L’Église catholique française va-t-elle s’ouvrir aux femmes et aux laïcs ?
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Les évêques se réunissent à Lourdes de mardi à vendredi autour de la question des violences sexuelles dans l’Église et notamment pour examiner une série de propositions émises par neuf groupes de travail, créé à l’issu de l’assemblée de novembre 2021 et chargés, sous la responsabilité de laïcs et avec des personnes victimes, de réfléchir à des réformes de fond.
Comme l’a révélé le quotidien Libération qui en avait été informé en amont, ces derniers ont notamment réfléchi sur la place des laïcs et notamment sur celle des femmes dans l’Église et dans la liturgie, et envisagé des mesures qui permettrait de lutter contre un « entre-soi » clérical et limiter ainsi les risques de dérives. Deux recommandations illustrent particulièrement cette nouvelle orientation : l’une suggère de « solliciter » le Vatican sur la possibilité d’autoriser une femme à devenir diacre (qui assiste le prêtre lors de célébrations) et l’autre d’ordonner prêtres des hommes mariés.
Pour mémoire, lors du Synode sur l’Amazonie en 2019, le pape François n’a pas retenu l’idée de permettre à des hommes mariés de devenir prêtres. Or ces propositions présentées aux évêques dans un rapport remis le 15 mars nécessiteront l’accord du Vatican. Le Vatican qui a publié (à propos ?), ce samedi 25 mars, une modification du droit canonique traitant des délits d’agressions sexuelles au sein de l’Église : désormais, la responsabilité pénale y est désormais étendue aux laïcs dirigeant des associations reconnues par le Saint-Siège. Par ailleurs, le texte papal somme tous les diocèses du monde de mettre en place un système permettant au public de signaler des cas d’agressions et détaille le déroulement des enquêtes internes transmises au Vatican pour un éventuel procès. Jusqu’alors, les prêtres, religieux et religieuses dénonçaient les affaires selon leur conscience. Ils en ont désormais l’obligation. Toutefois, pour le Vatican, le secret de la confession demeure absolu : un prêtre ne peut donc toujours pas rapporter des faits évoqués par un fidèle dans le confessionnal. La délation entre membres du clergé restant donc officiellement interdite, on peut douter, à l’échelle mondiale, de la volonté réelle de l’Église de « faire le ménage » dans ses rangs et d’en expurger un clergé à la fois coupable et complice d’actes pédophiles et d’agressions sexuelles.
La contradiction entre ces deux obligations interpelle mais dans le même temps elle vient justifier l’existence et le travail des instances de réparation et de reconnaissance INIRR et CRR mises en place par l’Église catholique française à la suite des terribles révélations du rapport Sauvé estimant à 330 000, les actes d’agressions sexuelles commises en son sein depuis 1950. Même si leur résultats, comme leurs moyens, sont modestes, elles ont le mérite d’exister, le courage d’affronter l’innommable et l’odieux, de travailler à redonner dignité et paix aux victimes.
La Conférence des Évêque de France actuelle a eu l’audace et la volonté de commander le rapport Sauvé qui a fait date et école au niveau mondial. Ce printemps, l’Église catholique française va-t-elle ouvrir ses instances liturgiques aux femmes et aux laïcs ? Elle aurait tout à y gagner. La République française au regard de ses valeurs, également.