu dans son rapport a&#768; la mort et &#224; la destruction c'est aussi poser la question de la r&#233;sistance a&#768; ce mal. &#171; &lt;i&gt;Tu ne tueras point &#187;&lt;/i&gt;, ce commandement qui para&#238;t aussi inconditionnel qu'universel est aussi le plus universellement transgress&#233;. La mort d'autrui est d&#233;valoris&#233;e, elle ne compte pour rien. Il n'y a pour l'autre ni compassion, ni deuil. Cette &#233;clipse est l'un des fondements du mal absolu, comme le montre tr&#232;s bien le film &lt;i&gt;La grande menace &lt;/i&gt; : que l'autre soit d&#233;truit, ou qu'il soit consid&#233;r&#233; comme non humain, cela ne revient-il pas, irr&#233;m&#233;diablement, au m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Pour Derrida comme pour Arendt, penser la Shoah, &lt;strong&gt;c'est mettre la m&#233;taphysique a&#768; la question&lt;/strong&gt;, car aucun humanisme au monde ne peut r&#233;sister a&#768; cette mise a&#768; mort de l'&#233;thique qu'a &#233;t&#233; la Shoah. Aucune institution, qu'elle ait &#233;t&#233; partie prenante ou complice, ne sort indemne, immune, saine et sauve d'une dissociation aussi radicale entre l'&#233;thique et la justice. La &#171; solution finale &#187; est un &#233;v&#232;nement singulier, unique, qu'il faudrait red&#233;finir. On utilise en effet diff&#233;rents mots pour la nommer, sans pouvoir s'arr&#234;ter sur aucun &#8211; ni Auschwitz, ni Holocauste, ni Shoah. Comme le mal absolu ou le nazisme, elle ne peut &#234;tre pense&#769;e &lt;i&gt;qu'a&#768; partir de son autre&lt;/i&gt;, &#224; partir de ce qu'elle a tent&#233; d'annihiler, &#224; savoir : l'humanit&#233; &#8211; l'humanit&#233; au-del&#224; des pulsions de mort, de cruaut&#233;, de souverainet&#233; et de pouvoir. Et cet au-del&#224; implique une responsabilit&#233; &#233;thique infinie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Nous venons de v&#233;rifier, en suivant plusieurs auteurs, combien la philosophie &#233;prouve de mal &#224; sonder les ab&#238;mes du mal. L'art nous aidera-t-il &#224; appr&#233;hender enfin le mal dans son absoluit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;L'argument du film de L&#225;szl&#243; Nemes &lt;i&gt;Le fils de Saul&lt;/i&gt; est le suivant : en octobre 1944, Saul Ausl&#228;nder, un juif d&#233;port&#233; &#224; Auschwitz-Birkenau et qui fait partie d'un &lt;i&gt;Sonderkommando&lt;/i&gt;, est forc&#233; d'assister les SS-nazis dans la mise en &#339;uvre du processus d'extermination dans ce camp. Un jour o&#249; il doit nettoyer la chambre &#224; gaz et d&#233;placer les corps des supplici&#233;s, il cro&#238;t reconna&#238;tre le corps de son fils. Il va d&#232;s lors entreprendre de soustraire ce corps au four cr&#233;matoire et de lui offrir une s&#233;pulture digne, au risque de mettre en danger la r&#233;sistance qui est en train de s'organiser dans le camp. La fa&#231;on de filmer du r&#233;alisateur est int&#233;ressante puisque L&#225;szl&#243; Nemes cadre sans cesse, en plan tr&#232;s serr&#233;, la t&#234;te de Saul, seule &#224; &#234;tre nette sur l'&#233;cran, tout le reste &#233;tant tr&#232;s flou. Le film montre donc, sans le montrer vraiment, le mal absolu des camps de la mort. L'image floue de cet environnement terrifiant renforce le pouvoir de suggestion de l'image, tout en ne nous prot&#233;geant d'aucune mani&#232;re de la souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;L'alt&#233;ration de l'image convoque alors l'imagination, cette derni&#232;re &#233;tant &#233;galement nourrie et renforc&#233;e par les images documentaires pr&#233;sentes dans l'esprit de chacun. Et il en va de m&#234;me pour les sons environnants, qui prennent un aspect encore plus &#233;pouvantable, peut-&#234;tre. Impossible en effet d'oublier les cris des d&#233;port&#233;s enferm&#233;s et leurs coups contre les portes de la chambre &#224; gaz ; impossible d'oublier les bruits des brosses frott&#233;es sur le sol pour nettoyer leur sang, ou les vocif&#233;rations gla&#231;antes des nazis. Mais, ce que souligne le film c'est avant tout la perte totale de sens dans cet univers du mal sans partage. La seule fa&#231;on de lutter contre cette inhumanit&#233; effroyablement organis&#233;e est le pur geste symbolique de Saul : il veut enterrer celui qu'il a d&#233;cid&#233; &#234;tre son fils, et il cherche &#224; travers tout le camp un rabbin pour r&#233;citer le Kaddish sur la tombe de ce fils.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;L'humanit&#233; de Saul au c&#339;ur de l'inhumanit&#233; est une fa&#231;on de montrer ce qui est irrepr&#233;sentable.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le philosophe et historien de l'art Georges Didi-Huberman a &#233;crit une lettre au r&#233;alisateur. Une lettre qu'il a intitul&#233;e &#171; &lt;i&gt;Sortir du noir&lt;/i&gt; &#187;, et qui est aujourd'hui publi&#233;e aux &#233;ditions de Minuit. Il tente dans cette lettre de mettre en mots le trouble qu'il a ressenti en voyant cette &#339;uvre cin&#233;matographique, chambre d'&#233;cho &#224; ses propres travaux : &lt;i&gt;&#171; Bien qu'ayant travers&#233; les m&#234;mes sources que vous, les images et les cris de votre film m'ont laiss&#233; sans d&#233;fense, sans savoir protecteur. Ils m'ont pris &#224; la gorge de plusieurs fa&#231;ons&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;C'est une mani&#232;re de souligner que l'art (ici le cin&#233;ma) doit avoir pour imp&#233;ratif, lorsqu'il veut repr&#233;senter le mal absolu, de ne pas le trahir, c'est-&#224;-dire de ne pas chercher &#224; l'expliquer &#8211; car cela offrirait paradoxalement au mal absolu l'occasion d'une sorte de &lt;i&gt;plaidoyer&lt;/i&gt;, un plaidoyer injuste et absurde. Si le mal est absolu, il &#233;chappe n&#233;cessairement &#224; ceux qui tentent de le dire, de l'expliquer, de le comprendre : peut-on vraiment imaginer, penser, expliquer par quelque raison que ce soit la Shoah ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Non, et Primo L&#233;vi a eu raison d'&#233;crire, &#224; propos de la Shoah : &#171; Peut-&#234;tre que ce qui s'est pass&#233; ne peut pas &#234;tre compris, dans la mesure o&#249; comprendre c'est presque justifier. En effet &#8216;&#8216;comprendre'' la d&#233;cision ou la conduite de quelqu'un, cela veut dire les mettre en soi, mettre en soi celui qui en est responsable, se mettre &#224; sa place, s'identifier &#224; lui. H&#233; bien aucun homme normal ne pourra jamais s'identifier &#224; Hitler, &#224; Himmler, &#224; Goebbels, &#224; Eichmann et &#224; tant d'autres encore &#187;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;(Appendice &#224;&lt;i&gt; Si c'est un homme&lt;/i&gt;)&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Au fond, Primo L&#233;vi nous dit que, pour un &#233;crivain ou pour un cin&#233;aste, la difficult&#233; quasi insurmontable consiste &#224; dire et &#224; montrer le mal absolu sans l'expliquer, sans le r&#233;duire, sans le trahir, et donc &lt;i&gt;sans trahir ses victimes&lt;/i&gt;. Au bout du compte donc, lorsque l'art cherche &#224; dire le mal absolu, il ne doit pas chercher &#224; dire l'indicible, mais &#224; dire &lt;i&gt;l'indicibilit&#233; m&#234;me du mal en tant que mal absolu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;text-2xl font-bold text-b-assmat mt-4 mb-2&#034; id='Conclusion'&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Dans mon introduction j'ai &#233;voqu&#233; le film de Jack Gold, &lt;i&gt;La grande menace, &lt;/i&gt;et j'ai qualifi&#233; le protagoniste du film, Morlar, d'incarnation du mal radical et non du mal absolu. Pourquoi mal radical plut&#244;t que mal absolu ? Si l'on se reporte &#224; la d&#233;finition kantienne du mal radical, on s'aper&#231;oit que Morlar lui correspond exactement. Kant, on s'en souvient, s'interroge sur les conditions de possibilit&#233; de l'action moralement mauvaise. Il ne s'agit pas pour lui de rechercher le principe &lt;i&gt;objectif &lt;/i&gt;de la moralit&#233;, mais d'&#233;tablir le fondement &lt;i&gt;subjectif &lt;/i&gt;de l'adoption des maximes non conformes a&#768; la loi morale, c'est-&#224;-dire des maximes particuli&#232;res non universalisables. De m&#234;me, Kant fait alors l'hypoth&#232;se de la pr&#233;sence d'un penchant au mal inn&#233; dans la nature intelligible de l'homme. C'est ce penchant qui produit dans le monde ph&#233;nom&#233;nal notre inclination a&#768; ne pas respecter la loi morale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Or, c'est bien de cela qu'il s'agit chez Morlar : d'un penchant au mal qu'il ne comprend pas lui-m&#234;me et qu'il nomme dans le film sa &#171; &lt;i&gt;mal&#233;diction&lt;/i&gt; &#187;, mais qu'il fait volontairement sien d&#232;s qu'il prend conscience du pouvoir infini que ce penchant lui procure. Le mal de Morlar n'est donc pas absolu si l'on entend par absolu &#171; sans lien &#187;, puisque ce film relie le mal commis par Morlar &#224; l'ensemble des &#233;v&#233;nements qui l'expliquent. De plus, m&#234;me si Morlar finit par devenir &#171; comme un dieu &#187; puisqu'il est plus fort que la mort, le mal qu'il incarne reste relatif &#224; autre chose que lui-m&#234;me car il s'explique par ce que Morlar a lui-m&#234;me souffert en tant qu'enfant, adulte, mari et p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Mais dans le second film dont je vous ai parl&#233;, &lt;i&gt;Le fils de Saul&lt;/i&gt;, il ne s'agit plus d'un mal radical mais d'un mal absolu. Le mal dans lequel est plong&#233; Saul est, en effet, absolu parce qu'il &#233;chappe &#224; ceux qui tenteraient de le nommer, de l'exprimer et de l'expliquer. Le film de Nem&#232;s sugg&#232;re d'une mani&#232;re tr&#232;s fine ce qu'est le mal absolu en s'abstenant de le montrer : tout est flou dans ce film hormis le visage de Saul, tout est sugg&#233;r&#233; par des bruits et des cris.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;J'ai pos&#233; dans cet expos&#233; trois questions : peut-on conna&#238;tre l'origine du mal ? Qu'est-ce que le mal radical ? Peut-il exister un mal absolu ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&#192; la premi&#232;re question, j'ai r&#233;pondu que les th&#233;odic&#233;es qui cherchent &#224; remonter &#224; la source du mal se heurtent &#224; la difficult&#233; d'attribuer le mal &#224; Dieu. Elles posent donc que le mal ne provient que de la &lt;i&gt;privation &lt;/i&gt;qui d&#233;rive de l'imperfection originelle des cr&#233;atures. Mais si le mal trouve ainsi une explication rendant compte de sa re&#769;alite&#769; et de sa nature, il devient fort difficile de comprendre le lien existant entre le mal et la libert&#233;. Je me suis donc tourn&#233;e vers Kant pour tenter de comprendre ce lien. Selon Kant, tout &#234;tre raisonnable est soumis a&#768; la loi morale, et qui dit libert&#233; dit responsabilit&#233;. Mais il est possible de concevoir une volont&#233; qui reconna&#238;t la loi de la raison tout en la violant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Ainsi, la responsabilit&#233; s'exerce aussi bien dans le respect de la loi morale que dans l'acte orient&#233; vers le mal. Il s'ensuit que la libert&#233; donne au mal une positivit&#233; : la positivit&#233; d'une force, non pas contradictoire, mais contraire au bien. Par cons&#233;quent, le mal n'est plus une privation. Mais il existe une limite de la libert&#233; pour le mal : un &#234;tre libre n'a pas le pouvoir de se lib&#233;rer de la loi de libert&#233; et de choisir le &lt;i&gt;mal pour le mal&lt;/i&gt;. La volont&#233; humaine n'est donc &lt;i&gt;ni&lt;/i&gt; absolument bonne, puisqu'elle peut choisir le mal, &lt;i&gt;ni &lt;/i&gt;absolument mauvaise, puisqu'elle ne peut pas choisir le mal pour le mal. Le mal radical kantien appara&#238;t ainsi comme pensable, c'est-&#224;-dire explicable et compr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Mais je me suis demand&#233; s'il n'y avait pas un autre mal, un mal &lt;i&gt;absolu&lt;/i&gt;, qui &#233;chapperait tout &#224; la fois &#224; notre raison et &#224; Dieu lui-m&#234;me. Ce mal absolu, Hannah Arendt nous a aid&#233; &#224; mieux le cerner. Dans son ouvrage sur Eichmann, elle montre que le &lt;i&gt;mal absolu&lt;/i&gt; est celui qui transforme la nature humaine, voire qui &#233;radique l'humanit&#233; de l'homme. Le mal absolu invalide ainsi &#224; sa source la question morale en rendant possible l'impossible. Il ne ressortit plus, d&#232;s lors, des cat&#233;gories du punissable ou du pardon. Il n'a plus rien de commun avec le mal m&#233;taphysique, le mal moral ou le mal radical, parce que non seulement il d&#233;passe tout ce que l'on pouvait imaginer, mais encore il d&#233;sarme nos sch&#233;mas intellectuels de compr&#233;hension.&lt;br class='manualbr' /&gt;Selon Arendt, les crimes qui ont &#233;t&#233; commis pendant la seconde guerre mondiale nous obligent &#224; prendre en compte cette nouvelle forme du mal, vis-&#224;-vis de laquelle les concepts forg&#233;s par la th&#233;ologie ou la philosophie se r&#233;v&#232;lent impuissants. Ce qui an&#233;antit toute tentative de compr&#233;hension du mal absolu est donc l'absence de tout motif et de toute raison compr&#233;hensible dans les crimes commis par les responsables nazis. C'est, pour le dire dans les termes d'Emmanuel L&#233;vinas dans un article intitul&#233; &#171; le scandale du mal &#187;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; &#171; l'arbitraire irr&#233;ductible du mal ''m&#233;chant'', du mal sans r&#233;pondant ni r&#233;ponse &#187;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Je voudrais terminer cet article par un po&#232;me, celui du grand Paul Celan, intitul&#233; &lt;i&gt;Fugue de mort (Todesfuge,)&lt;/i&gt; &#233;crit en 1945. Ce po&#232;me dit l'horreur de la d&#233;portation, la douleur de la perte, l'an&#233;antissement du juda&#239;sme et de l'humanit&#233; des hommes. Il dit le mal absolu. La langue po&#233;tique de Celan ouvre &#224; une r&#233;alit&#233; terrible pour toujours expos&#233;e au regard du monde :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&lt;i&gt;&#171; Lait noir de l'aube nous le buvons le soir&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;nous le buvons midi et matin nous le buvons&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;la nuit&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;nous buvons nous buvons&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;nous creusons une tombe dans les airs on n'y&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;est pas couch&#233; &#224; l'&#233;troit&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Un homme habite la maison il joue avec les&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;serpents il &#233;crit&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;il &#233;crit quand vient le sombre cr&#233;puscule en&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Allemagne tes cheveux d'or Margarete&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;il &#233;crit cela et va &#224; sa porte et les &#233;toiles&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;fulminent il siffle ses dogues&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;il siffle pour appeler ses Juifs et fait creuser&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;une tombe dans la terre&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;il ordonne jouez et qu'on y danse. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt; : Jacques Derrida mentionne le mal radical dans de nombreux textes, parmi lesquels : &lt;i&gt;Le retrait de la m&#233;taphore &lt;/i&gt;(dans Psych&#232; 1, 1987), &lt;i&gt;Circonfession &lt;/i&gt;(1991), &lt;i&gt;Politiques de l'amiti&#233; &lt;/i&gt;(1994), &lt;i&gt;Mal d'Archive &lt;/i&gt;(1994), &lt;i&gt;Force de loi &lt;/i&gt;(1994), &lt;i&gt;&#201;chographies de la t&#233;l&#233;vision &lt;/i&gt;(1996), &lt;i&gt;Adieu a&#768; Emmanuel Levinas &lt;/i&gt;(1997), &lt;i&gt;Foi et savoir &lt;/i&gt;(2000), &lt;i&gt;&#201;tats d'a&#770;me de la psychanalyse &lt;/i&gt;(2000), &lt;i&gt;Papier Machine &lt;/i&gt;(2001). Pour renvoyer a&#768; ce th&#232;me, plus fr&#233;quent dans son &#339;uvre a&#768; partir des ann&#233;es 1990, les mots utilis&#233;s peuvent changer. : il est parfois question du &lt;i&gt;pire&lt;/i&gt;, parfois de la &lt;i&gt;loi du pire&lt;/i&gt;, parfois encore du &lt;i&gt;mal radical ou du mal absolu&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La fabrique du fanatisme : Paroles arm&#233;es</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>REDACTION</dc:creator>


		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Radicalisation religieuse</dc:subject>
		<dc:subject>Terrorisme Islamiste</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;La parole tue. Pour recruter et fanatiser, les djihadistes ont forg&#233; une rh&#233;torique implacable, &#224; m&#234;me de transformer la cruaut&#233; absolue en h&#233;ro&#239;sme supr&#234;me et le langage en machine de guerre lanc&#233;e contre l'Occident.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.croyancesetvilles.fr/local/cache-vignettes/L97xH150/la-fabrique-du-fanatisme-e1e81.jpg?1775281165' class='spip_logo spip_logo_right' width='97' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Des vid&#233;os de d&#233;capitation aux proclamations martiales sur Internet, le djihadisme m&#232;ne une redoutable offensive de persuasion, d&#233;sormais amplifi&#233;e par l'intelligence artificielle. C'est en expert que Philippe-Joseph Salazar explique les rouages de cette argumentation mortif&#232;re, d&#233;monte les m&#233;canismes d'une impitoyable machine &#224; endoctriner et en d&#233;voile les ressorts terrifiants. Dans ce champ de bataille qu'est devenu le discours, il est urgent de reprendre la parole. Car si les mots peuvent &#234;tre une arme l&#233;tale, ils sont aussi notre dernier rempart contre la barbarie. Une immersion gla&#231;ante et salutaire au c&#339;ur de la rh&#233;torique qui ensanglante notre monde. Rh&#233;toricien et philosophe, professeur de la facult&#233; de droit de l'universit&#233; du Cap en Afrique du Sud et ancien directeur en d&#233;mocratie et rh&#233;torique au Coll&#232;ge international de philosophie, Philippe-Joseph Salazar est l'auteur de nombreux essais, dont Supr&#233;macistes et Contre la rh&#233;torique, paru aux &#201;ditions du Cerf.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'auteur &lt;/strong&gt; : Rh&#233;toricien et philosophe, professeur &#233;m&#233;rite de la facult&#233; de droit de l'universit&#233; de Cape Town en Afrique du Sud, Philippe-Joseph Salazar est l'auteur d'une &#339;uvre importante dont Paroles arm&#233;es et La d&#233;route des id&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le probl&#232;me du mal : Le mal dans son rapport &#224; la libert&#233; humaine</title>
		<link>https://www.croyancesetvilles.fr/Le-probleme-du-mal-Le-mal-dans-son-rapport-a-la-liberte-humaine.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Agn&#232;s Pigler</dc:creator>


		<dc:subject>Expertises</dc:subject>
		<dc:subject>Religion </dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le probl&#232;me du mal (2/3) - Comme nous l'a montr&#233; Agn&#232;s Pigler dans son premier article, se questionner sur l'origine du mal conduit &#224; des impasses philosophiques et th&#233;ologiques. Dans cette seconde partie de sa r&#233;flexion sur le probl&#232;me du mal, et son rapport &#224; la libert&#233;, la philosophe s'appuie sur la pens&#233;e de Kant qui envisage le bien et le mal dans les limites de la libert&#233; humaine, c'est &#224; dire &#224; l'aune de la volont&#233; et du libre-arbitre moral.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/-Theologie-et-philosophie-.html" rel="directory"&gt;Th&#233;ologie et philosophie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/+-Expertises-+.html" rel="tag"&gt;Expertises&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/+-Religion-+.html" rel="tag"&gt;Religion &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/+-Philosophie-+.html" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.croyancesetvilles.fr/local/cache-vignettes/L104xH150/illustration-le-mal-2_3-87b0b.jpg?1775209693' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le probl&#232;me du mal (2/3) - Comme nous l'a montr&#233; Agn&#232;s Pigler dans son premier article, se questionner sur l'origine du mal conduit &#224; des impasses philosophiques et th&#233;ologiques car, explique-t-elle : &#171; si le mal peut recevoir un sens, ce n'est certainement pas celui qui consiste a&#768; l'int&#233;grer, pour en amoindrir le scandale, dans une Providence incompr&#233;hensible pour nous. Il faudrait tout au contraire prendre le mal au s&#233;rieux en tant que d&#233;fi lanc&#233; a&#768; la libert&#233; humaine a&#768; partir de cette libert&#233; m&#234;me &#187;. Dans cette seconde partie de sa r&#233;flexion sur le probl&#232;me du mal et son rapport &#224; la libert&#233;, la philosophe s'appuie sur la pens&#233;e de Kant qui envisage le bien et le mal dans les limites de la libert&#233; humaine, c'est &#224; dire &#224; l'aune de la volont&#233; et du libre-arbitre moral.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le mal est &lt;i&gt;toujours d&#233;j&#224; la&#768;&lt;/i&gt;, inexplicable, ancre&#769; a&#768; notre condition ontologique et sans cesse mis en &#339;uvre par nous. C'est l&#224; tout &lt;i&gt;le paradoxe d'une libert&#233; pre&#769;ce&#769;de&#769;e par le mal qu'elle va provoquer.&lt;/i&gt; Faire de notre libert&#233; la racine du mal nous ouvre un autre chemin que celui de la recherche de son origine ; il faut renoncer a&#768; toute &lt;i&gt;explication originaire &lt;/i&gt;du mal. Ce renversement de perspective place le mal dans la seule dimension pratique du questionnement sur nos actes et de notre responsabilit&#233;. Penser la relation du mal et de la libert&#233; revient donc, en premier lieu, a&#768; s'interroger sur la nature me&#770;me de l'action humaine. En effet, si &#234;tre responsable signifie d'abord r&#233;pondre de ses actes, en s'affirmant comme leur cause active, toute la difficult&#233; r&#233;side dans la de&#769;finition de cette activit&#233;. En fait, le rapport entre notre libert&#233; &#224; la loi est, pour une part, un &lt;i&gt;probl&#232;me&lt;/i&gt; car il existe une confrontation entre nos inclinations et les prescriptions de la raison et, pour une autre part, une&lt;i&gt; t&#226;che&lt;/i&gt; puisqu'il s'agit pour notre volont&#233; d'agir d'apr&#232;s la loi morale afin de se rendre autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Selon Kant, la duplicit&#233; de l'homme, est donc celle d'un &#234;tre moral et d'un &#234;tre faillible : l'exp&#233;rience montre que l'homme porte en lui un penchant &#224; d&#233;sirer activement l'illicite, agissant ainsi &#224; l'encontre de l'obligation morale. L'homme exprime sa duplicit&#233; d'&#234;tre faillible qui choisit librement de transgresser ce que sa raison lui prescrit comme norme universelle de son &#234;tre moral. La sensibilit&#233;, en tant que r&#233;ceptivit&#233;, ne saurait en rien rendre compte de notre perfection ou imperfection int&#233;rieure. C'est l'entendement lui-m&#234;me qui commande et qui dispose de l'usage de toutes les facult&#233;s pour les soumettre &#224; son libre arbitre. De m&#234;me, le mal ne saurait r&#233;sulter d'une corruption de la raison morale l&#233;gislatrice, car ce serait abolir la loi morale comme conscience et par suite ne plus reconna&#238;tre son autorit&#233;. Mais cela reviendrait surtout &#224; abolir la libert&#233; dans le mal et &#224; concevoir la raison humaine comme raison maligne, voulant le mal pour le mal. Toute la port&#233;e de la r&#233;flexion kantienne est de penser le bien et le mal dans les limites de la libert&#233;, afin de concevoir la responsabilit&#233; de l'homme dans ses choix : sa libert&#233; s'exprime entre deux extr&#234;mes, une volont&#233; pathologiquement d&#233;termin&#233;e et une raison absolument corrompue. Ainsi, force est de reconna&#238;tre que la nature mauvaise de la volont&#233; r&#233;sulte d'un choix volontaire de principes mauvais et immuables. L'homme est donc mauvais parce que ses actions sont la cons&#233;quence du choix intelligible d'une maxime mauvaise prise pour principe d&#233;terminant de sa volont&#233;. Ce point de vue conduit &#224; consid&#233;rer le mal comme un penchant subjectif adopt&#233; par un &#234;tre faillible dans un &lt;i&gt;acte de libert&#233;&lt;/i&gt; qui rend possible la d&#233;viance des maximes &#224; l'&#233;gard de la loi morale. Ce penchant au mal, &#171; qui s'&#233;veille infailliblement aussit&#244;t que l'&#234;tre humain commence &#224; faire usage de sa libert&#233; &#187;, &#233;crit Kant dans L'&lt;i&gt;Anthropologie&lt;/i&gt;, r&#233;sulte d'un mauvais usage de la volont&#233; eu &#233;gard &#224; la loi morale. On voit que, du point de vue du mal moral, c'est bien la responsabilit&#233; de l'homme qui est en jeu car ce mal concerne avant tout sa libert&#233; et le rapport conflictuel de ses penchants &#224; la loi morale. Soumis &#224; la loi de la libert&#233; l'homme &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; librement le mal et c'est pourquoi, confront&#233; au tribunal de sa conscience d'&#234;tre moral, il en porte toute la responsabilit&#233;. D'o&#249; la th&#232;se, expos&#233;e par Kant dans son ouvrage &lt;i&gt;La religion dans les limites de la simple raison, &lt;/i&gt;qui affirme que &#171; Cette proposition : l'homme es&lt;i&gt;t &lt;/i&gt;mauvais, ne peut, d'apr&#232;s ce qui pr&#233;c&#232;de, vouloir dire autre chose que ceci : l'homme a conscience de la loi morale, et il a cependant adopte&#769; pour maxime de s'&#233;carter (occasionnellement) de cette loi. Dire qu'il est mauvais par nature, c'est regarder ce qui vient d'&#234;tre dit comme s'appliquant a&#768; toute l'esp&#232;ce humaine : ce qui ne veut pas dire que la m&#233;chancet&#233; soit une qualit&#233; qui puisse &#234;tre d&#233;duite du concept de l'esp&#232;ce humaine (du concept d'homme en g&#233;n&#233;ral), car elle serait alors n&#233;cessaire, mais que, tel qu'on le conna&#238;t par l'exp&#233;rience, l'homme ne peut pas &#234;tre juge&#769; diff&#233;remment, ou qu'on peut supposer le penchant au mal chez tout homme, me&#770;me chez le meilleur, comme subjectivement n&#233;cessaire &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, l'homme ne peut devenir mauvais que par sa libert&#233;, c'est-&#224;-dire par le choix d&#233;lib&#233;r&#233; du mal. La &#171; nature &#187; de l'homme qui entre ici en jeu est donc celle de sa volont&#233; qui, ayant choisie le mal, s'identifie &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Tous les &#171; Essais sur le mal &#187;, que ce soit celui de Paul Ricoeur, &lt;i&gt;Le mal, un d&#233;fi &#224; la philosophie et &#224; la th&#233;ologie,&lt;/i&gt; ou d'Hannah Arendt, &lt;i&gt;Eichmann &#224; J&#233;rusalem. Rapport sur la banalit&#233; du mal&lt;/i&gt;, ou encore celui de Myriam Revault-d'Allones, &lt;i&gt;Ce que l'homme fait &#224; l'homme. Essai sur le mal politique,&lt;/i&gt; ou celui de Hans Jonas, &lt;i&gt;Le concept de Dieu apr&#232;s Auschwitz &#8211; &lt;/i&gt;tous ces Essais donc, ont pris pour point de d&#233;part l'analyse kantienne du mal radical en tant que mal moral. Examinons comment ces auteurs transposent le choix d&#233;lib&#233;r&#233; pour le mal &#224; notre &#233;poque contemporaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'essentiel de la compr&#233;hension par Hannah Arendt du concept kantien de mal radical est contenu dans le commentaire qu'elle en fait dans son livre &lt;i&gt;Le syst&#232;me totalitaire &lt;/i&gt; : &#171; Kant, le seul philosophe qui, dans l'expression qu'il forgea a&#768; cet effet, dut avoir au moins soup&#231;onn&#233; l'existence d'un tel mal, quand bien me&#770;me il s'empressa de le rationaliser par le concept &#8220;d'une volont&#233; perverse'' explicable a&#768; partir de mobiles intelligibles &#187;. Ce qui est probl&#233;matique pour Arendt dans la conception kantienne du mal radical, c'est par cons&#233;quent la question de la volont&#233; et des motifs, qu'elle comprend comme une &#171; rationalisation &#187;. Au fond, Arendt rejette la possibilit&#233; que le mal puisse &#234;tre li&#233; &#224; une part monstrueuse en l'homme, et son affirmation selon laquelle le mal radical ne s'explique pas par des intentions mauvaises ou par des motifs m&#233;chants la place en situation de rupture avec la tradition occidentale de la philosophie morale. Pourquoi Arendt effectue-t-elle cette rupture ? Parce que la tradition philosophique t&#233;moigne de l'impuissance de notre philosophie morale a&#768; comprendre le mal politique. Et la rupture est encore plus nette avec l'affirmation provocante d'Arendt selon laquelle le mal n'est pas explicable par un retour sur l'intention &#171; on ne parvient pas a&#768; d&#233;couvrir en Eichmann la moindre profondeur diabolique ou d&#233;moniaque &#187;, &#233;crit-elle dans son livre sur &lt;i&gt;Eichmann&lt;/i&gt;. Dans &lt;i&gt;Le syst&#232;me totalitaire&lt;/i&gt;, elle n'utilise pas l'expression de &#171; mal radical &#187; pour qualifier le caract&#232;re des individus, mais pour faire une description ph&#233;nom&#233;nologique du monde totalitaire ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, une description de la dissolution du monde commun par le totalitarisme. L'&#233;pith&#232;te &#171; radical &#187; vient illustrer le caract&#232;re total d'un mal qui vise &#224; la transformation de la nature humaine, voire &#224; l'&#233;radication de l'humanit&#233; de l'homme. En effet, comme Arendt l'&#233;crit dans &lt;i&gt;Le syst&#232;me totalitaire&lt;/i&gt; : &#171; le dessein des id&#233;ologies totalitaires n'est pas de transformer le monde ext&#233;rieur, ni d'op&#233;rer une transmutation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;, mais de transformer la nature humaine elle-m&#234;me &#187;. La source du mal radical se trouve ainsi dans l'exp&#233;rience de la d&#233;solation, dans la perte de l'espace entre les hommes, qui est n&#233;cessaire a&#768; la cr&#233;ation d'un monde commun et, par-l&#224;, de toute vie politique. La question qui se pose alors est de savoir comment Arendt est pass&#233;e du &#171; mal radical &#187;, dans &lt;i&gt;Le syst&#232;me totalitaire&lt;/i&gt;, a&#768; la &#171; banalit&#233; du mal &#187;, dans &lt;i&gt;Eichmann &#224; J&#233;rusalem&lt;/i&gt;. Et la question est surtout de savoir ce que signifie ce nouveau cheminement de pense&#769;e. Disons tout de suite que ce qu'Arendt abandonne avec l'expression &#171; mal radical &#187; ce n'est pas son analyse du totalitarisme comme tentative pour rendre les hommes superflus et d&#233;sol&#233;s, mais c'est proprement la r&#233;f&#233;rence kantienne attach&#233;e a&#768; l'usage de l'expression de &#171; mal radical &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Sans aborder le compte rendu du proc&#232;s d'Eichmann en d&#233;tail, je me bornerai a&#768; en d&#233;gager les &#233;l&#233;ments essentiels pour la compr&#233;hension de la notion de &#171; banalit&#233; du mal &#187;. Arendt d&#233;crit Eichmann comme quelqu'un qui n'avait aucun motif ni aucune raison personnelle pour d&#233;tester les Juifs. Il n'avait, selon elle, aucune conviction id&#233;ologique ; il n'avait pas sa carte du parti nazi et ne connaissait pas tr&#232;s bien leur programme. Il ne prenait jamais de d&#233;cisions de fa&#231;on autonome et s'arrangeait toujours pour agir en fonction d'ordres re&#231;us. Lors de son proc&#232;s, il r&#233;pond aux questions par des phrases toutes faites, des clich&#233;s. En fait, explique Arendt, il avait fait siennes les r&#232;gles de langage &#233;dict&#233;es par le r&#233;gime, et il fut me&#770;me fier de dire que le langage administratif &#233;tait le seul qu'il conn&#251;t. Eichmann est ainsi d&#233;peint par Arendt comme l'arch&#233;type de &lt;i&gt;l'homme superflu&lt;/i&gt;, c'est-a&#768;-dire de l'homme sans croyances, sans profondeur et facilement rempla&#231;able par quiconque e&#251;t accepte&#769; de remplir sa t&#226;che. La th&#232;se qu'elle propose est finalement qu'Eichmann fait preuve de &lt;i&gt;vacuit&#233; de la pense&#769;e&lt;/i&gt;. Il n'est pas corrompu par nature, mais souffre d'un manque de rapport au monde. Le mal qu'il a impos&#233; aux autres &#233;tait sans motif et surtout sans profondeur ontologique. Ce mal est donc banal, car accompli sans jugement. Eichmann est tout simplement incapable de se mettre a&#768; la place des autres, de faire preuve de pens&#233;e &#171; &#233;largie &#187;, au sens kantien du terme. Arendt remarque dans son ouvrage que cette normalit&#233;-l&#224; est encore plus terrifiante que la perversion ou le d&#233;moniaque, car ce &#171; &lt;i&gt;nouveau type de criminel&lt;/i&gt; &#187; d&#233;fie la compr&#233;hension traditionnelle de la criminalit&#233; et &#233;chappe aux valeurs de la morale classique. Ce qui est &#224; proprement parler &#171; terrifiant &#187;, c'est qu'Eichmann incarne l'id&#233;al-type de l'homme totalitaire et exemplifie, en ce sens, la th&#232;se d'Arendt sur la d&#233;solation totalitaire. En effet, l'individu qui n'a plus de rapports authentiques avec les autres travaillera consciencieusement pour devenir un employ&#233; mod&#232;le et pour acqu&#233;rir ainsi une certaine reconnaissance. Il sera pr&#234;t a&#768; effectuer n'importe quelle t&#226;che, me&#770;me l'extermination de millions de personnes, si cette t&#226;che a l'apparence d'un travail routinier soigneusement organis&#233;. C'est ce caract&#232;re d'employ&#233; soucieux de bien faire son travail qui valut &#224; Eichmann le titre de &#171; sp&#233;cialiste &#187; de la solution finale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le passage du &#171; mal radical &#187; a&#768; la &#171; &#171; banalit&#233; du mal &#187; se comprend donc comme la tentative d'&#233;viter que les horreurs totalitaires ne prennent la forme d'une &lt;i&gt;grandeur satanique&lt;/i&gt;. Arendt expliquait en effet, dans la correspondance qu'elle entretint avec Jaspers, que les actes nazis ne pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des crimes ; ce &#224; quoi Jaspers r&#233;pondait : &#171; votre conception m'inqui&#232;te un peu du fait que la faute qui d&#233;passe toute faute criminelle acquiert in&#233;vitablement une certaine &#171; grandeur &#187; &#8212; une grandeur satanique, qui, pour ce qui est des nazis, est aussi loin de moi que le discours sur le &#8216;&#8216;d&#233;monisme'' de Hitler et autres choses de cette sorte. &#187; (&lt;i&gt;Lettre de Jaspers &#224; Arendt du 23 octobre 1946).&lt;/i&gt; Mais c'est justement la prise en compte de cette &#171; grandeur satanique &#187; qu'Arendt veut &#233;viter avec le concept de &#171; banalit&#233; du mal &#187;. Dans le post-scriptum du compte-rendu qu'elle donne du proc&#232;s d'Eichmann, Arendt &#233;crit : &#171; Eichmann n'&#233;tait pas stupide. C'est la pure absence de pens&#233;e &#8211; ce qui n'est pas du tout la m&#234;me chose &#8211; qui lui a permis de devenir un des plus grands criminels de son &#233;poque. Cela est &#8216;&#8216;banal'' et m&#234;me comique : avec la meilleure volont&#233; du monde on ne parvient pas a&#768; d&#233;couvrir en Eichmann la moindre profondeur diabolique ou d&#233;moniaque &#187;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Arendt d&#233;couvre ainsi que les sources du mal ne sont pas myst&#233;rieuses, profondes ou diaboliques ; elles sont plut&#244;t a&#768; la port&#233;e de tous les hommes. Il n'est pas n&#233;cessaire d'invoquer des forces surnaturelles pour comprendre le mal totalitaire. Or, si le mal n'a pas de profondeur ontologique et s'il est banal, il est &lt;i&gt;en notre pouvoir&lt;/i&gt; de le combattre en exer&#231;ant notre facult&#233; de penser et de juger.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Avec Arendt donc, le mal se d&#233;place de la sph&#232;re de la morale &#224; celle du politique, car il existe une forme de mal &lt;i&gt;sp&#233;cifiquement&lt;/i&gt; &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;. L'ali&#233;nation&lt;i&gt; &lt;/i&gt;politique, ce que Arendt d&#233;signe par le &#171; syst&#232;me totalitaire &#187;, est alors le processus par lequel l'&#201;tat perd le sens de ce qui le d&#233;finit pour ne plus se r&#233;duire qu'a&#768; un complexe de violences et de contraintes. On peut radicaliser une telle conception en isolant plus pr&#233;cis&#233;ment encore la sp&#233;cificit&#233; du mal politique, et c'est ce que fait Myriam Revault-d'Allonnes. Au politique est en effet lie&#769; un type particulier d'attente, d'esp&#233;rance me&#770;me, celle de r&#233;aliser &lt;i&gt;sur terre &lt;/i&gt;le meilleur des mondes. D&#232;s lors que cette esp&#233;rance se pr&#233;sente comme un &lt;i&gt;savoir&lt;/i&gt;, d&#232;s lors que la pr&#233;tention a&#768; am&#233;liorer l'homme devient exigence de le &lt;i&gt;transformer, &lt;/i&gt;le politique adopte le point de vue de la th&#233;odic&#233;e, c'est-a&#768;-dire qu'il nie en l'homme tout ce qui r&#233;siste a&#768; cette transformation. Cette forme d'empi&#232;tement de la sph&#232;re publique sur la sph&#232;re priv&#233;e est caract&#233;ristique des r&#233;gimes totalitaires. La libert&#233; de l'individu y est ni&#233;e au nom d'un id&#233;al de perfection incompatible avec la finitude humaine. L'&#201;tat prend en quelque sorte la place de Dieu : il veut modeler l'homme a&#768; son image. Ce type particulier de &lt;i&gt;perversion &lt;/i&gt;(un id&#233;al qui aboutit a&#768; sa n&#233;gation) nous invite a&#768; nous interroger sur le sens et les limites des diverses ripostes possibles au mal humain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Myriam Revault-d'Allonnes insiste, dans son ouvrage, sur le risque que le politique fait courir &#224; l'homme en se substituant a&#768; la morale ou, pire, a&#768; la religion, en pr&#233;tendant le transformer. Le politique p&#232;che l&#224; par son exigence (irr&#233;alisable) de parfaire l'individu. Il existe donc une sp&#233;cificit&#233; du mal politique qui tient au type particulier d'unit&#233;, de &#171; synth&#232;se &#187; ou de &#171; totalisation &#187; que le politique vise a&#768; r&#233;aliser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous devons aussi r&#233;fl&#233;chir, s'agissant du rapport entre libert&#233; et mal, au fait que l'homme apprend &#224; utiliser la souffrance physique ou psychique pour dominer ou asservir son semblable. Il invente &#224; cette fin les armes les plus raffin&#233;es et les tortures les plus douloureuses. Pouss&#233; par la poursuite des plaisirs, il est entra&#238;n&#233; par une course effr&#233;n&#233;e &#224; la puissance et &#224; la fortune. Dans cette course, la rivalit&#233; primitive prend toutes les formes possibles de la comp&#233;tition f&#233;roce et de la concurrence impitoyable. Dans le but d'obtenir le pouvoir par n'importe quel moyen, il d&#233;veloppe simultan&#233;ment les sympt&#244;mes d'une inflation du moi et d'un d&#233;sir m&#233;galomaniaque de toute-puissance. Cette double inflation fait elle-m&#234;me signe vers l'urgence d'agir, tant il est vrai que, comme Paul Ricoeur l'a soulign&#233;, l'homme qui se trouve confront&#233; au mal &lt;i&gt;se doit&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d'agir&lt;/i&gt;, et d'agir en mettant entre parenth&#232;ses certains probl&#232;mes th&#233;oriques, par exemple celui de l'origine du mal. Il doit s'affirmer comme homme par sa lutte contre le mal, ce qui pr&#233;suppose que le mal soit contingent, c'est-a&#768;-dire d&#233;passable. En effet, pour qui songe a&#768; agir, le mal n'est qu'une re&#769;alite&#769; scandaleuse (tout ce qui ne devrait pas &#234;tre) et un appel a&#768; l'action (qui doit le combattre). C'est l'urgence de l'action qui brise le cercle de la r&#233;flexion th&#233;orique posant abstraitement le probl&#232;me de l'origine du mal. Ainsi p&#233;n&#232;tre-t-on dans l'ordre du concret, o&#249; la question n'est plus celle de l'origine mais celle de la fin : il faut agir pour que cesse le mal. Le combat contre le mal impose donc de r&#233;gler par la pratique un certain nombre de probl&#232;mes sp&#233;culatifs. En premier lieu, agir pour que le mal ne soit pas, c'est poser qu'il pourrait ne pas &#234;tre et qu'il est par cons&#233;quent contingent. Ensuite, la question th&#233;orique du sens de la souffrance est resitu&#233;e sur le plan du mal effectif commis par d'autres hommes et c'est sur ce plan que la souffrance demeure partiellement inexplicable. Pourtant, cela n'enl&#232;ve rien au fait qu'elle est d'abord l'effet concret de la violence&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;que l'homme inflige a&#768; l'homme. Il ne s'agit donc plus que d'agir sur cette violence pour diminuer la souffrance dans le monde. On comprend en lisant Ricoeur que le combat pratique contre le mal n'est jamais un pis-aller &#224; une th&#233;orie. Bien au contraire, c'est l'action qui &#171; r&#233;sout &#187;, en les rendant inessentiels, des probl&#232;mes th&#233;oriques insolubles, par exemple celui du rapport entre Dieu et le mal. Il s'ensuit que penser le mal comme effet d'une pratique &#8211; que ce soit du c&#244;t&#233; de ceux qui exercent le pouvoir, ou de ceux qui &#224; l'inverse renoncent &#224; participer aux affaires de la cit&#233;, ou encore de ceux qui choisissent de faire le mal &#8211; c'est se donner les moyens de repenser notre attitude face au mal et c'est chercher les moyens d'y rem&#233;dier.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Mais n'y a-t-il pas un mal &lt;i&gt;absolu&lt;/i&gt; ? Un mal fait &lt;i&gt;sans aucune r&#233;serve &lt;/i&gt; ; un mal que l'on pourrait presque juger &lt;i&gt;parfait&lt;/i&gt; tant il ne trouve, en chacun de nous, aucune possibilit&#233; de r&#233;action. Un mal &lt;i&gt;stup&#233;fiant &lt;/i&gt;m&#234;me parce qu'il d&#233;passe l'entendement ; un mal absolu sans rapport avec ce que l'on peut normalement imaginer ou penser, c'est-&#224;-dire expliquer et comprendre. Un mal donc, qui transgresserait, non pas la limite qui s&#233;pare le licite de l'illicite, mais la limite entre le possible et l'impossible, le pensable et l'impensable ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&#192; suivre : &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le probl&#232;me du mal : Comprendre le mal comme mal absolu&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Relire l'article pr&#233;c&#233;dent : &lt;a href=&#034;https://www.croyancesetvilles.fr/Le-probleme-du-mal-L-origine-du-mal.html&#034;&gt;Le probl&#232;me du mal : les origines du mal&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le probl&#232;me du mal : l'origine du mal</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Agn&#232;s Pigler</dc:creator>


		<dc:subject>Expertises</dc:subject>
		<dc:subject>Religion </dc:subject>
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		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&#192; Londres, un d&#233;tective d&#233;couvre qu'un &#233;crivain mourant provoque des catastrophes gr&#226;ce &#224; des pouvoirs t&#233;l&#233;kin&#233;tiques. Sur son lit de mort, le c&#233;l&#232;bre romancier Morlar r&#233;v&#232;le qu'il se croit rempli d'une mission punitive contre l'homme et m&#234;me Dieu. Partant de ce film, The Medusa Touch de Jack Gold, r&#233;alis&#233; en 1977 et dont le titre fran&#231;ais est La grande menace, la philosophe Agn&#232;s Pigler nous convie &#224; partager un examen de conscience philosophique de la notion de mal. Cheminant depuis son origine, passant par son rapport &#224; la libert&#233; humaine, dans une s&#233;rie de 3 articles, Agn&#232;s Pigler nous m&#232;ne jusqu'&#224; la compr&#233;hension du mal comme mal absolu.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.croyancesetvilles.fr/local/cache-vignettes/L115xH150/medusa-63494.jpg?1775209693' class='spip_logo spip_logo_right' width='115' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='En-guise-d-introduction-sur-l-origine-du-mal'&gt;En guise d'introduction sur l'origine du mal&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Je voudrais convoquer ici un film qui m'a vraiment marqu&#233; et qui est, pour moi, l'expression m&#234;me du mal radical. Il s'agit du film &lt;i&gt;The Medusa Touch &lt;/i&gt;de Jack Gold, r&#233;alis&#233; en 1977 et dont le titre fran&#231;ais est &lt;i&gt;La grande menace&lt;/i&gt;. Le h&#233;ros du film, John Morlar, est un auteur qui &#233;crit des romans traduisant une volont&#233; d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'agir contre la violence et la cruaut&#233;, dont il rend responsable les institutions (la Couronne d'Angleterre, l'&#233;cole ou l'&#201;glise catholique). Le d&#233;sespoir, l'amertume, la haine qui transpirent dans le film sont celles de Morlar. Cette haine &#224; l'encontre de toutes les institutions va crescendo dans le film. C'est d'abord l'institution de la famille (la nourrice et les parents) qui g&#233;n&#232;re, selon Morlar, le &lt;i&gt;mal social &lt;/i&gt; ; puis celle du coll&#232;ge (il fait br&#251;ler l'institution scolaire), et on peut sans doute parler ici de &lt;i&gt;mal politique &lt;/i&gt; ; puis l'&#233;glise (la cath&#233;drale est d&#233;truite) g&#233;n&#233;r&#233;e par &lt;i&gt;un mal moral&lt;/i&gt; qu'elle perp&#233;tue elle-m&#234;me ; et enfin le genre humain tout entier (l'explosion de la centrale nucl&#233;aire qu'on ne verra pas dans le film) qui est l'expression d'un &lt;i&gt;mal radical&lt;/i&gt;. Pourquoi ? Sous pr&#233;texte que les institutions poss&#232;dent le pouvoir, Morlar les consid&#232;re comme les seules responsables de &lt;strong&gt;sa&lt;/strong&gt; souffrance en tout premier lieu, des guerres et des atrocit&#233;s commises par l'homme ensuite. Sous pr&#233;texte encore que l'&#201;glise a mal agi, il punit l'ensemble des croyants, puisque la destruction finale de la cath&#233;drale an&#233;antit tous les fid&#232;les, les dirigeants et les hommes d'&#233;glise, mais aussi le public. Dans le film, Morlar rencontre deux oppositions fortes, celle de la psychanalyste qui va jusqu'&#224; le tuer au d&#233;but du film, et celle de l'inspecteur qui ira lui aussi jusqu'au meurtre en d&#233;branchant les appareils qui, &#224; l'h&#244;pital, maintenaient Morlar en vie. Mais, malgr&#233; cela, la conception mal&#233;fique du monde selon Morlar devient omnipr&#233;sente dans le film, et triomphe finalement : la folie nihiliste qui s'empare de Morlar est la plus forte, et la morale s'av&#232;re finalement impuissante devant cette soif du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Dans le film, trois sc&#232;nes en flash-back expliquent le d&#233;sir de mort qui anime Morlar : la nourrice qui le terrorise enfant, les parents qui humilient leur fils, le professeur qui maltraite l'&#233;l&#232;ve Morlar. Mais imaginer la mort de quelqu'un, la d&#233;sirer dans un esprit de vengeance, cela n'a rien &#224; voir avec l'acte de tuer. Imaginez qu'&#224; chaque fois que vous souhaitez la mort de quelqu'un, celle de votre voisin qui met la musique trop fort, celle d'une personne qui vous a fait du mal, ce souhait se r&#233;alise. Or, c'est un &lt;i&gt;d&#233;sir de mort capable de provoquer r&#233;ellement la mort&lt;/i&gt; qui est au c&#339;ur de &lt;i&gt;La Grande menace&lt;/i&gt;. C'est ce qui rend palpable la peur qui existe en chacun de nous : la peur de notre propre violence, de notre pulsion de mort envers autrui. Fort heureusement l'immense majorit&#233; d'entre nous sait faire la diff&#233;rence entre imagination, pulsion, d&#233;sir et r&#233;alit&#233;. Mais nous sommes tous plus ou moins confront&#233;s &#224; cette peur, qui censure parfois nos pens&#233;es violentes et qui nous interroge sur l'espace qui s&#233;pare la pens&#233;e et l'acte. Ai-je le droit de penser cela ? Qu'est-ce que cela va provoquer ? La question morale, celle du bien et du mal, est pos&#233;e en ces termes : &lt;i&gt;Penser mal, est-ce agir mal &lt;/i&gt; ? Qu'advient-il &#224; l'homme qui confond la pens&#233;e et l'acte ? La r&#233;ponse est toujours la m&#234;me : l'erreur, la folie, la mort. Dans &lt;i&gt;La Grande menace&lt;/i&gt;, Morlar est devenu un &#234;tre destructeur &#224; la logique meurtri&#232;re qui accompagne ses actes du discours nihiliste que j'ai &#233;voqu&#233; tout &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Dans le film, aussi bien la psychanalyste que l'inspecteur, deux &#234;tres dont la rationalit&#233; et l'objectivit&#233; sont &#233;videntes, finissent par &#234;tre persuad&#233;s que Morlar n'est ni un m&#233;galomane ni un fou, ni non plus un psychopathe, mais qu'il poss&#232;de r&#233;ellement le pouvoir d'agir &#224; distance et de donner la mort &#224; distance. Au fur et &#224; mesure que l'enqu&#234;te de l'inspecteur avance, certains faits troublants semblent faire glisser inexorablement le r&#233;cit vers la fronti&#232;re de l'irrationnel. Comment justifier l'inexplicable retour &#224; la vie du cadavre de Morlar, &#233;tendu dans l'appartement &#224; la suite de son meurtre par la psychanalyste et d&#233;clar&#233; mort ? Et ce n'est que le commencement car plus l'inspecteur accumule de t&#233;moignages sur la victime, plus le myst&#232;re s'&#233;paissit. Morlar poss&#232;de non seulement le pouvoir de provoquer des catastrophes mais encore celui de vaincre, de fa&#231;on surnaturelle, la mati&#232;re. Dans le film il ressuscite deux fois, la deuxi&#232;me &#233;tant celle o&#249; il revient &#224; la vie apr&#232;s que l'inspecteur ait d&#233;branch&#233; les appareils qui le maintenaient en vie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;D'o&#249; provient ce terrifiant pouvoir du mal ? Si le Christ a vaincu la mati&#232;re et la mort, c'&#233;tait par l'amour et pour le bien. Si Morlar r&#233;ussi &#224; son tour cette prouesse, c'est par la haine et pour le mal. Morlar ne serait-il pas alors la figure m&#234;me de l'Ant&#233;christ, c'est-&#224;-dire le visage du mal radical ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cin&#233;ma, comme d'ailleurs la litt&#233;rature, nous permet d'appr&#233;hender le mal dans sa radicalit&#233; et son absoluit&#233;. Ce qui est pour la philosophie et la th&#233;ologie un d&#233;fi constitue pour ces deux formes d'art un mat&#233;riau dont la richesse est in&#233;puisable. Non sans ambigu&#239;t&#233;, le cin&#233;ma exprime notre fascination m&#234;l&#233;e de r&#233;pulsion pour le mal et l'horreur. Mais le plaisir ne peut y &#234;tre &#233;prouv&#233; que parce que le mal est tenu &#224; distance, qu'il n'est pas exp&#233;riment&#233;, ni subi r&#233;ellement par celui qui n'en est que le spectateur, et non la victime. Le discours cin&#233;matographique sur le mal permet, gr&#226;ce &#224; cette distance, de sonder les ab&#238;mes du mal et de la m&#233;chancet&#233;, d'aller jusqu'au bout de la connaissance du mal. Il permet au spectateur de se projeter dans une &#171; &lt;i&gt;logique de &lt;/i&gt;l'abject &#187;, comme Georges Bataille l'a &#233;crit dans &lt;i&gt;La litt&#233;rature et le mal&lt;/i&gt;. Il ne s'agit pas d'expliquer ou de justifier le mal mais de le donner &#224; voir sous toutes ses facettes, de le prendre en compte comme une possibilit&#233; inscrite au c&#339;ur de l'&#234;tre humain. Le cin&#233;ma pose ainsi cette question : jusqu'o&#249; est-il possible de vouloir le mal ? Peut-on vouloir le mal pour le mal ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;On se souvient que Kant excluait la possibilit&#233; d'une volont&#233; diabolique choisissant d&#233;lib&#233;r&#233;ment pour maxime de son action de faire &lt;strong&gt;le mal pour le mal&lt;/strong&gt;. La faute morale consistait seulement, selon lui, &#224; s'excepter de la loi morale tout en en reconnaissant l'existence et la validit&#233; universelle. C'est pourquoi il &#233;crivait dans &lt;i&gt;La religion dans les limites de la simple raison &lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Il n'existe [&#8230;] pas pour nous de raison compr&#233;hensible pour savoir d'o&#249; le mal moral aurait pu tout d'abord nous venir&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il pour autant renoncer &#224; essayer de comprendre le mal et de penser son origine ? L'&#233;chec des tentatives de justification ou d'explication du mal ne doit-il pas plut&#244;t &#234;tre compris comme une invitation &#224; reprendre le questionnement et &#224; penser le mal &lt;i&gt;autrement&lt;/i&gt; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ma part, j'envisagerai le mal selon trois axes : le premier sera celui de son origine, le deuxi&#232;me celui de son rapport &#224; la libert&#233; et, enfin, le troisi&#232;me axe sera celui de la compr&#233;hension du mal comme mal absolu.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='L-origine-du-mal'&gt;L'origine du mal&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Pourquoi le mal ? D'o&#249; viennent la souffrance, le p&#233;ch&#233; ? Questions graves, qui ont passionne&#769; bien des esprits, provoque&#769; bien des r&#233;ponses dans le camp des philosophes comme dans celui des th&#233;ologiens. Face au d&#233;fi qu'il lance, tout &#224; la fois, &#224; la pens&#233;e et &#224; l'existence, nous dirigeons toujours nos plaintes vers le Transcendant lorsque nous interrogeons l'insondable opacit&#233; du mal et son scandale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Kant a distingu&#233;, dans la &lt;i&gt;Critique de la raison pratique,&lt;/i&gt; le &#171; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;mal subi&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; par la souffrance ou l'injustice du &#171; mal commis &#187; par la propension mauvaise de la volont&#233;. Toute souffrance provient d'une violence, d'une cruaut&#233; ou d'une m&#233;chancet&#233; subies, et c'est face &#224; ce qui nous accable que nous cherchons une raison en demandant : pourquoi ce mal, d'o&#249; vient-il, qui l'a commis ? Cette volont&#233; de trouver la cause du mal est une fa&#231;on de vouloir l'expliquer, une fa&#231;on de r&#233;duire notre ignorance en int&#233;grant le mal dans un discours rationnel qui lui donnera un sens et qui r&#233;pondra &#224; la question du pourquoi. Rechercher l'origine du mal, en d&#233;terminer la cause, c'est faire le premier pas sur le chemin du soulagement : le mal appara&#238;t moins angoissant d&#232;s lors que l'on est en mesure de l'expliquer un tant soit peu.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Ceci &#233;tant, faire provenir le mal de Dieu c'est lancer un formidable d&#233;fi th&#233;ologique. En effet, comment Dieu, cr&#233;ateur de toutes choses, infiniment bon et tout-puissant, pourrait-il &#234;tre le cr&#233;ateur du mal ? Pourtant, si Dieu est le cr&#233;ateur de toutes choses, il devrait, logiquement, &#234;tre &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; le cr&#233;ateur du mal. La question est extr&#234;mement d&#233;licate puisque soutenir que Dieu est cr&#233;ateur du mal c'est dire que Dieu a voulu le mal, ce qui entre en contradiction avec la d&#233;finition m&#234;me de Dieu. Cette question est au c&#339;ur de toutes les th&#233;odic&#233;es. D&#233;j&#224; Platon, au livre II de &lt;i&gt;La R&#233;publique, &lt;/i&gt;a montr&#233; combien il est absurde d'affirmer que le dieu a voulu le mal car le concept d'une divinit&#233; m&#233;chante est une contradiction dans les termes. Le dieu de Platon est seulement cause du Bien, et le mal est radicalement &#233;tranger au pouvoir divin. L'origine du mal ne peut donc &#234;tre qu'une cause ext&#233;rieure au divin, par exemple la mati&#232;re qui &#233;chappe, par principe, &#224; la volont&#233; du dieu. Ce que pense Platon, dans la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, c'est donc la co&#239;ncidence parfaite entre le divin et l'Id&#233;e de Bien &#8211; Id&#233;e qui constitue le principe supr&#234;me du savoir aussi bien que de l'&#202;tre. Il s'ensuit que, pour Platon, le mal est un principe de corruption et que cette n&#233;gativit&#233; le fait d&#233;choir ontologiquement par rapport au Bien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Or il semble bien difficile de n'attribuer &#224; Dieu que le Bien, c'est-&#224;-dire la seule &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; du monde, sans lui en attribuer en m&#234;me temps la &lt;i&gt;mati&#232;re,&lt;/i&gt; et donc le mal. Les th&#233;odic&#233;es des penseurs chr&#233;tiens ne peuvent, comme Platon, renvoyer l'origine du mal &#224; un principe qui &#233;chapperait au pouvoir de Dieu. Il faut donc trouver une autre origine du mal qui ne remette pas en cause le concept m&#234;me de Dieu englobant tout &#224; la fois sa puissance et sa bont&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leibniz montre, dans ses &lt;i&gt;Essais de th&#233;odic&#233;e, &lt;/i&gt;qu'un mal qu'il nomme &#171; mal m&#233;taphysique &#187; est absolument n&#233;cessaire dans le monde, et que ce mal m&#233;taphysique n'est rien d'autre que la &#171; limitation des &#234;tres cr&#233;&#233;s &#187;. Ainsi le mal est-il identifi&#233; &#224; l'imperfection des cr&#233;atures. Cette imperfection est n&#233;cessaire parce qu'il faut que ce qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; soit inf&#233;rieur &#224; son Cr&#233;ateur. Dieu n'est donc pas responsable du mal dans le monde, car ce mal est inh&#233;rent &#224; l'imperfection du monde lui-m&#234;me en tant que monde cr&#233;&#233;. Cr&#233;er un monde, est un bien puisque l'&#234;tre est pr&#233;f&#233;rable au n&#233;ant, mais cela implique n&#233;cessairement une forme de mal puisque toute cr&#233;ature est et reste inf&#233;rieure a&#768; son cr&#233;ateur. Le monde est ainsi dot&#233; d'une dignit&#233; ontologique moindre que celle de Dieu, ce qui n'emp&#234;che pas, ajoute Leibniz, qu'il soit le meilleur des mondes possibles&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouve ici l'un des motifs constants de l'approche philosophique, aussi bien que th&#233;ologique, du mal. Il s'agit au fond d'identifier, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &lt;i&gt;ce monde-ci &lt;/i&gt;au mal, pour renvoyer l'existence accomplie du bien dans un &lt;i&gt;autre monde, &lt;/i&gt;ext&#233;rieur et ontologiquement sup&#233;rieur a&#768; celui dans lequel nous vivons. Mais cette perspective consiste aussi &#224; tenir pour identiques le mal et la finitude ontologique, et a&#768; rendre par l&#224; le premier, le mal, aussi &lt;i&gt;logiquement n&#233;cessaire&lt;/i&gt; que la seconde, la finitude ontologique. Il est n&#233;anmoins possible de se demander s'il convient, pour expliquer le mal, de l'aborder seulement, comme le fait Leibniz, sur le versant ontologique du r&#233;el et de laisser par l&#224; m&#234;me dans l'ombre ce qui pourrait constituer l'origine essentiellement &lt;i&gt;morale &lt;/i&gt;du mal&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Tel n'est certes pas le point de vue de Kant lorsqu'il &#233;crit, dans &lt;i&gt;La religion dans les limites de la simple raison &lt;/i&gt; : &#171; Le mal n'a pu provenir que du mal moral (non de simples bornes de notre nature), et pourtant notre disposition primitive est une disposition au bien (et nul autre que l'homme lui-m&#234;me n'a pu la corrompre si cette corruption doit lui &#234;tre imput&#233;e) ; il n'existe donc pas pour nous de raison compr&#233;hensible pour savoir d'o&#249; le mal aurait pu tout d'abord nous venir.&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon Kant, l'origine du mal est donc insaisissable parce qu'elle n'est pas &#171; compr&#233;hensible &#187;. Elle lui appara&#238;t comme un probl&#232;me insoluble. Face &#224; cette obscurit&#233; ind&#233;passable, ce que l'existence effective du mal fait surgir c'est, fondamentalement, la question de la possibilit&#233; que le mal soit une caract&#233;ristique essentielle de l'homme lui-m&#234;me. En fait, pour Kant, l'homme a seulement un &lt;i&gt;penchant&lt;/i&gt; au mal &#8211; et &#224; un mal que Kant qualifie, non de &#171; mal m&#233;taphysique &#187; mais de &#171; mal radical &#187;, au sens o&#249; ce mal remonte jusqu'aux racines de notre conduite morale, ce qui fait qu'il corrompt le &lt;i&gt;fondement&lt;/i&gt; de nos maximes morales.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Pour r&#233;pondre &#224; la question de savoir d'o&#249; vient notre penchant au mal, quelle en est l'origine, Kant convoque le r&#233;cit de la &lt;i&gt;Gen&#232;se&lt;/i&gt; pour &#233;tablir que le mal a une origine rationnelle, c'est-&#224;-dire intelligible et non temporelle ; que ce penchant au mal ne provient pas de l'exp&#233;rience et que son origine demeure d&#232;s lors pour nous insondable et incompr&#233;hensible. Kant d&#233;finit ainsi le mal, en r&#233;f&#233;rence au p&#233;ch&#233; d'Adam, comme une faute morale puisqu'Adam s'est soustrait volontairement au commandement divin &#8211; commandement que Kant demande de comprendre comme une loi morale. Ce faisant, Adam a subverti radicalement la maxime de sa volont&#233;. Le fondement du penchant de l'homme au mal est depuis lors insondable, dans la mesure ou&#768; on ne peut rendre raison du premier choix, par Adam, d'une volont&#233; contraire a&#768; la loi morale. Pourtant, sans un tel penchant inexplicable on ne pourrait s'expliquer la possibilit&#233; de maximes contraires a&#768; la loi morale. Le penchant au mal est donc ce qui fonde, du point de vue subjectif, la possibilit&#233; de l'inclination a&#768; ne pas respecter la loi morale. En cons&#233;quence, le penchant au mal doit &#234;tre pens&#233; comme &lt;i&gt;inn&#233; &lt;/i&gt;puisqu'il pr&#233;c&#232;de tout acte sensible, et c'est par l&#224; que ce penchant est insondable et &#233;chappe a&#768; toute explication. De m&#234;me, on ne peut rendre raison de l'adoption par la volont&#233; d'une maxime contraire a&#768; la loi morale alors me&#770;me que la volont&#233; devrait adopter une maxime conforme au devoir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;N&#233;anmoins, le penchant humain au mal peut aussi &#234;tre pense&#769;, en un certain sens, comme &lt;i&gt;acquis&lt;/i&gt;, c'est-a&#768;-dire comme choisi, en un sens, par l'homme lui-m&#234;me dans la mesure ou&#768; ce penchant r&#233;sulte de l'acte libre de la volont&#233; de celui qui en porte, d&#232;s lors, la responsabilit&#233;. Mais, plus profond&#233;ment, notre penchant au mal est &lt;i&gt;inn&#233;,&lt;/i&gt; au sens ou&#768; il n'est plus possible de modifier ce choix originaire de la volont&#233; pour le mal, m&#234;me si la conversion morale reste toujours possible. Le mal s'origine finalement dans la nature intelligible de l'homme, c'est-&#224;-dire dans sa propre &#171; personnalit&#233; &#187;, celle du sujet agissant librement sans &#234;tre d&#233;termin&#233; par des mobiles sensibles. Selon Kant, toute la force du mal radical provient du caract&#232;re incompr&#233;hensible de l'origine du mal moral. Seul le bien poss&#232;de un principe (la loi morale), et le mal repr&#233;sente la r&#233;sistance insondable de la volont&#233; devant le principe du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Comme nous l'avons vu, se questionner sur l'origine du mal conduit &#224; des impasses philosophiques &#8211; et aussi th&#233;ologiques car, si le mal peut recevoir un sens, ce n'est certainement pas celui qui consiste a&#768; l'int&#233;grer, pour en amoindrir le scandale, dans une Providence incompr&#233;hensible pour nous. Il faudrait tout au contraire prendre le mal au s&#233;rieux en tant que d&#233;fi lanc&#233; a&#768; la libert&#233; humaine a&#768; partir de cette libert&#233; m&#234;me. En effet, pour Kant, nous entendons la voix de l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique qui exige de nous que nous agissions moralement m&#234;me si nous faisons le choix du mal. C'est sur ce point qu'on peut mesurer l'originalit&#233; de la pens&#233;e kantienne du mal, pour autant qu'elle situe, comme je l'ai dit, le mal dans la nature humaine elle-m&#234;me, une nature qui n'est pas r&#233;ductible &#224; celle des choses physiques puisqu'elle participe du monde suprasensible, puisque la libert&#233; est a&#768; son fondement. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc a&#768; partir de la libert&#233; - et donc de notre raison pratique, et non plus th&#233;orique &#8211; que le mal acquiert son &#233;paisseur de scandale, et c'est a&#768; partir du moment ou&#768; nous renon&#231;ons a&#768; l'expliquer et &#224; en chercher l'origine que le mal prend un sens pour et par une pens&#233;e de la libert&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&lt;strong&gt;Article &#224; suivre&lt;/strong&gt; : Le Probl&#232;me du mal - Le mal dans son rapport &#224; la libert&#233; humaine&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'auteure&lt;/strong&gt; : Agn&#232;s Pigler, professeure agr&#233;g&#233;e, professeure de chaire sup&#233;rieure et docteure en philosophie, est l'auteure de plusieurs ouvrages sur Plotin, dont elle est une sp&#233;cialiste, et de nombreux articles concernant la philosophie antique, la philosophie morale et politique ainsi que la philosophie esth&#233;tique. Elle a enseign&#233; aux &#201;tats-unis, en m&#233;tropole et dans les territoires ultra-marins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Conf&#233;rence &#224; l'IMA le 3 f&#233;vrier - Averro&#232;s avec Ma&#239;monide : l'averro&#239;sme juif </title>
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		<dc:date>2026-02-02T08:25:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>KONARZEWSKI</dc:creator>


		<dc:subject>Religion </dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Islam</dc:subject>
		<dc:subject>Judaisme</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Communiqu&#233; - &#192; l'occasion des 900 ans de la naissance d'Averro&#232;s (Ibn Rushd, 1126-1198), l'Institut du monde arabe d&#233;die l'&#233;dition 2025-2026 de Falsafa, les Rendez-vous de la philosophie arabe &#224; cette figure majeure de la pens&#233;e universelle.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Communiqu&#233; - &#192; l'occasion des 900 ans de la naissance d'Averro&#232;s (Ibn Rushd, 1126-1198), l'Institut du monde arabe d&#233;die l'&#233;dition 2025-2026 de Falsafa, les Rendez-vous de la philosophie arabe &#224; cette figure majeure de la pens&#233;e universelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Des philosophes juifs ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;terminant dans la transmission et la traduction des commentaires d'Averro&#232;s en Occident. Mais qu'est-ce que 'l'averro&#239;sme juif' ? Comment la lecture conjointe de Ma&#239;monide et d'Averro&#232;s a-t-elle profond&#233;ment transform&#233; la tradition juive, par sa r&#233;interpr&#233;tation radicale et par les r&#233;actions qu'elle a suscit&#233;es ? Un &#233;pisode de l'histoire intellectuelle de l'Europe &#224; la crois&#233;e du juda&#239;sme, de l'islam et du christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Avec &lt;strong&gt;David Lemler&lt;/strong&gt;, philosophe, sp&#233;cialiste de la pens&#233;e juive m&#233;di&#233;vale. Il est Ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; l'UFR d'&#233;tudes arabes et h&#233;bra&#239;ques de Sorbonne Universit&#233;. Il a notamment publi&#233; : L'invention du juda&#239;sme. Comment les Juifs se d&#233;finissent eux-m&#234;mes (Albin Michel, 2025) et Cr&#233;ation du monde et limites du langage. Sur l'art d'&#233;crire des philosophes juifs m&#233;di&#233;vaux (Vrin, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Rencontres con&#231;ues et anim&#233;es par &lt;strong&gt;Jean-Baptiste Brenet&lt;/strong&gt;, m&#233;di&#233;viste, professeur de philosophie arabe &#224; l'Universit&#233; Paris 1 Panth&#233;on-Sorbonne, agr&#233;g&#233; de philosophie et docteur de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (section des sciences religieuses). Son travail porte principalement sur Averro&#232;s (Ibn Rushd, 1126-1198) et la pens&#233;e andalouse dont il &#233;tudie le g&#233;nie propre au sein de l'Islam, mais aussi l'h&#233;ritage grec et le legs au monde latin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La Gnose et les gnostiques</title>
		<link>https://www.croyancesetvilles.fr/La-Gnose-et-les-gnostiques.html</link>
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		<dc:date>2025-11-25T16:41:02Z</dc:date>
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		<dc:creator>Agn&#232;s Pigler</dc:creator>


		<dc:subject>Expertises</dc:subject>
		<dc:subject>Religion </dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Catholicisme </dc:subject>
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		<description>&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le christianisme condamne toujours la Gnose et les gnostiques non seulement comme h&#233;r&#233;sie, mais encore comme source du mal pour les vrais chr&#233;tiens. Mais qu'est-ce donc que la Gnose et les gnostiques ? D&#233;couvrez l'analyse que nous livre la philosophe Agn&#232;s Pigler de ce courant qui a eu ses heures de gloire.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.croyancesetvilles.fr/local/cache-vignettes/L110xH150/orphic-egg-4ae20.jpg?1775216369' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;On discute aujourd'hui beaucoup de la pr&#233;sence d'un nouveau gnosticisme au sein de l'&#201;glise catholique. Un certain nombre d'organismes eccl&#233;siastiques se r&#233;clamant du gnosticisme ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s ou refond&#233;s depuis la Seconde Guerre mondiale, ils ont tous &#233;t&#233; condamn&#233;s par les d&#233;clarations du Pape Fran&#231;ois concernant ce courant. Mais qu'est-ce donc que la Gnose et les gnostiques ? Dans cet article, la philosophe Agn&#232;s Pigler, nous montre en quoi la Gnose a &#233;t&#233; extr&#234;mement pr&#233;sente durant les cinq premiers si&#232;cles de notre &#232;re, faisant du gnosticisme un courant religieux et philosophique important, &#233;manant tout &#224; la fois d'une volont&#233; de connaissance de l'universel de la foi en une certaine sot&#233;riologie. Le christianisme condamne toujours la Gnose et les gnostiques non seulement comme h&#233;r&#233;sie, mais encore comme source du mal pour les vrais chr&#233;tiens. Voyons l'analyse d'Agn&#232;s Pigler de ce courant qui a eu ses heures de gloire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Au sens large, le gnostique est un homme qui sait. Gnostique vient du grec &lt;i&gt;gno&#770;sis&lt;/i&gt;, connaissance. Mais ce terme prend un sens plus particulier pour d&#233;signer un certain nombre de penseurs et de sectes qui, d&#232;s l'aube de notre e&#768;re, v&#233;curent et enseigne&#768;rent en &#201;gypte et dans le Proche-Orient. Le mot vient d'ailleurs des Chr&#233;tiens. Ce sont les auteurs chr&#233;tiens, les P&#232;res de l'&#201;glise notamment, qui, par d&#233;rision, appel&#232;rent Gnostiques ces hommes qui pr&#233;tendaient de&#769;tenir la ve&#769;ritable connaissance des myste&#768;res de la vie et du monde et rejetaient une grande partie de la pre&#769;dication chre&#769;tienne au nom d'un syst&#232;me de pens&#233;e r&#233;gissant un mode de vie incarn&#233;e par une attitude. Cette attitude, face aux exp&#233;riences de la vie, n'est pas seulement psychologique ou purement intellectuelle, mais totale, &#034;existentielle&#034;, engageant la vie, le destin, l'&#234;tre m&#234;me de l'homme tout entier. Cette attitude existentielle correspond aux d&#233;marches successives de l'individu lanc&#233; &#224; la poursuite de sa propre identit&#233;. Le gnosticisme, est donc un ensemble coh&#233;rent de doctrines philosophico-religieuses de nature h&#233;t&#233;rog&#232;ne qui se d&#233;veloppent au sein du christianisme au commencement de notre &#232;re. Comme je l'ai mentionn&#233;,&lt;i&gt;Gnostikoi&lt;/i&gt;est le terme que les P&#232;res de l'&#201;glise utilisent dans un sens p&#233;joratif pour d&#233;nigrer et disqualifier les groupuscules d'h&#233;r&#233;tiques apparus dans le monde chr&#233;tien entre les 1&#176; et 5&#176; si&#232;cles. C'est pourquoi, la Gnose, malgre&#769; des emprunts e&#769;vidents a&#768; certaines doctrines de son temps, est avant tout une attitude originale, une pense&#769;e mutante, une r&#233;flexion profonde et neuve sur le destin de l'homme et sur la nature de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Au 1&#176; si&#232;cle de notre &#232;re, nous aurons &#224; y revenir, la Gnose est port&#233;e par quelques hommes, notamment Simon le Mage. Ce sont des proph&#232;tes errants qui transmettent les id&#233;es gnostiques sous forme d'un enseignement clandestin puisqu'ils ont &#233;t&#233; pers&#233;cut&#233;s d&#232;s leur apparition. C'est au 2&#176; si&#232;cle, &#224; peu pr&#232;s &#224; l'&#233;poque o&#249; Hadrien visita Alexandrie, vers 130 AJC, qu'un certain nombre de gnostiques s'installent dans les villes et surtout dans la ville qu'est Alexandrie. Il arrive &#224; ces gnostiques de voyager encore, mais ils ne sont plus des proph&#232;tes errants. Alexandrie est une ville cosmopolite o&#249; s'opposent le paganisme &#233;gyptien, grec, romain, le christianisme copte, le juda&#239;sme hell&#233;nis&#233; ou pas, les philosophies n&#233;oplatoniciennes, l'herm&#233;tisme et tellement d'autres syst&#232;mes de pens&#233;e encore que les uns brassent en des syncr&#233;tismes &#233;ph&#233;m&#232;res et que d'autres, notamment les chr&#233;tiens, cherchent &#224; trancher, &#224; rompre, &#224; s&#233;parer. En effet, la Gnose enseigne &#224; ne pas s'en tenir aux crit&#232;res factices par lesquels s'&#233;crit l'histoire des id&#233;es. La gnose n'a ni &#233;glise, ni dogmes, ni conciles et le gnosticisme a pu se d&#233;velopper selon des voies multiples qui toutes en font partie. C'est donc &#224; l'inverse de l'histoire du christianisme qui est toujours l'histoire de la victoire du dogme contre les h&#233;r&#233;sies que le gnosticisme a tenu compte de tous ces courants sans en privil&#233;gier un seul en particulier. Il ne peut donc y avoir d'h&#233;r&#233;sie pensable pour la Gnose puisque, par essence, la gnose englobe au lieu de diviser. Alors, en quoi consiste la Gnose ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='Quelle-est-la-doctrine-de-la-gnose'&gt;Quelle est la doctrine de la gnose ?&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Nous venons de le voir, il n'y a pas une source de la gnose, il y a des sources &#224; la Gnose. Mais ce qui importe, dans la gnose, ce ne sont pas les origines mais l'aboutissement, ce qu'en ont fait les grands gnostiques, ce qu'ils ont transmis par leur enseignement. On ne cr&#233;&#233;e pas un mouvement de pens&#233;e comme la Gnose simplement en suivant une recette qui mettrait quelques ingr&#233;dients du christianisme ici, d'autres emprunt&#233;s aux divers syst&#232;mes ant&#233;rieurs l&#224;. Toutes les recherches, tous les livres &#233;crits sur la Gnose, &#233;videmment je n'ai pas tout lu, loin de l&#224;, qui se posent le probl&#232;me de l'origine de la Gnose n'&#233;clairent jamais qu'un seul aspect de ce foisonnement intellectuel et spirituel qu'est la gnose : l'origine de la gnose se trouve dans le christianisme, le juda&#239;sme, la n&#233;o-platonisme, le sto&#239;cisme, l'&#233;picurisme, le cynisme, l'herm&#233;tisme, bref, tout est originaire dans la gnose. Mais justement, la gnose ce n'est pas cela, ce n'est pas un amalgame de syst&#232;mes h&#226;tivement syncr&#233;tis&#233;s. Une fois qu'elle a combin&#233; et fusionn&#233; ces multiples constituants, elle en fait une substance neuve, in&#233;dite qui les d&#233;passe et les unit. C'est ce que je vais tenter d' expliquer maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;La Gnose, en ces d&#233;buts fait apparaitre l'insatisfaction, l'inqui&#233;tude, l'anxi&#233;t&#233;. Le gnostique est d&#233;&#231;u, heurt&#233; par la condition qui est actuellement la sienne au sein d'un monde, d'une soci&#233;t&#233;, d'un corps dans lequel il n'&#233;prouve que malaise. Son environnement l'oppresse et l'angoisse de toutes parts. Il se sent humili&#233;, asservi par sa condition d'homme et la rejette, s'y refuse. Il se sent &#233;tranger &#224; un monde qu'il consid&#232;re comme sa prison et dont il veut se lib&#233;rer. Le gnostique va donc se positionner face au monde, en opposition &#224; lui. De l&#224; le sentiment et le besoin de s'en &#233;vader vont naitre. Il veut sortir du monde, se d&#233;livrer de ses contraintes et de de son &#233;treinte, il veut se retrouver hors de lui en pleine et libre possession de soi-m&#234;me. Le vocabulaire du Gnostique est, sur ce point, sans concession : &#034;renoncement au monde&#034;, &#034;exode&#034;, &#034;conversion &#224; soi&#034;, tous ces termes sont solidaires, ils sont ceux de la Gnose. Le gnostique, on l'aura compris, se sent &#034;autre&#034; et il recherche ce qu'il est puisqu'il n'est pas du monde. Le d&#233;sir d'&#234;tre soi-m&#234;me, de s'appartenir &#224; soi-m&#234;me pousse le gnostique &#224; la nostalgie d'un autre monde, d'un monde transcendant, lieu de la &#034;Vraie vie&#034;, du &#034;Repos&#034;, de la &#034;Pl&#233;nitude&#034;, d'o&#249; il vient et dont il est provisoirement exil&#233;, mais auquel il n'a jamais cess&#233; d'appartenir. Il y a donc un itin&#233;raire du gnostique qui va lui permettre de red&#233;couvrir, par-del&#224; l'image amoindrie et fauss&#233;e que lui renvoient les apparences du monde qui l'ali&#232;ne de lui-m&#234;me, son v&#233;ritable moi, son &#234;tre authentique. La Gnose est donc aussi cette interrogation sur soi aboutissant &#224; un retour &#224; soi. La Gnose, pour le gnostique, c'est la voie, le chemin, la d&#233;marche, la recherche entreprise pour se recouvrer soi-m&#234;me. La Gnose est, pour le gnostique, son moi en qu&#234;te de son soi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;De l&#224;, on comprend qu'un seul proble&#768;me domine la re&#769;flexion des gnostiques : celui du mal. Mais d'emble&#769;e il prend avec la Gnose des dimensions inusite&#769;es. Le mal, pour le Gnostique, ce n'est pas le pe&#769;che&#769;, ce n'est pas la condition de l'homme apre&#768;s la chute. C'est l'homme tout entier, l'univers, la matie&#768;re, la chair, la pense&#769;e, la terre, les lois et les institutions, l'histoire, le temps, l'espace lui-me&#770;me ou&#768; nous vivons. C'est ce monde fait de matie&#768;re, soumis aux contraintes de la pesanteur, de l'obscurite&#769;, du froid, de l'inertie et de la mort. C'est le tissu de l'univers &#8212; des atomes aux e&#769;toiles &#8212; pollue&#769; par la matie&#768;re dans laquelle l'homme est enlise&#769;. Et c'est avec la matie&#768;re, ce qui en proce&#768;de, en e&#769;mane : la psyche&#769;, la pseudo conscience, frappe&#769;e comme le corps des me&#770;mes insuffisances, qui se heurte aux murs des concepts, aux chime&#768;res du langage, aux cate&#769;gories inhe&#769;rentes a&#768; sa finitude. Et c'est, au-dela&#768; de ces donne&#769;es premie&#768;res, les produits de l'intellect humain, les syste&#768;mes, les lois, toutes les institutions qui ne sont la&#768;, en de&#769;finitive, que pour consolider, armer et perpe&#769;tuer l'injustice et la perversite&#769; inne&#769;es de l'homme. Tout porte ainsi, dans le corps, dans l'a&#770;me et dans l'histoire, la marque de ce vice conge&#769;nital de l'univers : la mati&#232;re qui est le mal. &#171; L'angoisse et la mise&#768;re accompagne l'existence comme la rouille couvre le fer &#187; dit Basilide, un des mai&#770;tres gnostiques. Jugeant mauvaise sa condition pr&#233;sente, on l'a dit, le gnostique s'interroge : &#034;d'o&#249; vient le Mal ?&#034; et de l&#224; &#034;Que viens-je faire en ce monde ?&#034; Nous r&#233;pondrons d'abord &#224; la question du mal.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='Le-vrai-et-le-faux-Dieu'&gt;Le vrai et le faux Dieu&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;D'ou&#768; est ne&#769;e cette vision de&#769;primante ? Pourquoi cette attention porte&#769;e au mal, a&#768; la mise&#768;re, et cette obsession de la mort ? Cette attitude pourrait parai&#770;tre inexplicable si elle n'e&#769;tait qu'une pure spe&#769;culation intellectuelle. Mais en re&#769;alite&#769;, elle proce&#768;de d'un sentiment, d'une certitude : celui, celle des e&#769;videntes imperfections de l'homme, du caracte&#768;re fini, limite&#769;, fragmente&#769;, e&#769;phe&#769;me&#768;re de sa chair et de ses pense&#769;es. Mais elle implique aussi une exigence, une revendication : celles d'un homme diffe&#769;rent, libe&#769;re&#769;, nanti d'une conscience ve&#769;ritable. Le gnostique e&#769;prouve en lui ce sentiment, cette angoisse devant l'e&#769;phe&#769;me&#768;re, il ne peut accepter, sans le moindre sursaut de re&#769;volte, la mort de toute vie &#8212; celle d'un insecte comme celle de l'homme, et l&#224; est l'angoisse existentielle des Gnostiques.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;C'est pour y re&#769;pondre &#8211; peut-e&#770;tre aussi pour l'apaiser &#8211; que quelques-uns d'entre eux conc&#807;urent, pour expliquer l'inexplicable et combattre l'inadmissible, un enseignement radical, qui devait tant scandaliser leurs contemporains, entendons les P&#232;res de l'&#201;glise. Cet enseignement repose sur un constat fort simple : l'e&#769;vidence du mal. Cette e&#769;vidence en implique une autre, plus nette encore : ce monde mauvais ne peut e&#770;tre l'&#339;uvre de Dieu. C'est en re&#769;fle&#769;chissant sur la Bible et surtout sur la Gene&#768;se que les premiers Gnostiques furent amene&#769;s a&#768; poser ce principe e&#769;mancipateur, qui les exclut de toute communaute&#769; chre&#769;tienne et les rejette en marge de toutes les e&#769;glises : J&#233;hovah, le dieu cre&#769;ateur de l'Ancien Testament, est en re&#769;alite&#769; un faux dieu, un simple de&#769;miurge qui a usurpe&#769; la fonction cre&#769;atrice du Dieu supre&#770;me. Apprenti sorcier de la vie, il a mis au monde une cre&#769;ature imparfaite &#8212; l'homme &#8212; un univers soumis a&#768; la corruption et a&#768; la mort, Il a cre&#769;e&#769; une &#339;uvre manque&#769;e. La preuve en est qu'a&#768; tout moment, il doit intervenir dans cette cre&#769;ation malheureuse pour la modifier, la corriger, l'ame&#769;liorer. Il doit se&#769;vir aussi contre les initiatives de l'homme, contraint de se &#171; de&#769;brouiller &#187; comme il peut dans un monde inadapte&#769; a&#768; ses besoins. Rien d'e&#769;tonnant que toute l'histoire humaine, telle que la relate la Bible, ne soit qu'une suite de meurtres, de ge&#769;nocides, d'interventions re&#769;pressives du faux-Dieu, de de&#769;luges, d'exterminations, de foudroiements, et pour finir, d'apocalypses.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Rien d'e&#769;tonnant non plus a&#768; ce que le premier e&#769;dit, du faux-Dieu, proclame&#769; au temps de l'Eden, soit justement un interdit, un Non scandaleux et arbitraire oppose&#769; au de&#769;sir adamique de connaissance. Seul le Serpent a vu clairement l'inanit&#233; d'un tel interdit et c'est pourquoi il s'est dresse&#769; contre l'interdiction re&#769;pressive du de&#769;miurge pour transmettre a&#768; l'homme - en le faisant mordre au fruit de&#769;fendu du savoir &#8212; une parcelle de la connaissance salvatrice. C'est au serpent que l'homme doit de ne pas vivre entie&#768;rement dans les te&#769;ne&#768;bres de l'ignorance, d'avoir conserve&#769;e la me&#769;moire de la trahison primordiale, de l'imposture originelle qu'est sa pre&#769;sence en ce monde, de savoir au fond qui il est et pourquoi il est imparfait. Ce qui explique que nombre de Gnostiques aient vu dans le Serpent le premier rebelle et le premier sauveur du genre humain, et aussi le premier initie&#769; de l'histoire terrestre. (Un des noms que l'on donne aux gnostiques est d'ailleurs Naass&#232;nes, qui vient de l'h&#233;breu&lt;i&gt;nahas&lt;/i&gt;et qui signifie &#034;serpent&#034;. Int&#233;ressant aussi ce parall&#232;le de nahas avec le grec &lt;i&gt;noos&lt;/i&gt; qui exprime l'acte d'une prise de conscience.)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='Nous-sommes-tous-des-pre-mature-s'&gt;Nous sommes tous des pre&#769;mature&#769;s&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Toute la re&#769;flexion gnostique part donc de ce postulat : nous sommes les produits d'une cre&#769;ation manque&#769;e, le re&#769;sultat d'une initiative de&#769;sastreuse d'un de&#769;miurge qui s'est pris pour Dieu et qui continue de tromper le monde qu'il gouverne. Mais les Gnostiques ne se contentent pas d'interpre&#769;ter la Bible dans un sens dualiste &#8212; comme le re&#769;cit d'une fausse cre&#769;ation &#8212; ils alimentent leurs re&#769;flexions de leurs propres spe&#769;culations sur cet instant premier de notre pre&#769;histoire ce&#769;leste. Quelques-uns d'entre eux, comme Basilide et Valentin qui fonde&#768;rent a&#768; Alexandrie, au cours du second sie&#768;cle de notre e&#768;re, des e&#769;coles gnostiques importantes, revinrent en de&#769;tail sur ce moment crucial de la gene&#768;se de l'homme en proposant leur propre sche&#769;ma cosmique. Ce sche&#769;ma comporte de nombreuses variantes mais toutes ces cosmologies racontent en de&#769;finitive une histoire identique : celle de la chute, de l'enlisement progressif de l'homme dans la matie&#768;re terrestre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Car l'homme proce&#768;de d'une image lumineuse et numineuse, jaillie a&#768; l'aurore des temps, dans la virginite&#769; du cosmos incre&#769;e&#769;, dans l'esprit du vrai Dieu. Cet Anthropos mentalement conc&#807;u, les &#201;ons le perc&#807;urent et en furent e&#769;blouis. Qui sont les &#201;ons ? Des cre&#769;atures immate&#769;rielles, e&#769;ternelles (&lt;i&gt;aio&#770;n&lt;/i&gt;signifie e&#769;ternel en grec), compagnes du vrai Dieu, des anges donc ou pluto&#770;t des archontes, comme les nomment aussi les gnostiques, c'est-a&#768;-dire des entite&#769;s principales, qui aussito&#770;t veulent reproduire, imiter cette image radieuse de l'homme. Mais, de&#769;munis de la parole de vie, ils ne re&#769;ussissent a&#768; cre&#769;er qu'un e&#770;tre imparfait lombriforme, qui sous leurs yeux, se met a&#768; vivre d'une existence purement ve&#769;ge&#769;tative, et a&#768; &#171; se tortiller sur le sol comme un ver &#187;. Lombric, ver, amphibien peut-e&#770;tre (un texte gnostique dit curieusement que ce premier Ance&#770;tre &#171; se de&#769;battait dans les eaux noires &#187;), l'homme n'est qu'un monstrueux f&#339;tus, une triste caricature de l'Anthropos conc&#807;u par le vrai Dieu. Ce dernier le prend ne&#769;anmoins en pitie&#769; et lui insuffle la parole de vie (ruha en h&#233;breu, c'est aussi ce ruha que Dieu souffle dans les narines d'Adam qui n'est encore que pantin de glaise pour l'amener &#224; la vie), et ainsi parfaire l'&#339;uvre manque&#769;e des &#201;ons. L'homme peut alors se dresser sur ses jambes, il a sa forme anthropienne et est dou&#233; de langage. Telle est, grossie&#768;rement re&#769;sume&#769;e, l'histoire de l'origine : les hommes sont une sorte de ver rectifie&#769;, un f&#339;tus jete&#769; avant terme dans les de&#769;serts de l'univers, des cre&#769;atures organiquement et psychiquement pre&#769;mature&#769;es.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Cette histoire ou pluto&#770;t ce mythe cauchemardesque n'a cess&#233; d'e&#770;tre enrichi par la spe&#769;culation gnostique. Il explique en tout cas de fac&#807;on radicale notre e&#769;tat immature : nous ne sommes pas des hommes, nous ne sommes que des imagos d'hommes. Ce mythe explique aussi pourquoi - bien que ne&#769;s pre&#769;mature&#769;ment, d'une expe&#769;rience pre&#769;somptueuse des &#201;ons accomplie sur une matie&#768;re vivante encore en gestation &#8212; re&#769;side en nous une e&#769;tincelle, un fragment du Feu divin, un &#233;clat de lumie&#768;re divine. Cet e&#769;clat, les Gnostiques croyaient l'entrevoir dans le fond de la pupille humaine. C'est la&#768;, d'apre&#768;s certains, dans cet abi&#770;me obscur, microcosmique, de l'&#339;il, que re&#769;siderait l'empreinte infime mais perceptible laisse&#769;e par la splendeur du vrai Dieu. Et l'on peut voir alors, en partant des pre&#769;mices de ce mythe, en quoi consiste l'enseignement gnostique : a&#768; restituer a&#768; l'homme sa maturite&#769; ve&#769;ritable, sa ple&#769;nitude inacheve&#769;e, a&#768; le contraindre a&#768; nai&#770;tre ve&#769;ritablement au monde, pour effacer les traces de sa premie&#768;re et de&#769;sastreuse naissance. Tels sont d'ailleurs les deux sens du mot&lt;i&gt;pto&#770;sis&lt;/i&gt; : une connaissance (la connaissance de notre ve&#769;ritable histoire, de notre vraie nature) et une naissance (&lt;i&gt;ge&#769;ne&#769;sis&lt;/i&gt;en grec) qui doit faire de nous des e&#770;tres enfin adultes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='Alors-comment-faire-Il-faut-mener-une-contre-vie'&gt;Alors comment faire ? Il faut mener une contre-vie&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Or, l'essentiel de l'aventure gnostique, c'est l'attitude concre&#768;te qu'ils adoptent a&#768; partir de ce sche&#769;ma mythique. Puisque tout, absolument tout, en ce monde est vicie&#769; et porte en soi l'empreinte d'une imposture universelle, l'homme ne peut e&#769;chapper aux illusions du monde, atteindre le vrai savoir et retrouver sa vraie nature qu'en prenant en tous points le contre-pied de la cre&#769;ation. Tout ce qui peut consolider, perpe&#769;tuer, accroi&#770;tre le monde mate&#769;riel ne fait qu'augmenter les obstacles et accroitre les te&#769;ne&#768;bres qui nous se&#769;parent du vrai Dieu. Il faut donc refuser l'emprise de la chair &#8212; par l'asce&#768;se ou par la libre pratique des activite&#769;s e&#769;rotiques &#8212; refuser la procre&#769;ation (car procre&#769;er c'est ajouter une fausse vie a&#768; toutes celles qui existent de&#769;ja&#768;, et augmenter la matie&#768;re du cosmos&lt;/i&gt;, refuser aussi toutes les lois et institutions qui ont pour but de conserver les structures vicie&#769;es de ce monde. Les premiers, les Gnostiques se sont clairement proclame&#769;s des hommes libres et sans attaches ni l&#233;gales ni morales. Ils ont magnifie&#769; fatalement tous ceux qui, dans l'histoire terrestre et cosmique, se sont dresse&#769;s contre l'ordre alie&#769;nant de cette cre&#769;ation : le Serpent, Lucifer, Cai&#776;n (qui s'opposa, en tuant son fre&#768;re Abel a&#768; l'ordre familial fonde&#769; sur les liens du sang, la ve&#769;ritable famille e&#769;tant pour l'homme de nature spirituelle), Seth, le troisie&#768;me fils d'Adam, bref les grands rebelles qui furent les seuls a&#768; connai&#770;tre ou a&#768; deviner le vrai Dieu. L'homme est un e&#769;tranger sur terre, de&#769;tenteur d'une lumie&#768;re venue d'ailleurs, il est au monde mais il n'est pas du monde et c'est pourquoi tous ses efforts doivent tendre a&#768; fuir les pie&#768;ges de la chair, les prisons de la terre et la ronde absurde des astres pour retrouver la ple&#769;nitude originelle et regagner sa patrie perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Reste a&#768; savoir comment, dans l'histoire a&#768; laquelle ils ne purent e&#769;chapper, malgre&#769; leur refus du temps, les Gnostiques ont exprime&#769; ces convictions. Il est facile de deviner que leur attitude radicale envers le monde, leur affranchissement total, a&#768; l'e&#769;gard de toutes les doctrines et de toutes les morales devaient leur valoir maints de&#769;boires et l'hostilite&#769; ge&#769;ne&#769;rale de leurs contemporains. Leurs &#339;uvres elles-me&#770;mes n'e&#769;chappe&#768;rent pas a&#768; cette hostilite&#769;. La plupart ont disparu, brul&#233;es par l'&#201;glise ou par le d&#233;cret des lois de l'&#201;tat. Toutes, a&#768; l'exception d'un petit nombre (une cinquantaine de trait&#233;s environ) retrouve&#769; en &#201;gypte en 1945 &#224; Nag Hammadi tr&#232;s exactement. Ces trait&#233;s de Nag Hammadi sont des ouvrages gnostiques consid&#233;r&#233;s comme non chr&#233;tiens, leur inspiration serait juive, &#224; partir de Philon d'Alexandrie ou hell&#233;nistique, voir le trait&#233; 33 (II, 9) de Plotin. Tout ce qu'on pouvait savoir de la pense&#769;e gnostique jusqu'&#224; cette d&#233;couverte reposait en grande partie sur les te&#769;moignages, toujours agressifs, des Pe&#768;res de l'&#201;glise qui de&#769;nonce&#768;rent leur he&#769;re&#769;sie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='He-le-ne-ou-la-Sagesse-venue-des-cieux'&gt;He&#769;le&#768;ne ou la Sagesse venue des cieux&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;La gnose apparai&#770;t dans l'histoire de&#768;s les premiers sie&#768;cles du christianisme, pre&#770;che&#769;e par un personnage que mentionnent les Actes des Apo&#770;tres du nom de Simon le Mage ou Simon le Magicien. On y trouve de&#769;ja&#768; les principes essentiels qui la caracte&#769;risent : la cre&#769;ation du monde est l'&#339;uvre d'un faux Dieu, le vrai Dieu est inconnu de l'homme, le monde n'est la&#768; que pour le se&#769;parer de Lui. Pour Simon le Mage, le seul moyen pour l'homme de briser l'illusion du monde et d'atteindre a&#768; la ple&#769;nitude est de vivre librement ses de&#769;sirs. Le de&#769;sir, sous toutes ses formes, est la seule part divine qui re&#769;side en l'e&#770;tre humain. L'&#233;clat du divin en l'homme y apparai&#770;t sous sa forme physique &#8212; par le sang et la semence &#8212; et sous sa forme psychique, par ce feu, cette e&#769;tincelle de&#769;pose&#769;e par Dieu. C'est donc en le de&#769;veloppant, en l'intensifiant, en l'exprimant totalement, que l'homme aura des chances de retourner a&#768; son origine. L'union des a&#770;mes et des corps, voila&#768; pour Simon le Magicien la gnose et la voie du salut. Lui-me&#770;me pratiquait l'une et l'autre avec application.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Simon parcourait les routes de Samarie et d'Anatolie en compagnie d'une femme du nom d'He&#769;le&#768;ne, ancienne prostitue&#769;e de&#769;couverte dans un bouge de Tyr et qui e&#769;tait, selon lui, la sagesse supre&#770;me descendue du ciel, sur la terre. Les Actes des Ap&#244;tres attestent que Simon et H&#233;l&#232;ne, le P&#232;re et la M&#232;re, la Puissance supr&#234;me et l'Ennoia, &#233;tonnent les foules par les miracles qu'ils produisent. Pr&#233;cisons que cela se passe 17 ans apr&#232;s la mort de J&#233;sus et que le monde nouveau qui apparait sur les rives orientales de l'empire romain n'est pas encore totalement constitu&#233;. Tout au plus y a-t-il sur les routes de Samarie, de Palestine ou d'Anatolie quelques poign&#233;es de disciples de J&#233;sus qui ne sont qu'un groupuscule parmi les milliers d'autres qui existent &#224; cette &#233;poque au moyen Orient. Ce premier si&#232;cle de notre &#232;re est le temps des disciples, des proph&#232;tes, des envoy&#233;s c&#233;lestes, des messies, des dieux incarn&#233;s et l'on peut dire que jamais Dieu n'eut autant de fils qu'&#224; cette &#233;poque. Des textes d'auteurs pa&#239;ens relatent ce foisonnement spirituel : &#034;Je suis Dieu, ou je suis Fils de Dieu ou je suis la Puissance du P&#232;re ou du Fils. La fin des temps est proche. Je suis venu pour vous sauver. Ceux qui m'&#233;couteront, me suivront auront l'&#233;ternit&#233;. Les autres p&#233;riront ou br&#251;leront dans les feux de l'enfer.&#034; Voil&#224; donc le type de discours ambiant &#224; cette &#233;poque de notre histoire spirituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Simon le Mage n'est donc qu'un proph&#232;te parmi tant d'autres, mais il attire les foules et on l'&#233;coute. Bien s&#251;r, on suit aussi les Ap&#244;tres qui pr&#234;chent aux m&#234;mes endroits que Simon, mais la pr&#233;dication du gnostique est radicalement diff&#233;rente de la pr&#233;dication apostolique. Il apporte avec lui un message particulier qui aimante les foules et qui attirent les disciples qui ne tardent pas a&#768; se former autour du couple, vivant en union libre et pratiquant probablement des exercices asce&#769;tiques qui leur confe&#769;re&#768;rent certains pouvoirs. Ce message va devenir le noyau dur de la Gnose : lorsqu'on lit la Bible et surtout la Gen&#232;se, on y apprend que Yahv&#233;, le dieu des Juifs est l'auteur du monde. Or, &#224; quoi Dieu passe-t-il son temps ? &#192; s'acharner sur l'homme et sur l'esp&#232;ce humaine. Il cr&#233;&#233; Adam et Eve, les place au Paradis mais leur interdit imm&#233;diatement l'essentiel : la connaissance du Bien et du Mal. Apr&#232;s quoi, le premier couple est chass&#233; du Paradis et dieu ne cesse de traquer les descendants de ce couple, de multiplier les interdits, de menacer l'esp&#232;ce humaine de ses foudres : le D&#233;luge et l'an&#233;antissement de l'esp&#232;ce humaine, voil&#224; &#224; quoi aboutit Dieu. Mais la seconde humanit&#233;, celle d'apr&#232;s No&#233;, n'est pas non plus pr&#233;serv&#233;e de la m&#233;chancet&#233; divine, elle subira ses foudres et p&#233;rira dans le sang et le feu. Le Dieu de la Bible est un gendarme de l'humanit&#233;, un Dieu jaloux, vengeur, col&#233;rique qui n'intervient sur terre que pour punir et pour d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Simon, en raisonnant de la sorte, ne met en cause ni les raisons du comportement agressif de Dieu, ni les causes de ce comportement : les hommes font des erreurs et perp&#233;tuent des crimes. Mais il met en valeur la contradiction qu'il y a &#224; appeler ce Dieu un Dieu bon, ami de l'homme et cr&#233;ateur de l'univers, alors que l'histoire humaine s'inaugure par un anath&#232;me, se continue par le crime, et se perp&#233;tue dans le sang. Pour Simon cette histoire malheureuse de l'&#233;volution de l'esp&#232;ce humaine est l'oeuvre de dieu. Simon propose donc une voie lib&#233;ratrice pour l'homme. Il lui semble impossible, injuste que l'homme fasse les frais de l'ambition divine. Quelque chose en l'homme doit exister qui lui permette de concevoir et de retrouver le Vrai Dieu, le dieu &#233;tranger &#224; ce monde. C'est ainsi que Simon, le premier, du moins si l'on en croit les P&#232;res de l'&#201;glise, &#233;chafaude une doctrine s&#233;duisante pour rendre compte de la nature et du destin possibles de l'homme. Et ce destin c'est que la vraie vie est ailleurs, sa nature c'est qu'il poss&#232;de en lui une &#233;tincelle divine, celle du vrai Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Mais revenons-en maintenant aux miracles de Simon qui lui ont valu d'&#234;tre entour&#233; par de plus en plus de disciples. Les Actes des Apo&#770;tres mentionnent les &#171; prodiges &#187; que le couple ope&#769;rait. Les le&#769;gendes qui circule&#768;rent par la suite sur la mort de Simon le Mage attestent elles aussi la fascination ambigue&#776; exerce&#769;e par ce personnage &#8212; mage ou sage, on ne sait &#8212; : il se serait e&#769;leve&#769; vers le ciel et aurait chu a&#768; la suite d'une intervention de l'apo&#770;tre Pierre jaloux de ses pouvoirs et qui pria avec ferveur J&#233;sus afin de faire chuter Simon qui &#233;tait en l&#233;vitation. Ce qui est int&#233;ressant ici, si vous me permettez encore une petite parenth&#232;se, c'est qu'un texte apocryphe pr&#233;sente Simon le Magicien comme une sorte d'&#233;manation divine. Il aurait s&#233;duit la foule en s'envolant dans le ciel. L'Ap&#244;tre Pierre invoque alors le nom de J&#233;sus et provoque sa chute et sa mort. Ce que je veux relever ici est que le th&#232;me du combat a&#233;rien entre les d&#233;fenseurs de deux syst&#232;mes religieux antagonistes se retrouve dans la litt&#233;rature rabbinique (Phin&#233;e contre Balaam) et dans les Toledot Yeshu (les engendrements de J&#233;sus). Il y aurait l&#224; une filiation avec le juda&#239;sme hell&#233;nis&#233; et les l&#233;gendes autour de Balaam.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;C'est surtout au sie&#768;cle suivant, au second sie&#768;cle donc, que le gnosticisme connait son plein e&#769;panouissement. De nombreux mai&#770;tres pre&#770;chent alors a&#768; Alexandrie et les sectes y connaissent une floraison inespe&#769;re&#769;e : Basilide, Valentin, Carpocrate sont les trois figures gnostiques les plus connues. Ils pre&#770;chent et e&#769;crivent en grec et recrutent, parmi les milieux helle&#769;nise&#769;s de la ville, un nombre important de disciples.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Ce qui les caracte&#769;rise, c'est avant tout leur immense e&#769;rudition. Ils attirent &#224; eux des &#233;rudits, car les gnostiques pr&#234;chent en Grec Ils posse&#768;dent a&#768; fond les philosophes grecs, la Bible, les auteurs orientaux, les textes herme&#769;tiques. Pour eux, l'histoire de l'humanite&#769; est celle des errances de l'homme, c'est une histoire de te&#769;ne&#768;bres, un devenir aveugle ou&#768; seuls quelques illumine&#769;s perc&#807;oivent la ve&#769;rite&#769; et l'existence du Dieu cache&#769;.. C'est pourquoi ils empruntent indiffe&#769;remment aux philosophes grecs comme Platon, Pythagore, Aristote, a&#768; des figures mythiques comme Orphe&#769;e, Prome&#769;the&#769;e, Herme&#768;s ou Seth, a&#768; tel ou tel texte d'auteur herme&#769;tiste, les e&#769;le&#769;ments de leur vision du monde..&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Cette vision s'exprime a&#768; travers des mythes e&#769;tonnants - dont j'ai essay&#233; de donner id&#233;e - mais avec un tel luxe de de&#769;tails, une telle foule d'Eons, d'archontes, d'entite&#769;s sublunaires, supralunaires, cosmiques et hypercosmiques que leur cosmologie apparai&#770;t comme une trage&#769;die fantastique et complexe qui aboutit a&#768; la naissance pre&#769;mature&#769;e, involontaire de l'homme. Certains auteurs chre&#769;tiens se sont gausse&#769;s a&#768; juste titre du caracte&#768;re confus, parfois inextricable, de leurs spe&#769;culations. Mais derrie&#768;re ces constructions savantes perce une exigence profonde, un de&#769;sir intense de saisir, jusque dans ses rouages les plus te&#769;nus, le me&#769;canisme de l'erreur primordiale, les raisons de la solitude et de l'angoisse humaines.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='Les-trois-e-tats-de-l-homme'&gt;Les trois e&#769;tats de l'homme&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;L'implication des gnostiques dans cette compr&#233;hension de l'erreur originelle est nette : il faut briser les lois du monde, refuser de collaborer au devenir d'une matie&#768;re corrompue, d'un temps vicie&#769; dans sa substance, d'un espace contamine&#769; par la pre&#769;sence du faux Dieu. Il faut violer toutes les lois du monde, stopper l'engrenage fatal, de&#769;manteler l'e&#769;difice organique et mental de l'homme, pour le re&#769;veiller de son inertie asphyxiante, de ce sommeil de l'a&#770;me au sein duquel il est plonge&#769; depuis son origine. Bref, pour reprendre une expression connue, pratiquer un long, immense et raisonne&#769; de&#769;re&#768;glement de tous les sens, mener, en tous domaines, une contre-vie qui m&#232;nera &#224; la vraie vie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Pour Valentin, les e&#769;tapes de cette libe&#769;ration passent par trois stades.&lt;strong&gt;Le premier&lt;/strong&gt;est celui de l'homme mate&#769;riel, l'homme hylique, attache&#769; aux plaisirs et aux biens de ce monde, qui vit dans l'inconscience et dont la seule issue possible est le ne&#769;ant. Rive&#769; a&#768; la terre, faute d'avoir acquis en ce monde la conscience de son ve&#769;ritable e&#769;tat, il y retournera ine&#769;luctablement a&#768; sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le second&lt;/strong&gt;, c'est celui de l'homme psychique, qui, par la voie des philosophies, de certaines religions comme le christianisme, et d'une asce&#768;se approprie&#769;e s'est de&#769;gage&#769; partiellement de la gangue corporelle. Il a acquis un principe pensant, une psyche&#769;, mais faute de posse&#769;der la gnose, il demeure e&#769;tranger a&#768; la ve&#769;rite&#769;. Cet e&#769;tat est celui des Chre&#769;tiens notamment, dont l'a&#770;me, apre&#768;s la mort, sera contrainte d'errer dans les espaces sublunaires, loin du vrai Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'ultime e&#769;tat&lt;/strong&gt;, c'est celui que seul peut obtenir la Gnose, celui de l'homme pneumatique, c'est- a&#768;-dire de&#769;tenteur de l'esprit, du pneuma divin. Il est alors totalement affranchi de tous les liens avec la matie&#768;re de ce monde, car selon les propres termes de Valentin, il a &#171; tue&#769; en lui la mort &#187; et il &#171; est devenu un e&#770;tre indestructible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Cette sote&#769;riologie rend un son familier. Ces principes, les Gnostiques ne furent pas les seuls a&#768; les proclamer et l'on peut retrouver, dans le tantrisme indien, mais aussi dans la philosophie hell&#233;nistique, une attitude tre&#768;s proche. Mais ce qui caracte&#769;rise l'attitude gnostique et lui confe&#768;re un sens tre&#768;s particulier, ce sont les me&#769;thodes, les techniques libe&#769;ratrices que certains ont pro&#770;ne&#769;es pour parvenir a&#768; l'e&#769;tat pneumatique. Car le proble&#768;me est simple et il exige, pour e&#770;tre re&#769;solu, un peu de logique et beaucoup de courage. Pour e&#769;chapper au mal, l'asce&#768;se est une voie possible mais elle n'est pas la seule. La voie la plus radicale consiste justement, pour dominer le mal, a&#768; en e&#769;puiser la substance, a&#768; le pratiquer syste&#769;matiquement pour rendre aux mai&#770;tres de ce monde, le tribut qui leur est du&#770; et s'affranchir ainsi de leur tutelle. Ide&#769;e singulie&#768;re mais qui repose sur un principe logique, celle d'une prescription home&#769;opathique : lutter contre le mal avec ses propres armes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Carpocrate, un gnostique d'Alexandrie, enseigne donc que la libe&#769;ration de l'homme ne peut se faire qu'en violant syste&#769;matiquement toutes les lois de ce monde. La premie&#768;re, c'est la loi de division, de se&#769;paration, de fragmentation qui e&#769;miette et multiplie les supports mate&#769;riels du mal. Il faut vivre en communaute&#769;, cre&#769;er une conscience collective contre l'ennemi commun. La seconde, c'est l'attachement aux biens du monde, l'appropriation de ses richesses qui fragmentent l'unite&#769; premie&#768;re et perpe&#769;tuent l'injustice. Il faut donc refuser la proprie&#769;te&#769;, pratiquer la communaute&#769; des biens. La troisie&#768;me, ce sont les institutions scandaleuses et alie&#769;natrices du mariage, de la famille, de l'&#201;tat, des e&#769;glises, qui consolident la fragmentation, pe&#769;trifient le libre e&#769;change, la libre communion des corps et des a&#770;mes. Il faut donc pratiquer l'union libre et la communaute&#769; des femmes. La dernie&#768;re enfin &#8212; et la plus redoutable &#8212; ce sont les interdits qui pe&#768;sent sur le sexe &#8212; le conditionnement de l'amour, la prohibition de la sodomie, de l'inceste, l'incitation a&#768; la procre&#769;ation qui, toutes, de&#769;tournent le de&#769;sir de sa vraie voie. On pratiquera donc l'inceste, la sodomie, le coi&#776;tus interruptus pour e&#769;viter la fe&#769;condation et, en cas &#171; d'accident &#187;, l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='Une-orgie-gnostique'&gt;Une orgie gnostique&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;De tous les enseignements gnostiques, c'est e&#769;videmment ce dernier domaine qui provoque, chez les Chre&#769;tiens, la fureur et la consternation. Cette incitation a&#768; l'union libre, ce &#171; viol &#187; du mariage, ce refus de l'amour en tant que sentiment et cette exaltation de l'e&#769;ros en tant que feu divin, bref, cette re&#769;volution totale pratique&#769;e sur et par le sexe, conf&#232;rent a&#768; certains gnostiques une re&#769;putation qui ne les quittera plus. Un certain nombre d'auteurs chre&#769;tiens ont apporte&#769;, en tout cas sur ces pratiques singulie&#768;res, ces &#171; orgies &#187; scandaleuses, un te&#769;moignage assez pre&#769;cis pour qu'on ne puisse douter de leur re&#769;alite&#769;. L'un d'eux surtout, saint &#201;piphane, venu a&#768; Alexandrie au IV&#176; sie&#768;cle pour suivre l'enseignement des mai&#770;tres chre&#769;tiens, tomba, selon ses propres dires, dans les filets d'une secte gnostique. Il nous transmit ainsi le seul te&#769;moignage oculaire de ces rites &#171; licencieux &#187;, dont il sortit si horrifie&#769; qu'il s'empressa d'aller de&#769;noncer la secte a&#768; l'e&#769;ve&#770;que d'Alexandrie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Que vit exactement Saint &#201;piphane ? &#171; Quand ils se sont bien repus et se sont, si je puis dire, rempli les veines d'un surplus de puissance, ils passent a&#768; la de&#769;bauche. L'homme quitte sa place a&#768; co&#770;te&#769; de sa femme et dit, a&#768; celle-ci : &#171; Le&#768;ve-toi et accomplis l'agape&#768; (l'union d'amour) avec le fre&#768;re &#187;. Les malheureux se mettent alors a&#768; forniquer tous ensemble... Une fois qu'ils se sont unis, comme si ce crime de prostitution ne leur suffisait pas, ils e&#769;le&#768;vent vers le ciel leur propre ignominie : l'homme et la femme recueillent dans leur main le sperme de l'homme, s'avancent les yeux au ciel et l'offrent au Pe&#768;re en disant : &#171; Nous t'offrons ce don, le corps du Christ &#187;. Puis ils mangent et communient avec leur propre sperme. Ils font exactement de me&#770;me avec les menstrues de la femme. Ils recueillent le sang de son impurete&#769; et y communient de la me&#770;me manie&#768;re. Mais tout en pratiquant ces promiscuite&#769;s, ils enseignent qu'il ne faut pas procre&#769;er d'enfants. C'est par pure volupte&#769; qu'ils pratiquent ces actes honteux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Les Gnostiques en question, toutefois, ne s'arre&#770;tent pas en si bon chemin. Au cours de ces orgies, des &#171; accidents &#187; sont ine&#769;vitables. Que se passe-t-il alors ? &#201;piphane continue son r&#233;cit : &#171; Lorsque l'un d'eux a par erreur laisse&#769; sa semence pe&#769;ne&#769;trer trop avant et que la femme tombe enceinte, e&#769;coutez les horreurs qu'ils commettent. Ils extirpent l'embryon de&#768;s qu'ils peuvent le saisir avec les doigts, prennent cet avorton, le pilent dans une sorte de mortier, y me&#769;langent du miel, du poivre, et diffe&#769;rents condiments ainsi que des huiles parfume&#769;es pour conjurer le de&#769;gou&#770;t puis ils se re&#769;unissent et chacun communie de ses doigts avec cette pa&#770;te&#769;e d'avorton en terminant par cette prie&#768;re : &#034;Nous n'avons pas permis a&#768; l'Archonte de la volupte&#769; de se jouer de nous mais nous avons recueilli l'erreur du fre&#768;re&#034;. Voila&#768;, a&#768; leurs yeux la Pa&#770;que parfaite. Mais ils pratiquent encore d'autres abominations. Lorsque, dans leurs re&#769;unions, ils entrent en extase, ils barbouillent leurs mains avec la honte de leur sperme, l'e&#769;tendent partout, et les mains ainsi souille&#769;es et le corps entie&#768;rement nu, ils prient pour obtenir, par cette action, le libre acce&#768;s aupre&#768;s de Dieu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='Une-e-trange-initiation'&gt;Une e&#769;trange initiation&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;C'est la&#768; e&#769;videmment un mode de prie&#768;re assez peu usite&#769;. On comprend qu'il ait pu horrifier les Chre&#769;tiens mais il me&#769;rite tout de me&#770;me, de notre part, une re&#769;flexion plus objective. Ce qu'ignore saint &#201;piphane ou qu'il feint d'ignorer, c'est le sens profond de ces pratiques, dont certaines tournent peut-e&#770;tre a&#768; l'orgie pure et simple, mais qui ne sont jamais que l'illustration re&#769;ve&#769;latrice, par son exce&#768;s me&#770;me, de l'attitude gnostique devant l'enfer du monde. Derrie&#768;re cette exaltation forcene&#769;e du de&#769;sir e&#769;rotique, se profilent les mythes, les arche&#769;types qui les justifient et les fondent. Et on retrouve cette propension typiquement gnostique a&#768; inverser toutes les valeurs de ce monde, a&#768; vivre une contre-vie, a&#768; fonder une contre-histoire en exaltant les grands rebelles. Mais attention, il ne s'agit pas l&#224; de libertinage, mais r&#233;ellement de lib&#233;ration. L'attitude radicale adopt&#233;e par les gnostiques &#224; l'&#233;gard de la chair permet, indiff&#233;remment de pratiquer une asc&#232;se rigoureuse ou une d&#233;bauche non moins rigoureuse car l'une ou l'autre de ces voies est lib&#233;ratrice. L'un des disciples de Valentin, Ptol&#233;m&#233;e, auteur d'une&lt;i&gt;Lettre &#224; Flora&lt;/i&gt;&#233;crit, dans cette lettre : &#034;De m&#234;me qu'il est impossible &#224; l'homme mat&#233;riel (hylique) d'&#234;tre sauv&#233; puisque la mati&#232;re ne peut l'&#234;tre, de m&#234;me l'homme pneumatique ne peut &#234;tre damn&#233;, quels qu'aient &#233;t&#233; ses actes. Et de m&#234;me l'or conserve sa beaut&#233; au sein de la plus noire des boues sans &#234;tre souill&#233; par elle, de m&#234;me le gnostique ne peut subir aucune souillure ni perdre son essence pneumatique, car les actes de ce monde sont d&#233;sormais sans effet sur lui.&#034; Chez les chr&#233;tiens aussi d'ailleurs on retrouve cette m&#234;me finalit&#233; de l'exc&#232;s, un peu comme lorsque Saint Athanase explique qu'une fois la saintet&#233; atteinte, les saints peuvent tout se permettre puisqu'ils ne peuvent plus &#234;tre corrompus par rien. &#034;L'accomplissement et la perpr&#233;tation de n'importe quelle volupt&#233; sont indiff&#233;rents&#034; dit encore le gnostique Basilide.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='En-guise-de-conclusion'&gt;En guise de conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;J'ai essay&#233;, dans cet article, de montrer en quoi la Gnose a &#233;t&#233; extr&#234;mement pr&#233;sente les cinq premiers si&#232;cles de notre &#232;re. Nous avons montr&#233; qu'un des arguments fort qui font du gnosticisme un courant important religieux et/ou philosophique - irr&#233;ductible au seul christianisme - est que le christianisme est une religion de la foi alors que le gnosticisme repose sur la connaissance (gnosis), cette connaissance d&#233;bouchant sur une attitude proprement gnostique face au monde. C'est cette connaissance qui joue un r&#244;le primordial, nous l'avons vu, dans la lib&#233;ration fondamentale de l'individu : lib&#233;ration des forces cosmiques inf&#233;rieures auxquelles l'homme a &#233;t&#233; livr&#233; : le d&#233;miurge et les &#201;ons ; lib&#233;ration sot&#233;riologique puisque l'homme peut &#233;chapper au mal par l'asc&#232;se ou par l'exc&#232;s, lib&#233;ration anthropologique enfin puisque l''&#226;me garde du vrai Dieu cette &#233;tincelle qui lui permet de savoir qui il est r&#233;ellement : un homme pneumatique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le 2&#176; axe que j'ai tent&#233; d'&#233;tayer ici est que le gnosticisme n'est pas une doctrine unique ou un courant de pens&#233;e homog&#232;ne, m&#234;me s'il y a peut-&#234;tre, dans le gnosticisme, des 'invariants'. Mais d&#233;finir la Gnose est un pari perdu d'avance, comme le dit Suzanne P&#232;trement, une sp&#233;cialiste de la Gnose chr&#233;tienne, la question de la gnose est 'l'une des plus obscures, des plus complexes, des plus difficiles qui se posent en histoire des id&#233;es' (&lt;i&gt;Le dieu s&#233;par&#233;, les origines du gnosticisme&lt;/i&gt;, 1984, p.10). Or, depuis Hans Jonas, une bonne partie de la recherche s'emploie &#224; d&#233;finir la gnose et les gnostiques par des invariants, par des unit&#233;s atomiques pour parler le langage des structuralistes. Il peut paraitre bizarre que je cite ici Hans Jonas, plus connu pour son ouvrage ma&#238;tre&lt;i&gt;Le principe responsabilit&#233;&lt;/i&gt;Si je cite Hans Jonas, c'est que ce philosophe s'est d'abord int&#233;ress&#233; &#224; la Gnose au point d'&#233;crire sa th&#232;se sur elle : La religion gnostique. Le message du Dieu &#201;tranger et les d&#233;buts du christianisme, tel est le titre de sa th&#232;se publi&#233; en 1978 pour l'&#233;dition fran&#231;aise. Dans ce livre, Hans Jonas vise un but philosophique : comprendre l'esprit gnostique et d&#233;gager une unit&#233; intelligible, un invariant donc, ce qui revient &#224; rechercher l'essence du gnosticisme dans sa totalit&#233;. Ces invariants dont parle Jonas sont le dualisme anticosmique, que j'ai d&#233;velopp&#233; ici, &#224; savoir la condamnation du monde cr&#233;&#233; par le dieu de l'ancien testament et le dualisme antisomatique (corps et &#226;me). Un autre invariant de la gnose est la consubstantialit&#233; pneumatique de l'homme et de la transcendance, comme nous l'avons vu, tous les gnostiques consid&#232;rent que l'homme contient en lui-m&#234;me un &#233;l&#233;ment d'extramondanit&#233;, une &#233;tincelle pl&#233;romatique qui lui garantit imm&#233;diatement le salut.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Pourtant on pourrait objecter que ces invariants ne sont pas seulement gnostiques mais qu'on les retrouvent aussi dans les traditions orphiques, dans le Platonisme et, &#233;videmment dans le n&#233;o-platonisme. Il en est ainsi de l'origine c&#233;leste, pneumatique, de l'&#233;lu, de la renonciation au monde et du retour au divin. De m&#234;me, l'id&#233;e que le monde est fonci&#232;rement mauvais fait aussi partie de la tradition bouddhiste. Le th&#232;me de l'&#233;tincelle tomb&#233;e dans le royaume des t&#233;n&#232;bres est un th&#232;me qui provient de la Kabbale. Ainsi, il ne faut pas trop suivre Jonas dans sa classification par invariants car les distingos, pour peu qu'on les traque un peu loin, deviennent de plus en plus minces. Mais ce qui se montre ainsi est que la Gnose est un syncr&#233;tisme des diff&#233;rents courants qu'il y avait &#224; son &#233;poque : le christianisme naissant, le juda&#239;sme notamment &#224; travers Philon d'Alexandrie et l'hell&#233;nisme, notamment &#224; travers le n&#233;oplatonisme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Ce qui est, &#224; mon sens purement gnostique, c'est la conscience du Moi &#224; une &#233;poque o&#249; l'individualisme n'existait pas encore. L'homme antique faisait partie d'un tout : le monde, la cit&#233;, la famille, l'&#233;glise, bref il est une partie de la communaut&#233;. Le gnostique fait voler en &#233;clat cette appartenance communautaire, il s'identifie &#224; ses actes cognitifs et ce savoir, v&#233;hicul&#233; par la Gnose est 'son' savoir, celui qu'il poss&#232;de en tant que gnostique, c'est la connaissance d'un Ego centr&#233; sur lui-m&#234;me qui a le souci d'un salut personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Enfin je terminerai cette conclusion, par le th&#232;me, &#233;minemment gnostique lui aussi, de l'ali&#233;nation. J'ai insist&#233; sur le fait que l'ali&#233;nation est, pour le gnostique, un probl&#232;me global. Il y a les formes d'exploitation et d'ali&#233;nation humaines que sont la politique, le social, la famille, la religion, mais pour un gnostique l'ali&#233;nation de l''homme est un probl&#232;me plus global qui suppose, comme j'esp&#232;re l'avoir montr&#233;, que les causes de l'ali&#233;nation &#233;conomiques, sociales et politiques soient supprim&#233;es, mais qui fait de cette suppression un point de d&#233;part et non un point d'arriv&#233;e. Lib&#233;rer l'homme de son ali&#233;nation c'est l'affranchir de sa pr&#233;sence au monde et en ce sens ils ont &#233;t&#233; conscients de la port&#233;e politique de la Gnose qui voyait dans tout pouvoir la source m&#234;me de l'ali&#233;nation. Les gnostiques n'ont cess&#233; de pr&#244;ner l'insoumission &#224; l'&#233;gard de tous les pouvoirs, chr&#233;tiens ou pa&#239;ens, parce que pour eux que le pouvoir vienne de l'&#201;glise ou de l'Empire, il n'y a aucune diff&#233;rence. Les pouvoirs sont donc une source d'ali&#233;nation : toutes les institutions, toutes les lois, toutes les religions, toutes les &#233;glises, tous les pouvoirs ne sont l&#224; que pour perp&#233;tuer une duperie aussi ancienne que ce simulacre de monde. Et c'est pourquoi les gnostiques revendiquent d'&#234;tre des &#233;trangers : &#233;trangers sur terre, puisqu'ils appartiennent &#224; l'hypermonde, &#233;tranger civique, puisqu'ils ne veulent pas &#234;tre des autochtones, statut qui, dans les temps anciens opposait politiquement, civiquement et humainement l'&#233;tranger &#224; l'autochtone. L'autochtone c'est l'ath&#233;nien nait &#224; Ath&#232;nes ou l'Alexandrin n&#233; &#224; Alexandrie, bref le citoyen mais plus encore l'homme n&#233; du sol lui-m&#234;me, celui qui poss&#232;de avec sa terre natale des liens biologiques ins&#233;cables. La diff&#233;rence qui s&#233;pare le gnostique de l'autochtone c'est que pour lui ma terre natale n'est pas sa terre, ni son monde car ils sont autochtones d'un autre monde. Et dans cet exil universel qu'est ce pseudo monde, ils ont choisi de vivre et de se d&#233;velopper dans les seules villes de l'&#233;poque qui poss&#232;dent un caract&#232;re cosmopolite : Alexandrie, Antioche et Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Que dire encore pour conclure ? Que la Gnose est le premier et le seul proc&#232;s monumental entam&#233; contre l'univers tout entier, l'immensit&#233; c&#233;leste et la duperie des syst&#232;mes et des institutions. Ce proc&#232;s nul ne sait si les gnostiques l'ont gagn&#233;, mais les voies qu'ils ont emprunt&#233;es r&#233;sonnent de fa&#231;on &#233;trangement moderne. Ils furent les premiers &#224; entrevoir qu'aucune &#233;mancipation r&#233;elle n'est possible, aucune r&#233;volution v&#233;ritablement positive, si elle n'est totalement libertaire, si elle ne l&#232;ve pas d'abord&lt;i&gt;tous&lt;/i&gt;les interdits qui rendent l'homme ali&#233;n&#233; et pesant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La th&#233;ologie &#224; l'universit&#233; du Moyen &#194;ge &#224; nos jours</title>
		<link>https://www.croyancesetvilles.fr/La-theologie-a-l-universite-du-Moyen-Age-a-nos-jours.html</link>
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		<dc:date>2025-10-24T12:23:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>SEELIG</dc:creator>


		<dc:subject>Religion </dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;L'enseignement de la th&#233;ologie &#224; l'universit&#233; a une longue histoire.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/-Theologie-et-philosophie-.html" rel="directory"&gt;Th&#233;ologie et philosophie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/+-Religion-+.html" rel="tag"&gt;Religion &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/+-Philosophie-+.html" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, la mont&#233;e de l'islamisme et des attentats terroristes en France a conduit les pouvoirs publics &#224; r&#233;fl&#233;chir sur le r&#244;le des imams et &#224; leur formation civique et th&#233;ologique. D&#232;s lors, certaines universit&#233;s ont &#233;t&#233; mises &#224; contribution pour la cr&#233;ation de Dipl&#244;me Universitaire ad'hoc. Mais l'enseignement de la th&#233;ologie &#224; l'universit&#233; a une longue histoire comme Michel Seelig nous le rappelle et en dresse un &#233;tat actuel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Avant d'aborder l'histoire de l'enseignement de la th&#233;ologie, il convient de pr&#233;ciser la consistance du concept de th&#233;ologie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;Dictionnaire critique de Th&#233;ologie&lt;/i&gt; [Publi&#233; aux PUF en 1998 sous la direction de Jean-Yves Lacoste] nous apprend que le terme grec &lt;i&gt;theologia&lt;/i&gt; signifie &#171; &lt;i&gt;discours sur les choses divines&lt;/i&gt; &#187;, terme apparu d'abord chez Platon&#8230; &#171; &lt;i&gt;dans un passage ou celui-ci s'interroge sur l'utilisation p&#233;dagogique de la mythologie&lt;/i&gt; &#187;. Et, &#171; &lt;i&gt;les associations de la th&#233;ologie avec la mythologie pa&#239;enne expliquent le peu d'empressement que le christianisme mit &#224; [la] prise de possession&lt;/i&gt; &#187; de ce terme&#8230; Mais, &#224; compter du XIIIe si&#232;cle &#171; &lt;i&gt;la scolastique tardive ne se donnera presque plus pour seul nom que celui de th&#233;ologie&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alain Rey, dans son &lt;i&gt;Dictionnaire culturel en langue fran&#231;aise&lt;/i&gt; [Le Robert 2005] pr&#233;cise que la th&#233;ologie est &#171; &lt;i&gt;l'&#233;tude des questions religieuses, fond&#233;es principalement sur les textes sacr&#233;s, la tradition, la r&#233;v&#233;lation, selon une orthodoxie&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
De cette derni&#232;re d&#233;finition, nous retiendrons deux aspects : la th&#233;ologie est une &#233;tude ; elle se veut fid&#232;le &#224; une orthodoxie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela distingue ainsi la th&#233;ologie &#224; la fois du cat&#233;chisme (enseignement des dogmes que le fid&#232;le doit obligatoire accepter) et de l'enseignement du fait (ou plut&#244;t des faits) religieux, tel qu'il fait partie des programmes de notre enseignement public.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='Les-universites-d-Ancien-Regime'&gt;Les universit&#233;s d'Ancien R&#233;gime&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Les universit&#233;s apparaissent en Europe occidentale au Moyen &#194;ge : l'Universit&#233; de Paris est ainsi officiellement reconnue par le roi de France et par le pape au d&#233;but du XIIIe si&#232;cle. Philippe Auguste accorde &#224; tous ses membres le privil&#232;ge d'&#234;tre jug&#233; par un tribunal eccl&#233;siastique et non civil. Les membres de l'Universit&#233; sont donc alors tous consid&#233;r&#233;s comme des clercs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur un mod&#232;le comparable, d'autres institutions sont cr&#233;&#233;es dans les Provinces, d&#232;s le XIIIe si&#232;cle &#224; Toulouse, Perpignan et Montpellier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1062 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;478&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.croyancesetvilles.fr/local/cache-vignettes/L392xH250/univ-perpignan-d3f1c.jpg?1774871916' width='392' height='250' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le recteur de l'universit&#233; entour&#233; des doyens des quatre facult&#233;s (th&#233;ologie, m&#233;decine, droits, arts). Les enseignements juridiques conservaient incontestablement le premier rang alors que, dans le m&#234;me temps, ceux des lettres accusaient un certain recul ; la th&#233;ologie devenait, quant &#224; elle, plus importante et la m&#233;decine allait patiemment de l'avant- Joseph-Barth&#233;l&#233;my Fran&#231;ois Carr&#232;re, &#171; Voyage pittoresque de la France... Province de Roussillon &#187;, Paris, 1787)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;On notera aussi la cr&#233;ation plus tardive d'une universit&#233; &#224; Strasbourg en 1538 : il s'agit en fait alors du &lt;i&gt;Gymnase protestant&lt;/i&gt;, &#233;lev&#233; au rang d'Acad&#233;mie en 1556 avant d'&#234;tre transform&#233; successivement en Universit&#233; (1621), puis en Universit&#233; royale (1631).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces &#233;tablissements, la th&#233;ologie occupait une place de choix, aux c&#244;t&#233;s de la m&#233;decine et du droit (L'enseignement des &#171; &lt;i&gt;Arts lib&#233;raux&lt;/i&gt; &#187; le &#171; &lt;i&gt;trivium&lt;/i&gt; &#187; et le &#171; &lt;i&gt;quadrivium&lt;/i&gt; &#187; c'est-&#224;-dire grammaire, dialectique et rh&#233;torique puis arithm&#233;tique, musique, g&#233;om&#233;trie et astronomie, &#233;tait le domaine de la &#171; &lt;i&gt;Facult&#233; des Arts&lt;/i&gt; &#187;, une forme de prop&#233;deutique.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1064 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.croyancesetvilles.fr/local/cache-vignettes/L500xH290/le-college-de-sorbonne-en-1550-ad011.jpg?1775209693' width='500' height='290' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le coll&#232;ge de Sorbonne en 1850
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Les universit&#233;s, et principalement l'Universit&#233; de Paris (&#171; &lt;i&gt;LA Sorbonne&lt;/i&gt; &#187;), jou&#232;rent un r&#244;le &#233;minent dans la vie intellectuelle, religieuse et aussi politique de la France. Jalouses de leur autonomie, elles lutt&#232;rent constamment pour pr&#233;server leurs privil&#232;ges et leur ind&#233;pendance, tant vis-&#224;-vis du pouvoir royal que du pouvoir pontifical.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='Revolution-et-Empire'&gt;R&#233;volution et Empire&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Sous la R&#233;volution, le 15 septembre 1793, un d&#233;cret de la Convention supprime toutes les universit&#233;s. En revanche, pour former les cadres indispensables &#224; la Nation, il est cr&#233;&#233; des grandes &#233;coles sp&#233;ciales : l'&#201;cole centrale des travaux publics (par la suite &#201;cole polytechnique), le Conservatoire des arts et m&#233;tiers, l'&#201;cole des langues orientales, l'&#201;cole des beaux-arts...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est qu'avec Napol&#233;on que de nouvelles structures sont mises progressivement en place sur l'ensemble du territoire. Le 10 mai 1806 est cr&#233;&#233;e l'Universit&#233; imp&#233;riale&#8230; une structure d'&#201;tat qui jouit du monopole de l'enseignement et int&#232;gre en son sein tous les &#233;tablissements de tout le territoire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;cret imp&#233;rial portant organisation de l'Universit&#233;, du 17 mars 1808 pr&#233;voit six ordres d'&#233;coles, toutes publiques : les facult&#233;s (th&#233;ologie, droit, m&#233;decine, sciences math&#233;matiques et physiques, lettres) ; les lyc&#233;es ; les coll&#232;ges ; les institutions ; les pensionnats ; les petites &#233;coles (primaire). Dans les 27 villes, si&#232;ges d'acad&#233;mies gouvern&#233;es par un recteur, se trouvent les facult&#233;s, organismes d'&#201;tat, directement administr&#233;es par le pouvoir central qui d&#233;signe leurs doyens.&lt;br class='autobr' /&gt;
On notera par ailleurs que l'&#201;glise ne dispose alors plus de la possibilit&#233; d'enseigner, sauf &#224; ses propres &lt;i&gt;cadres&lt;/i&gt;. Le d&#233;cret du 10 mai 1806 dispose en effet que :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;list-disc list-inside ps-6 space-y-1 marker:text-gray-700&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li class=&#034;mb-2 list-item&#034;&gt;&lt;i&gt;Article 1&lt;/i&gt;&lt;i&gt;er&lt;/i&gt;&lt;i&gt; L'enseignement public, dans tout l'Empire, est confi&#233; exclusivement &#224; l'Universit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li class=&#034;mb-2 list-item&#034;&gt;Article 3 Nul ne peut ouvrir d'&#233;cole, ni enseigner publiquement, sans &#234;tre membre de l'Universit&#233; imp&#233;riale, et gradu&#233; par l'une de ses Facult&#233;s. N&#233;anmoins, l'instruction dans les S&#233;minaires d&#233;pend des archev&#234;ques et &#233;v&#234;ques, chacun dans son dioc&#232;se. Ils en nomment et r&#233;voquent les directeurs et professeurs. Ils sont tenus seulement de se conformer aux r&#232;glements pour les S&#233;minaires, par nous approuv&#233;s&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;L'article 6 cependant, pr&#233;voit qu' &#171; &lt;i&gt;Il y aura, dans l'Universit&#233; imp&#233;riale, cinq ordres de Facult&#233;s ; savoir : 1&#176; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Des Facult&#233;s de th&#233;ologie &lt;/i&gt;&lt;i&gt; ; 2&#176; Des Facult&#233;s de droit ; 3&#176; Des Facult&#233;s de m&#233;decine ; 4&#176; Des Facult&#233;s de sciences math&#233;matiques et physiques ; 5&#176; Des Facult&#233;s des lettres. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Et les articles 7 &#224; 10 :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;list-disc list-inside ps-6 space-y-1 marker:text-gray-700&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li class=&#034;mb-2 list-item&#034;&gt;L'&#233;v&#234;que ou l'archev&#234;que du chef-lieu de l'Acad&#233;mie pr&#233;sentera au Grand-Ma&#238;tre les docteurs en th&#233;ologie, parmi lesquels les professeurs seront nomm&#233;s. Chaque pr&#233;sentation sera de trois sujets au moins, entre lesquels sera &#233;tabli le concours sur lequel il sera prononc&#233; par les membres de la Facult&#233; de th&#233;ologie. Le Grand-Ma&#238;tre nommera, pour la premi&#232;re fois, les doyens et professeurs entre les docteurs pr&#233;sent&#233;s par l'archev&#234;que ou l'&#233;v&#234;que ainsi qu'il est dit ci-dessus. Les doyens et professeurs des autres Facult&#233;s seront nomm&#233;s, pour la premi&#232;re fois, par le Grand- Ma&#238;tre.&lt;/li&gt;&lt;li class=&#034;mb-2 list-item&#034;&gt;&lt;i&gt;Il y aura autant de Facult&#233;s de th&#233;ologie que d'&#233;glises m&#233;tropolitaines ; et il y en aura une &#224; Strasbourg et une &#224; Gen&#232;ve&lt;/i&gt; [qui faisait alors partie de l'Empire]&lt;i&gt; pour la religion r&#233;form&#233;e. Chaque Facult&#233; de th&#233;ologie sera compos&#233;e de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;trois professeurs au moins ; le nombre pourra en &#234;tre augment&#233;, si celui des &#233;l&#232;ves para&#238;t l'exiger.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li class=&#034;mb-2 list-item&#034;&gt;De ces trois professeurs, l'un enseignera l'histoire eccl&#233;siastique, l'autre le dogme, et le troisi&#232;me la morale &#233;vang&#233;lique.&lt;/li&gt;&lt;li class=&#034;mb-2 list-item&#034;&gt;&lt;i&gt;Il y aura &#224; la t&#234;te de chaque Facult&#233; de th&#233;ologie, un doyen qui sera choisi parmi les professeurs&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='Le-XIXe-siecle'&gt;Le XIXe si&#232;cle&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Il y eut ainsi des facult&#233;s publiques de th&#233;ologie aupr&#232;s de chaque &#233;glise m&#233;tropolitaine, c'est-&#224;-dire les archev&#234;ch&#233;s de Paris, Aix en Provence, Besan&#231;on, Bourges, Rouen, Lyon et Toulouse.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'historien Ren&#233; Epp nous apprend cependant que &#171; &lt;i&gt;Ces Facult&#233;s n'eurent jamais la faveur du clerg&#233;. Les &#233;v&#234;ques les boudaient parce qu'elles concurren&#231;aient leurs s&#233;minaires. Rome leur reprochait leurs tendances gallicanes et lib&#233;rales [&#8230; Elles] ne purent en tout cas jamais obtenir du Saint-Si&#232;ge l'institution canonique, si bien que les grades qu'elles d&#233;livraient &#233;taient d&#233;pourvus de valeur canonique&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EPP Ren&#233;, Aper&#231;u sur les Facult&#233;s et les &#201;coles de th&#233;ologie catholique en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
La loi du 12 juillet 1875 relative &#224; la libert&#233; de l'enseignement sup&#233;rieur dite Loi Laboulaye, du nom du rapporteur du projet &#201;douard Ren&#233; Lefebvre de Laboulaye, d&#233;put&#233; &#171; &lt;i&gt;R&#233;publicain conservateur&lt;/i&gt; &#187; de Paris, permet la cr&#233;ation d'&#233;tablissements priv&#233;s. Elle dispose en effet que :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;list-disc list-inside ps-6 space-y-1 marker:text-gray-700&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li class=&#034;mb-2 list-item&#034;&gt;L'enseignement sup&#233;rieur est libre.&lt;/li&gt;&lt;li class=&#034;mb-2 list-item&#034;&gt;&lt;i&gt;Tout Fran&#231;ais &#226;g&#233; de vingt-cinq ans, n'ayant encouru aucune des incapacit&#233;s pr&#233;vues par l'article 8 de la pr&#233;sente loi, les associations form&#233;es l&#233;galement dans un dessein d'enseignement sup&#233;rieur, pourront ouvrir librement des cours et des &#233;tablissements d'enseignement sup&#233;rieur&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Les facult&#233;s publiques de th&#233;ologie subissent dix ans plus tard une &#171; &lt;i&gt;extinction budg&#233;taire&lt;/i&gt; &#187; : la loi de finances du 21 mars 1885 supprime les cr&#233;dits affect&#233;s aux facult&#233;s de th&#233;ologie catholique.&lt;br class='autobr' /&gt;
En revanche, &lt;i&gt;l'&#201;cole Pratique des Hautes &#201;tudes&lt;/i&gt; (EPHE), cr&#233;&#233;e en 1868, ouvre une 5&#232;me Section en 1886 : la &lt;i&gt;Section des Sciences religieuses&lt;/i&gt;. Et, en 2002, toujours au sein de l'EPHE, est cr&#233;&#233; &lt;i&gt;l'Institut Europ&#233;en en Sciences des Religions&lt;/i&gt; (IESR).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='L-Alsace-et-la-Moselle'&gt;L'Alsace et la Moselle&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;La guerre franco-prussienne de 1870 et la d&#233;faite fran&#231;aise conduisent &#224; l'annexion (de 1871 &#224; 1918) des territoires qui constituent aujourd'hui les 3 d&#233;partements de la Moselle et du Rhin. Le maintien &#224; titre transitoire de dispositions juridiques en vigueur lors du retour &#224; la France a permis la poursuite de l'activit&#233; d'&#233;tablissements d'enseignement sup&#233;rieur publics d&#233;livrant un enseignement de th&#233;ologie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Facult&#233; de th&#233;ologie protestante de Strasbourg, institu&#233;e, nous l'avons vu, par d&#233;cret imp&#233;rial du 17 mars 1808, est confirm&#233;e par la loi allemande du 28 avril 1872.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est maintenue de fait en 1918, au retour de l'Alsace &#224; la France.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1065 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;164&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.croyancesetvilles.fr/local/cache-vignettes/L412xH300/excursion_de_la_faculte_de_theologie_protestante_de_strasbourg-6e2db.jpg?1774871916' width='412' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photographie immortalisant une excursion des membres de la Facult&#233; de th&#233;ologie protestante de Strasbourg en 1920. Coll. M&#233;diath&#232;que protestante de Strasbourg.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;DR
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Le recueil de textes Le droit local cultuel d'Alsace-Moselle, publi&#233; par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journaux Officiels 2013 - premi&#232;re partie : &#171; Aper&#231;u g&#233;n&#233;ral sur le droit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pr&#233;sente son histoire r&#233;cente : &#034; &lt;i&gt;Aujourd'hui cette facult&#233; a pris la forme d'un institut au sein de l'universit&#233; de sciences humaines de Strasbourg, d&#233;livrant des enseignements de la licence au doctorat [&#8230;] L'organisation des cultes protestants conf&#233;rait aux autorit&#233;s religieuses un r&#244;le consultatif sur le choix des professeurs. L'article 32 de la loi Edgar Faure de 1968 sur l'enseignement sup&#233;rieur a mis un terme &#224; cette situation en excluant les repr&#233;sentants des deux cultes des commissions de s&#233;lection des enseignants. Cette exclusion a fait d&#233;bat [&#8230;] Cet article [d'un d&#233;cret de 1852] a &#233;t&#233; remani&#233; par l'article 4 du d&#233;cret du 18 avril 2006 sur l'organisation des cultes protestants qui supprima la mention selon laquelle le Directoire donne un avis motiv&#233; sur les candidats aux chaires de la facult&#233;. Dans la pratique, pr&#233;vaut un esprit de coop&#233;ration entre les &#201;glises et l'universit&#233;&lt;/i&gt;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;La Facult&#233; de th&#233;ologie catholique de Strasbourg est cr&#233;&#233;e par la Convention du 5 d&#233;cembre 1902 entre le Saint-Si&#232;ge et le gouvernement allemand.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette Convention dispose notamment que :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;L'instruction scientifique sera donn&#233;e aux jeunes clercs du dioc&#232;se de Strasbourg par une facult&#233; de th&#233;ologie catholique qui sera &#233;rig&#233;e &#224; l'Universit&#233; de Strasbourg. En m&#234;me temps, le grand s&#233;minaire &#233;piscopal continuera d'exister et de fonctionner pour l'&#233;ducation pratique desdits clercs qui y recevront l'enseignement n&#233;cessaire dans toutes les mati&#232;res se rapportant &#224; l'exercice des fonctions sacerdotales&lt;/i&gt; [Article 1er]
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;La nomination des professeurs se fera apr&#232;s entente pr&#233;alable avec l'&#233;v&#234;que. Avant d'entrer en fonctions, les professeurs auront &#224; faire la profession de foi entre les mains du doyen, suivant les formes de l'&#201;glise&lt;/i&gt;. [Article 3]
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Si la preuve est fournie par les autorit&#233;s eccl&#233;siastiques qu'un des professeurs doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme incapable de continuer son professorat, soit pour manque d'orthodoxie, soit en raison de manquement grave aux r&#232;gles de la vie et de conduite d'un pr&#234;tre, le gouvernement pourvoira sans d&#233;lai &#224; son remplacement et prendra les mesures propres &#224; faire cesser la participation dudit professeur aux affaires confi&#233;es &#224; la facult&#233;&lt;/i&gt;. [Article 5]&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Apr&#232;s le retour de l'Alsace &#224; la France, un &#233;change de lettres entre le Vatican et le gouvernement fran&#231;ais (Raymond Poincar&#233;), en 1923, confirme totalement ces dispositions.&lt;br class='autobr' /&gt;
La facult&#233; de th&#233;ologie catholique est aujourd'hui int&#233;gr&#233;e au sein de l'universit&#233; de Strasbourg (UNISTRA), sous la forme d'un institut o&#249; est dispens&#233; un enseignement de la licence au doctorat. Son ancien Doyen, professeur de dogmatique catholique, est aujourd'hui pr&#233;sident de l'universit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;text-xl font-bold text-blue-900 mt-3 mb-2&#034; id='La-situation-en-Moselle-a-Metz'&gt;La situation en Moselle, &#224; Metz.&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;En 1965, la facult&#233; catholique de Strasbourg cr&#233;e une antenne &#224; Metz, le Centre de p&#233;dagogie religieuse, CPR, qui a vocation &#224; former des enseignants en religion dans les lyc&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1970, une universit&#233; est cr&#233;&#233;e &#224; Metz, ainsi qu'une facult&#233; des lettres et sciences humaines. Celle-ci accueille le CPR. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 25 mai 1974, l'&#201;tat fran&#231;ais signe une Convention avec le Vatican qui donne au Centre autonome d'enseignement de p&#233;dagogie religieuse (CAEPR) de Metz son ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de la facult&#233; de Strasbourg et un statut proche de l'&#233;tablissement alsacien. Il propose depuis lors un parcours complet en th&#233;ologie, sans d&#233;livrer toutefois de dipl&#244;mes canoniques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1063 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.croyancesetvilles.fr/local/cache-vignettes/L260xH195/260px-jardin_caepr-932de.jpg?1774871916' width='260' height='195' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les Jardins du CAEPR de Metz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Avec la cr&#233;ation de l'universit&#233; de Lorraine (le 1er janvier 2012, par la fusion des &#233;tablissements de Metz et Nancy), le CAEPR devient un d&#233;partement de la nouvelle entit&#233; universitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article 3 de la Convention de 1974 dispose que &#171; &lt;i&gt;Les rapports entre le Centre Autonome d'Enseignement de P&#233;dagogie Religieuse et ses membres, d'une part, et les autorit&#233;s eccl&#233;siastiques, d'autre part, s'ordonnent conform&#233;ment aux stipulations en vigueur entre le France et le Saint-Si&#232;ge r&#233;gissant la Facult&#233; de Th&#233;ologie Catholique de Strasbourg&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Or, en 2018, l'&#233;v&#234;que de Metz, vraisemblablement insatisfait de l'enseignement d&#233;livr&#233;, d&#233;cide de se retirer du CAEPR et de former lui-m&#234;me les cadres du dioc&#232;se&#8230; Il ne demande en revanche pas la d&#233;nonciation de la Convention de 1974&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les enseignants du CAEPR d&#233;cident alors de poursuivre leur activit&#233; du d&#233;partement de th&#233;ologie de l'Universit&#233; de Lorraine, en souhaitant &#171; &lt;i&gt;repenser la th&#233;ologie dans la pluralit&#233; religieuse&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une situation juridiquement contestable, si l'on suit les dispositions d'une d&#233;cision du Conseil constitutionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le caract&#232;re transitoire du maintien du droit alsacien-mosellan ne fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;] sur l'impossibilit&#233; faite aux droit alsacien-mosellan d'&#233;voluer par lui-m&#234;me...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EPP Ren&#233;, &lt;i&gt;Aper&#231;u sur les Facult&#233;s et les &#201;coles de th&#233;ologie catholique en France au XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Strasbourg, Revue des Sciences religieuses, n&#176; 64/1, Universit&#233; des Sciences humaines de Strasbourg, 1990, pp. 53-71&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Journaux Officiels 2013 - premi&#232;re partie : &#171; Aper&#231;u g&#233;n&#233;ral sur le droit local cultuel alsacien-mosellan &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Le caract&#232;re transitoire du maintien du droit alsacien-mosellan ne fait pas obstacle &#224; ce que le l&#233;gislateur puisse adapter les r&#232;gles de droit local. Toutefois, il ne peut en r&#233;sulter ni un accroissement du champ d'application des diff&#233;rences ni une augmentation de celles-ci.&lt;/i&gt; &#187; [D&#233;cision n&#176;2011-157 QPC du 5 ao&#251;t 2011 -Soci&#233;t&#233; SOMODIA &#8211; Extrait du commentaire officiel&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>C&#233;l&#233;bration du cogito </title>
		<link>https://www.croyancesetvilles.fr/Celebration-du-cogito.html</link>
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		<dc:date>2023-09-13T14:02:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>REDACTION</dc:creator>


		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;Dans ce nouvel ouvrage, l'auteur de Comment peut-on &#234;tre catholique ? (Seuil, 2018) et R&#233;surrections (Seuil 2022), explore avec brio &#171; Je pense, donc je suis &#187; &#8211; cogito ergo sum, l'une des formules les plus c&#233;l&#232;bres de la philosophie o&#249; la raison se trouve au fondement de l'homme et de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/-Theologie-et-philosophie-.html" rel="directory"&gt;Th&#233;ologie et philosophie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/+-Livres-+.html" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.croyancesetvilles.fr/+-Philosophie-+.html" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&#171; Je pense, donc je suis &#187; &#8211; cogito ergo sum&#8211; est sans doute la proposition la plus c&#233;l&#232;bre de l'histoire de la philosophie. Au point d'avoir depuis longtemps &#233;chapp&#233; aux sp&#233;cialistes pour devenir absolument populaire et donner lieu &#224; des d&#233;tournements en tous genres (&#171; Je pense, donc je nuis &#187; ; co&#239;to ergo sum, etc.).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; quoi tient une telle cons&#233;cration ? &#192; la puissance de cet &#233;nonc&#233;, affirme Denis Moreau qui s'emploie, en douze brefs chapitres, &#224; en cerner les caract&#233;ristiques et les enjeux. Il le&lt;br class='autobr' /&gt;
fait avec limpidit&#233; toujours, humour parfois, un enthousiasme communicatif et sans ignorer les prolongements contemporains de son enqu&#234;te : le cogito est-il genr&#233; ? Une intelligence artificielle peut-elle dire &#171; je pense, donc je suis &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fil de ces pages &#233;clairantes, il appara&#238;t que le cogito est d'abord une authentique exp&#233;rience philosophique que chacun peut r&#233;aliser pour son propre compte, et que les M&#233;ditations m&#233;taphysiques sont un livre dont vous &#234;tes le h&#233;ros. Descartes y affronte, en un geste d'une radicalit&#233; &#224; ce jour encore in&#233;gal&#233;e, une question qui hante notre modernit&#233; : celle de la v&#233;rit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;text-gray-700 pt-1 leading-relaxed text-justify&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'auteur :&lt;/strong&gt; Denis Moreau est professeur de philosophie &#224; l'universit&#233; de Nantes. Auteur de plusieurs ouvrages sur Descartes et l'histoire de la philosophie moderne, il a aussi publi&#233; une traduction en fran&#231;ais moderne du &lt;i&gt;Discours de la m&#233;thode&lt;/i&gt; (Dunod, 2023) et des essais plus personnels : &lt;i&gt;Comment peut-on &#234;tre catholique ?&lt;/i&gt; (Seuil, 2018), &lt;i&gt;R&#233;surrections&lt;/i&gt; (Seuil, 2022).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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