Halloween : conjurer nos peurs
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En informatique, Halloween est un problème de dysfonctionnement de mise à jour des bases de données, découvert chez IBM, le 31 octobre 1976 (jour d’Halloween), par trois ingénieurs.
En France, ce 31 octobre 2026, le problème Halloween s’annonce d’un tout autre ordre, public celui-là, une circonstance aggravante au maintien de l’ordre selon le gouvernement qui craint des débordements lors de cette nouvelle journée de manifestation.
Quelque 70.000 policiers et gendarmes seront ainsi mobilisés pour cette nouvelle journée de mobilisation sociale prévue samedi. « Un dispositif exceptionnel » reconduit, a annoncé, jeudi soir, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, alertant sur une journée « à risque très élevé de troubles à l’ordre public ».
« On ne tolèrera aucun débordement », a averti le ministre, promettant une « extrême fermeté ».
Les manifestations se dérouleront donc dans les zones périphériques et l’organisateur devra garantir aux autorités un service d’ordre qui permet de faire face à d’éventuels débordements et surtout à tenir de manière tout à fait correcte ces rassemblements. Une « double condition » pour les autoriser, a martelé le ministre hier soir.
Parallèlement, de nombreux appels à rassemblements dans la soirée, pour la fête d’Halloween, ont été détectés sur les réseaux sociaux. Le Ministre a souligné qu’ils émanent de la mouvance d’ultragauche, l’extrême gauche radicalisée et de certains sites de gilets jaunes radicalisés et concernent de nombreuses villes de France.
Des appels accompagnés de « messages qui appellent à faire la révolution, à mettre en place l’insurrection » et « qui incitent très clairement à la commission de troubles graves » ainsi que « des pillages » et des « saccages », a précisé le Ministre qui évoque ainsi une circonstance aggravante au maintien de l’ordre : « Halloween ».
Halloween n’est pas qu’une fête mais une journées pour faire peur au pouvoir. Voilà ce que semblent dessiner les appels à venir manifester déguisé en fantôme avec comme mot d’ordre « Halloween : les ténèbres » et reprenant les codes couleurs noir et orange de cette fête aux origines celtique (la Samhain) de conjuration de la mort.
Car c’est bien là que se trouve la signification d’Halloween, comment se prépare-t-on quand la mort arrive ? C’est comme un gros jeu : d’un côté, il y a des gens qui se déguisent en monstres et qui emportent la mort, et de l’autre il y a des gens qui y résistent.
Cette présence de l’horreur et de la violence qui l’accompagne dans nos vies, dans nos lectures, dans nos divertissements, dans nos rêves, dans nos fêtes et aujourd’hui dans nos rues, nous l’avons déjà commenté dans un édito précédent en expliquant leur effet cathartique.
Aristote, argumentant dans sa Poétique, du genre noble de la tragédie, le définit en une phrase qui a fait couler beaucoup d’encre : « La tragédie, au moyen de la terreur et de la pitié, opère la purgation (en grec : catharsis) de ces mêmes passions. »
On comprend que la tragédie nous fait éprouver des sentiments de terreur et de pitié ; et qu’en les éprouvant dans le cadre d’une représentation théâtrale, nous sommes moins amenés à les éprouver dans le reste de notre vie, nous sommes en quelque sorte apaisés.
Les cauchemars ou les films d’horreur semblent aussi relever de cette catharsis : ils sont comme un grand égout pour notre esprit, qui se purge à travers eux de la violence de ces passions. Cette purgation serait un besoin humain, qui expliquerait notre passion pour le fait de jouer à se faire peur.
Cela explique-t-il ces appels à manifester se référant à Halloween ? Ceux qui les propageraient jouent-ils à se faire peur, à faire peur, où vivent-ils un cauchemar éveillé avec le sentiment plus ou moins réel ou éprouvé de mort, d’une mort annoncée, d’une mort civile, d’une vie sans avenir.
La réponse nous la découvrirons, demain, lors de cette conjonction exceptionnelle de la journée de manifestation du 31 octobre et de la fête d’Halloween. C’est certains les casseurs et les pilleurs se déguiseront. Toute la difficulté pour les forces de l’ordre sera de distinguer les malfrats des manifestants qui grimeraient leurs peurs de l’avenir sous des masques et non pas seulement sous des pancartes et des revendications.
La Toussaint, qui suit Halloween, vient rappeler aux chrétiens occidentaux la bonne attitude à avoir devant la mort qui arrive. Il faut imiter les saints, car ils ont su changer la mort en gloire. Et si pour eux, la solution au problème de la mort reste ultimement Pâques et par extension, la Toussaint, pour tous Halloween (de l’anglais « Hallows’ Eve » : littéralement « la veille de la Toussaint » ).est quand même une fête importante pour s’exercer à résister à la mort. C’est dans cette optique que cette traditions d’Halloween est intelligible.
C’est ce qu’il faut entendre et comprendre au delà des impératifs légitimes du maintien de l’’ordre public et de la sécurité de nos concitoyens. La violence jaillit lorsque la discussion n’est plus possible, nait de la peur de ne plus pouvoir être entendu, d’un manque de perspectives sociales et politiques.
Il est temps pour le gouvernement de manifester explicitement et dans les faits aux Français la différence qu’il fait entres les malfrats, les casseurs, les pilleurs et les manifestations d’une inquiétude sociale légitime. Il lui faut écouter et donner la parole pour séparer l’ivraie du bon grain, la violence de la révolte. Aller chercher les casseurs chez eux et laisser les Français défiler dans les rues.
Samedi, la coordination des Gilets Jaunes a annoncé 157 déambulations et 355 rassemblements statiques. Il y aura également des manifestations syndicales. Autant d’occasions (plus que de mobilisation de policiers) pour les membres et représentants du pouvoir exécutif et du gouvernement d’aller à la rencontre des manifestants, surtout s’il les cantonne en périphérie, de discuter, d’expliquer, de ne pas avoir peur de confronter les regards et les mots, de conjurer le mauvais sort, de sortir de cette situation mortifère dans laquelle, en l’absence de dialogue, la République française plonge et abandonne, manifestations après manifestations, ce qui est aujourd’hui au cœur des valeurs contemporaines – la liberté, la démocratie, les droits de l’homme.
Faire face à Halloween ce week-end, c’est pour notre Gouvernement, affronter ces peurs, restaurer, mettre à jour, notre base de données sociales et démocratique.