De la force créatrice à l’apocalypse : penser le feu
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« Si le feu brûlait ma maison, qu’emporterais-je ? J’aimerais emporter le feu… » écrivait avec provocation le poète Jean Cocteau en 1954. Que dirait-il aujourd’hui, lui dont la maison de Milly-la-Forêt se trouve à quelques kilomètres du village de Noisy-sur-École, épicentre du feu toujours en cours, qui ravage la Forêt de Fontainebleau.
Après les incendies géants qui ont embrasé les Pyrénées orientales, la Drôme, ce sont plus de 800 hectares de forêt qui sont partis en fumée en Seine-et-Marne. Du jamais vu... Idem dans le Maine-et-Loire où 300 ha ont été également consumés et des habitations détruites.
Les images des méga-feux du Canada, du Nord des USA, de Sidney d’Amazonie ressurgissent au moment où là tout près, dans le Var, en Gironde et dans les Landes, les incendies se font monstres dévastateurs et, en Espagne, meurtriers… Le feu, ennemi de l’homme ?
Du feu purificateur-comme pur, feu en grec- au feu destructeur, du feu du démiurge, de l’industrie humaine, qui forge, protège et transforme la matière au feu qui dévore, consume et détruit, du feu qui éclaire, illumine au feu qui punit, le feu, est oxymorique.
À la fois fascinant et effrayant, domestiqué et sauvage, dieu et diable, le feu a depuis toujours suscité chez l’être humain des sentiments passionnés et ambivalents.
Dans son essai, La psychanalyse du feu, Gaston Bachelard nous explique comment, au fil du temps, le feu a influencé les créations artistiques et les visions scientifiques humaines.
Le philosophe et psychanalyste explique l’ambivalence de cet élément qui peut symboliser pour l’homme autant le bien que le mal, le paradis que l’enfer, c’est la connaissance qu’on veut voler (Prométhée), c’est autant la destruction que la purification, c’est la chaleur, le réconfort ou bien au contraire, la folie, la puissance du désir sexuel. Il nous nourrit en cuisant nos aliments, nous enivre et nous égare avec l’alcool (l’eau de feu) et la passion (le feu de la passion. Il participe à l’alchimie, c’est un élément de puissance…
Feu d’Empédocle, feu d’Héraclite, feu de Prométhée...le feu nous renvoie à l’histoire de l’humanité, à sa quête du savoir et du mieux-être, et aussi à mythologie qui est une autre façon de dire ce que l’on sait, plus imagée, plus narrative.
Feu littéraire aussi, comme ces voleurs de feu qui ont suivi Rimbaud depuis la lettre du voyant dans les sentiers dangereux de la poésie moderne, déjà défrichés par Gérard de Nerval et quelques autres...
Même lorsque le feu détruit tout, il demeure l’une des traces les plus singulières de notre orgueilleuse humanité qui s’est construite en parvenant à le domestiquer.
Une pensée pour tous les sapeurs-pompiers, les bénévoles, les citoyens qui, au péril de leur vie, interviennent en France et ailleurs pour éteindre les flammes de cet orgueil et noyer les braises de cette inconscience humaine.
Et tant pis pour les feux d’artifices et autres moments festifs... Il nous faut nous aussi, collectivement, faire la part du feu.