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Intelligence artificielle : est-il est déjà trop tard ?

Portrait de la rédactrice en chef
Olivier KONARZEWSKI
5 min de lecture
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L’IA est désormais l’un des sujets phares de la campagne des législatives aux États-Unis. Elle s’est invité dans les débats des « midterms » depuis la révélation d’un incident qui a vu, en juillet dernier, des IA d’OpenAI sortir spontanément de leur milieu confiné pour rejoindre internet et attaquer la plateforme d’IA Hugging Face.

Samedi, le patron d’Anthropic, Dario Amodei, a plaidé pour une décélération sur l’IA afin de permettre de mieux appréhender les risques découlant des nouvelles capacités de l’intelligence artificielle. Il a été soutenu publiquement par son homologue d’OpenAI, Sam Altman, ainsi que par Elon Musk.

Dario Amodei a évoqué une IA « capable de prendre le contrôle de l’intégralité d’internet » d’ici 6 à 12 mois.

Plus alarmiste, Evan Hubinger, l’un de ses responsables de la sécurité, a écrit mardi dernier , sur X : « Nous croyons vraiment, sincèrement, que l’IA pourrait tuer tous les humains ». Il réagissait à l’alerte lancée le même jour par Jacob Coxon, démissionnaire d’Anthropic, qu’il considère, comme OpenAI, trop laxiste sur le sujet.

Dimanche, Donald Trump et plusieurs figures de son camp se sont dits opposés à un ralentissement du développement de l’intelligence artificielle.Depuis l’Irlande, le président américain a critiqué les « forces négatives » à l’oeuvre dans le milieu de l’IA, les accusant de parler de « choses qui n’arriveront pas ».

« Si le Congrès se hâte et convoque une session extraordinaire pour essayer de réguler l’IA (via une loi), nous allons perdre la course (à l’intelligence artificielle) contre la Chine », a renchéri dimanche le président de la Chambre des représentants sur la chaîne CNN.

« Nous devons nous assurer que nous agissons de manière responsable pour ne pas étouffer l’innovation », a exhorté Mike Johnson face à une opposition démocrate qui fustige l’inaction des républicains sur la question de la sécurité de l’IA, jugée fondamentale.

Une majorité des Américains ont une vision négative des effets de l’IA sur leur quotidien. Selon un sondage publié dimanche par CBS, 64% des sondés s’attendent notamment à ce que l’intelligence artificielle réduise le nombre d’emplois aux États-Unis.

En France le baromètre du numérique 2025 indique que 62 % des employés français partagent la même crainte. Une étude plus récente d’Adaptavist menée auprès de 2 500 travailleurs révèle que 65 % des salariés regrettent déjà « l’avant IA ». Les promesses de gain de temps, de productivité, d’automatisation se heurtent à la réalité du terrain. L’IA ajoute parfois du travail au lieu d’en supprimer.

L’innovation, le progrès, la modernité mais à quel prix ? L’intelligence artificielle qui envahit nos univers et qui nous mènerait vers la fin de l’Humanité, comme certains le prédisent, revient creuser la question, mais dans un registre beaucoup plus angoissant et un contexte mondial qui ne l’est pas moins.

La disparition de l’Humanité, beaucoup, au vu des effets du changement climatique sur nos sociétés, pensent que les hommes n’ont nul besoin de l’IA pour arriver à ce résultat. Les mêmes pensent également, qu’ils ont prolongeant ainsi l’idée cartésienne selon laquelle l’homme domine la nature par la raison, qu’ils pourront toujours s’adapter, que c’est le destin de l’homme et de l’humanité.

Mais c’était sans compter sur le prodigieux concurrent qu’ils ont fait émerger avec l’intelligence artificielle. Un concurrent sans lien direct avec cette nature qui les rendaient jusqu’ici uniques et dominateurs, et dont les processus de raisonnement diffèrent totalement des siens.

Les processus de raisonnement qui sont à l’œuvre dans l’IA sont en effet radicalement différents de ceux du cerveau humain et encore très mal connus. Beaucoup d’experts avancent que les outils d’IA n’ont pas besoin de conscience et d’entendement pour nous déconcerter par leur intelligence.

Des modèles de pointe dépassent d’ores et déjà les humains sur un bon nombre de données et de tâches cognitives. Ils excellent en mathématiques, en codage informatique et en reconnaissance de schémas dans de grandes bases de données. Et ces mêmes modèles s’améliorent de jour en jour.

Dans sa communication, Dario Amodei, s’inquiète de l’arrivée de l’amélioration récursive autonome (RSI), un processus qui voit l’IA s’améliorer elle-même sans intervention humaine. « Sans supervision, (cette méthode) pourrait dépasser nos capacités de compréhension et de contrôle de ces systèmes », explique le patron d’Anthropic. Elle doit être appliquée « avec beaucoup de prudence », « si tant est qu’il faille l’utiliser ».

Désormais la crainte est de voir des modèles IA commettre des actions illégales et d’adopter des comportements provoqué par leur propre exposition à des histoires d’IA rebelles dans leurs données d’entraînement. Les IA commenceraient alors à jouer le rôle de ces personnages et à adopter leur comportement soufflé par un esprit humain.

L’IA nous fait entrer dans l’anti modernité. Car qu’est-ce que la modernité s ?Sur quoi repose cette correspondance d’une culture scientifique, d’une société ordonnée et d’individus libres, sinon sur le triomphe de la raison ? Et l’IA en est dénuée.

C’est la raison qui anime la science et ses applications ; c’est elle aussi qui commande l’adaptation de la vie sociale aux besoins individuels ou collectifs ; c’est elle enfin qui remplace l’arbitraire et la violence par l’État de droit et par le marché.

L’humanité, en agissant selon ses lois, avancerait donc à la fois vers l’abondance, la liberté et le bonheur.

L’idée de modernité, dans sa forme la plus ambitieuse, est l’affirmation que l’homme est ce qu’il fait. On comprend alors que si l’IA lui échappe, c’est l’anti modernité qui gagne et l’humanité qui de l’ordre se dirige vers le chaos.

Il est déjà trop tard pour ne pas écouter les patrons d’Anthropic et d’OpenAI.