Concert de Barbara Butch interrompu à Grenoble : le parquet ouvre une enquête pour « délit d’entrave »
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Le parquet de Grenoble a annoncé mardi l’ouverture d’une enquête pour « délit d’entrave concertée aux libertés » suite à l’interruption samedi d’un concert de la DJ Barbara Butch par des militants propalestiniens et LFI. Ce délit est puni d’un an d’emprisonnement, a précisé le procureur dans un communiqué.
L’enquête est confiée au service local de police judiciaire de Grenoble. Barbara Butch, 45 ans, figure des nuits parisiennes LGBTQ+ qui avait notamment participé à la cérémonie d’ouverture des JO de Paris en 2024, se produisait samedi soir vers 22h dans le cadre du festival Cabaret Frappé, organisé par la Ville depuis 25 ans.
L’adjoint à la culture a porté plainte
Sa performance a été interrompue au bout d’une vingtaine de minutes à cause d’une manifestation de militants pro-palestiniens et insoumis. La mairie a fait état de « jets de bouteilles en verre » et autres projectiles « visant délibérément la scène » lors du passage de la DJ.
La municipalité a indiqué dans la foulée qu’elle allait porter plainte contre X. L’adjoint à la culture Alexis Monge a, de son côté, porté plainte pour intimidation et jets de projectile. Les militants reprochaient à l’artiste, juive, la signature d’une tribune en soutien à la contestée proposition de loi Yadan visant à « lutter contre les nouvelles formes d’antisémitisme », retirée depuis.
Jets de bouteilles et de divers projectiles
La soirée n’aura duré que quelques minutes. Le concert de Barbara Butch samedi 18 juillet, a été interrompu à Grenoble (Isère) par des militants propalestiniens dans le cadre d’un boycott soutenu par LFI, qui s’est dit « fière » d’avoir participé à cette manifestation.
Selon Allan Brunon, l’élu insoumis, Barbara Butch « a pris position » en signant la tribune soutenant la loi Yadan, un texte « qui n’avait pas vocation à lutter contre l’antisémitisme, mais qui avait vocation à criminaliser les soutiens du peuple palestinien ». Par conséquent, « il fallait s’attendre en retour à ce qu’il y ait des militants, d’autant plus à Grenoble qui est une ville berceau de la résistance ».
Mais les 150 militants n’ont pas seulement brandi des banderoles ou des drapeaux palestiniens. Selon la maire Laurence Ruffin, Barbara Butch « a été prise pour cible en plein spectacle par des jets de bouteilles et divers projectiles dirigés vers la scène ».
« Des actes de sabotage des installations électriques ont également été commis, mettant en danger le public, les équipes techniques et les artistes », explique-t-elle dans un communiqué. Laurence Ruffin, qui s’était opposée à la loi Yadan, a maintenu la programmation du concert au nom de la « liberté de création ». « Parce que nous sommes attachés aux libertés publiques, nous avons refusé toute logique de censure », affirme-t-elle.
Au bout d’une vingtaine de minutes, la mairie a pris la décision d’interrompre le concert « afin de garantir la sécurité du public, des équipes et de l’ensemble des personnes présentes ».
La direction de LFI à la rescousse
Lundi, sur France Info, le coordinateur national de La France Insoumise Manuel Bompard a défendu la présence des militants propalestiniens à Grenoble samedi soir. Barbara Butch « a décidé de prendre une position politique et je peux comprendre que cette position politique puisse générer une protestation, à partir du moment où cette protestation est pacifique », a-t-il dit.
« S’il y a eu des insultes, elles sont absolument inacceptables », a toutefois affirmé le député des Bouches-du-Rhône et bras droit de Jean-Luc Mélenchon.
« Madame Barbara Butch a subi, y compris après la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, une campagne de cyber-harcèlement avec des insultes grossophobes et homophobes. Elles sont absolument inacceptables et je les ai toujours condamnées », a-t-il souligné.
Soupçons d’antisémitisme
Depuis ce week-end, plusieurs responsables politiques lui ont apporté leur soutien. « C’est un véritable scandale », a ainsi déclaré Bernard Cazeneuve sur BFMTV ce lundi. « Cette gauche-là n’est pas la gauche », a-t-il dit au sujet de La France Insoumise.
Le candidat à la présidentielle Gabriel Attal (Renaissance) a lui dénoncé « l’antisémitisme » de La France Insoumise. « Barbara Butch, DJ et artiste reconnue, a été empêchée de jouer en plein concert. Parce que juive. Seulement parce que juive », a-t-il avancé sur X, affirmant que « les limites de notre démocratie sont franchies ».
De son côté, le Crif a dénoncé une « chasse aux artistes juifs ou engagés contre l’antisémitisme ». « Pour LFI, la culture n’est pas une fin, c’est un moyen. L’objectif est simple : soumettre les artistes et la culture à l’agenda politique de LFI », accuse Yonathan Arfi, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France.
« J’ai signé une tribune, je n’aurais pas dû le faire », avait confié la DJ, âgée de 45 ans et figure des nuits parisiennes LGBTQ +, dans un article de France 24 publié en mai. L’artiste explique avoir vu « un tournant » depuis les attaques du 7 octobre contre Israël. « On a tous le droit à l’erreur, mais moi je suis tout de suite mise au pilori. Si on pouvait me tondre sur la place publique, on le ferait. »
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A propos
Illustration : Barbara Butch (Ville de Paris / Paris.fr)