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Impasse à Islamabad

Portrait de la rédactrice en chef
Olivier KONARZEWSKI
Directeur de la rédaction
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Il y a un changement de régime en Iran a déclaré Trump pour justifier l’annonce de son cessez-le-feu et organiser, grâce au Pakistan, des négociations à Islamabad avec la République islamique. Oui, après l’élimination de ses dirigeants, le régime a changé. D’une théocratie mortifère, la République islamique est passée aux mains des Gardiens de la Révolutions et des milices Bassidj, créés pour la protéger. Résultat, l’Iran est un régime contrôlé par des militaires radicalisé et cramponné à ses revendications contenues dans un plan en 10 points.

Mohammad Akbarzadeh, vice-président politique de la marine du Corps des Gardiens de la révolution, a déclaré à ce sujet : « Il y a un consensus total au sein du gouvernement, du Parlement et des forces armées sur l’avenir du détroit d’Ormuz, et il est nécessaire d’établir un nouveau régime juridique pour cette région. À partir de maintenant, c’est nous qui déciderons quels navires traverseront le détroit d’Ormuz et quel pétrole sera exporté. » Il a ajouté : « Nous avons retourné la menace de l’ennemi contre lui-même, et aujourd’hui, nos missiles pleuvent sur le système d’oppression ».

Hamidreza Haji Babaei, vice-président du Parlement, a renchéri : « Les négociateurs doivent savoir au nom de qui ils parlent. Cette nation n’accepte pas l’erreur et personne ne doit céder. Tout ce qui relève de nos lignes rouges doit être réalisé, sinon nous nous dirigeons vers la guerre. » Il a ajouté : « Si les négociations n’aboutissent pas, les tirs de missiles commenceront. » en affirmant « Aujourd’hui, le peuple qui est dans la rue ne veut rien d’autre que voir l’Amérique brisée et Israël détruit ».

Mohsen Rezaï, conseiller militaire de Mojtaba Khamenei, a écrit sur le réseau X : « Nous sommes aux côtés du Hezbollah avec toutes nos forces et nous punirons Israël ». Il a ajouté : « La responsabilité de l’effondrement du cessez-le-feu incombe aux États-Unis et cela ne sera pas toléré ».

Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux montre qu’à la suite du cessez-le-feu temporaire entre les États-Unis et la République islamique et à l’approche des négociations entre les Américains, la délégation iranienne dirigée par Mohammad Bagher Ghalibaf à Islamabad au Pakistan est-elle même la cible des affidés du régime : un groupe de partisans du gouvernement a organisé une manifestation contre lui. Le porte-parole de la manifestation a déclaré, en référence à la mort d’Ali Khamenei : « Maudit sois-tu si tu oses piétiner le sang de notre maître ».

Ces dernières heures, Téhéran a également durci le ton sur le volet du cessez-le-feu, martelant que celui-ci devrait également s’appliquer au Liban, où Israël a mené des frappes terribles ces derniers jours. Une position écartée par Washington, qui refuse d’élargir les discussions au front libanais, jugé distinct. Ce désaccord n’en est qu’un parmi d’autres, qui seront inévitablement au cœur des échanges des prochains jours.

Dans ce contexte, on comprendra que ce que Trump qualifie de « base de négociation viable », le plan en 10 points du régime iranien, est une aubaine pour ce « nouveau régime » qui garderait le contrôle du détroit d’Ormuz, des 440 Kg d’uranium enrichis à 60 %, de sa production d’armement, notamment balistique ; obtiendrait la levée de toutes les sanctions primaires et secondaires mises en place depuis des décennies, des dommages de guerre de 100 milliards de dollars pour reconstruire le pays bombardé, le retrait des forces américaines de la région,...

Pas étonnant que la majorité des Français, selon un sondage publié dans le Figaro aujourd’hui, considère que l’Iran sort victorieuse du conflit engagé par la coalition israélo-américaine. Une victoire politique et économique mais aussi militaire.

Quant à la population iranienne majoritairement hostile au régime, souvent au risque de sa vie, elle est littéralement abandonnée entre inquiétude, colère et désespoir. Les exécutions se poursuivent en Iran – 10 personnes ont été exécutées ces deux derniers jours . La répression va sans aucun doute s’intensifier à l’issue, incertaine, du cessez-le-feu et des négociations d’Islamabad.

Il n’y a malheureusement pas grand chose à attendre de cette négociation qui s’ouvre samedi et témoigne moins de la victoire de l’Iran, que de l’impuissance du gouvernement américain de Donald Trump, de son absence de vision stratégique et diplomatique. Ce qui est en revanche certain, c’est que les iraniens continuent d’être réprimés et de voir leur existence comme une impasse, de vivre dans la peur.

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Portrait de la rédactrice en chef
Olivier KONARZEWSKI
Directeur de la rédaction

Journaliste, professeur de philosophie, je suis directeur de la rédaction et de la publication, fondateur avec Antoine Sfeir de Croyances & Villes.