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- Publié le 20 mars 2026
L’Iran fête Norouz « Nouveau jour »
Célébrée par 300 millions de personnes dans plus de 15 pays, Norouz est une fête de tradition persane qui marque le retour du printemps et le début de la nouvelle année. Norouz 2026 incarne particulièrement cet espoir de renouveau pour des millions d’Iraniens.
Norouz est la fête traditionnelle des peuples iraniens qui célèbrent le nouvel an du calendrier persan. La fête est célébrée par certaines communautés le 21 mars et par d’autres le jour de l’équinoxe vernal, dont la date varie entre le 19 et le 22 mars. L’origine du Norouz se situe dans l’Iran ancien et est reste à toutes les époques, la fête la plus populaire de l’année. Selon les pays et les contextes elle est aussi un moment d’affirmation identitaire, de résistance et d’espoir
Un Norouz politique
Fête héritée de la culture préislamique, Norouz célèbre la nouvelle année du calendrier perse. Depuis la mort de Mahsa Amini en septembre 2022, elle s’est-elle teintée d’une connotation politique.
En 2023, cette pratique festive millénaire s’est teintée d’une connotation beaucoup plus politique, les femmes jetant tour à tour leur voile dans les grands brasiers allumés pour l’occasion. Quelques jours plus tard, le soir de Norouz venu, les Iraniens, torches à la main, ont entonné des slogans anti-régime. Rapidement dispersées, ces foules se perdent dans la nuit, laissant derrière elles quelques graffitis promettant le retour du soulèvement provoqué par la mort de Mahsa Amini.
Mais cette année, l’atmosphère sera sans doute moins festive. En particulier à Téhéran, dont les habitants sont soumis à rude épreuve depuis le début des frappes américano-israéliennes, le 28 février, et sous le contrôle accru des basidj.
Une fête pluri-millénaire
Norouz (en persan : nowruz) a des origines zoroastriennes. Le mot vient de l’avestique nava, « nouveau » + rəzaŋh, « jour »/« lumière du jour » (« nouveau jour »/« nouvelle lumière »), et qui a toujours le même sens en persan (no, « nouveau » + ruz ou rouz, « jour », signifiant « nouveau jour »).
Apparu dans la steppe eurasienne ou dans le nord-est du monde iranien dans la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C, le zoroastrisme se construit autour de la lutte entre le dieu démiurge Ahura Mazda et l’esprit du mal Ahriman. Ahura Mazda, bien qu’entouré d’un certain nombre d’entités, est seul responsable de l’ordonnancement du chaos initial, le créateur du ciel et de la Terre.
Chaque être humain est doté d’une âme éternelle et de libre arbitre. Des zoroastriens croient aussi en la figure messianique du Saoshyant, futur sauveur du monde, qui rendra le monde parfait et immortel, et que le mal (la druj) disparaîtra ainsi lors de la grande « Rénovation ».
Dans la variante Fasli du calendrier zoroastrien, les perses célèbrent aussi Norouz comme le premier jour de l’année nouvelle. D’autres variantes du calendrier zoroastrien célèbrent deux fois Norouz, une fois en tant que Jamshedi Navroz, le 21 mars en tant que début du printemps, et un second Norouz a lieu, en juillet/aout, en tant que veille de l’année nouvelle ou jour de l’an. Que ce second Norouz soit célébré le dernier jour de l’année (contrairement à ce que laisse penser ce terme qui signifie « nouveau jour ») pourrait être dû au fait que dans la Perse antique le jour commençait au coucher du soleil, alors qu’ultérieurement, les Perses pensaient que le jour commençait au lever du soleil.
Fêtée depuis plus de 3 000 ans, Norouz est célébrée par diverses communautés en Asie de l’Ouest, Asie centrale, Caucase, bassin de la mer Noire, Balkans et Asie du sud influencé ou sous la domination de l’Empire perse. De même que Sadeh (qui est célébré au milieu de l’hiver), Norouz a survécu dans la société après l’introduction de l’islam en 650 apr. J-C.
Après la chute du califat et la réémergence de dynasties perses, tels les Samanides et les Bouyides, Norouz a été élevé à un niveau encore plus important : les Bouyides ont fait revivre les anciennes traditions de l’époque sassanide et restauré d’autres célébrations de moindre importance qui avaient été éliminées par le califat.
Même les envahisseurs ottomans et mongols n’ont pas tenté d’abolir Norouz au profit d’une autre célébration. Norouz est donc resté la principale fête des Iraniens à la fois au niveau officiel et populaire.
La dernière illustration remarquable de la stabilité de cette fête est à la suite de l’avènement de la République islamique. Le nouveau régime d’obédience religieuse voyait d’un mauvais œil une célébration si grandiose et si populaire pour une fête dont l’origine n’était pas musulmane. Après deux décennies, la volonté populaire a donné raison à l’Histoire. Norouz a été de nouveau célébré en Iran encore plus fastueusement que par le passé et de grands Haft Sîn ont fait leur apparition ces dernières années à l’initiative de la mairie de Téhéran dans les grandes places de la ville.
Norouz dans l’Iran moderne
En Iran, les préparations de Norouz commencent pendant Esfand, le dernier mois d’hiver dans le calendrier persan. Les Iraniens, les Afghans et d’autres groupes commencent à se préparer en faisant un grand « nettoyage de printemps » dans leurs maisons, s’achètent de nouveaux vêtements pour la nouvelle année et achètent des fleurs (la jacinthe véritable et la tulipe sont particulièrement populaires).
En association avec la renaissance de la nature, le nettoyage de printemps est la tradition nationale suivie par la plupart des ménages en Iran. Cela est aussi étendu aux effets personnels, et traditionnellement, tout le monde s’achète au moins une garde robe neuve. Le jour du nouvel an, les familles s’habillent avec leurs vêtements neufs et commencent alors les réjouissances de cette période, en allant rendre visite aux anciens, puis au reste de la famille et enfin aux amis. Le treizième jour (sizdah bedar), les familles quittent leur maison et vont pique-niquer à l’extérieur.
Pendant les vacances de Norouz, on attend de tous qu’ils se rendent visite (principalement limitées à la famille, aux amis et aux voisins) sous forme de courtes visites à la maison, qui sont généralement suivies de réciprocité. Typiquement, le premier jour de l’année, les membres de la famille se retrouvent à table, sur laquelle sont posés les Haft-sin (ou disposés à proximité) et attendent le moment exact de la nouvelle année. À ce moment-là, des cadeaux sont échangés.
Plus tard dans la journée, les jeunes rendent visite aux plus âgés. Les visites doivent être assez courtes pour permettre de voir tous les gens à qui l’on a prévu de rendre visite. Ces visites durent généralement une demi-heure, pendant laquelle on rencontre généralement de la famille et des amis qui sont eux aussi en train de faire la tournée de la famille.
À cause de ces visites, il faut s’assurer d’avoir assez de pâtisseries, gâteaux, fruits frais et secs sous la main, puisque ces derniers sont généralement distribués aux visiteurs en même temps qu’un thé ou un sirop. Beaucoup d’Iraniens organisent ce jour de grandes fêtes rassemblant tout le monde pour pouvoir réunir les convives qui viennent de loin.
En français, Norouz est également appelé Nouvel An iranien ou Nouvel An persan. Le Norouz est d’ailleurs inscrit à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis 2019. La « Journée internationale du Norouz » a été instituée par l’Assemblée générale de l’ONU en 2010 après avoir été inscrite à l’inventaire mondial du patrimoine immatériel de l’UNESCO en septembre 2009.
La communauté iranienne organise ainsi, chaque année, la célébration de Nowrouz dans différentes villes françaises. Généralement les associations franco-iraniennes prennent l’initiative d’organiser cette cérémonie.
À Paris, depuis 2018 une association française loi de 1901, appelé le Centre Franco-Iranien prend l’initiative inédite d’organiser la fête de Norouz en commun avec l’association des Afghans de Paris. En 2019, la cérémonie qui a été organisée à la Mairie du 4e, rassemblant près de 500 personnes, a été marquée par la participation des artistes afghans, français, indiens et iraniens.
Les Haft Sîn : les sept « S »
La tradition principale de Norouz est la mise en place des Haft Sîn (les sept S), sept objets dont le nom commence par la lettre S ou sîn de l’alphabet persan, qui sont sept objets spécifiques disposés sur une table correspondant aux sept créations et aux sept immortels les protégeant. Aujourd’hui, ils ont été un peu modifiés mais le symbolisme demeure. Chaque famille essaie de garnir sa table des Haft Sîn le plus joliment possible, puisque le sens spirituel est aussi important que la façon dont ils sont disposés afin que les visiteurs voient cette disposition comme une réflexion de leurs goûts.
La liste suivante est un exemple des objets servant à faire les Haft Sîn : sabzeh - germes de blé, orge ou lentille, qui ont poussé dans un plat pendant au moins une dizaine de jours (symbolisant la renaissance) ; samanou - une pâte très sucrée fait de blé germé (symbolisant l’abondance) ; senjed - le fruit séché du jujubier ou plutôt de l’Eleagnus angustifolia, « Olivier de Bohême »(symbolisant l’amour) ; sîr - ail (médecine) ; sîb - pommes (beauté et bonne santé) ; somaq - baies de sumac (la couleur du lever du soleil et santé) ; serkeh - vinaigre (l’âge et la patience) ; sonbol - l’odorante fleur de jacinthe (l’arrivée du printemps) ; sekkeh - pièces (prospérité et santé)
D’autres objets ornent également la table : des pâtisseries ; des bougies allumées (bonheur) ; un miroir ; des œufs peints, peut-être un pour chaque membre de la famille (fertilité) ; un bol avec deux (ou plus) poissons rouges (vie) ; un bol d’eau contenant une orange amère (la terre flottant dans l’espace) ; eau de rose pour ses pouvoirs magiques nettoyants ; les couleurs nationales, pour la touche de patriotisme ; un livre sacré, par exemple l’Avesta, ou encore un livre de poésie (presque toujours le Shâh Nâmâ ou le divân d’Hafez ou Gathas).
Sizdah Bedar : le treizième dehors
Norouz dure ainsi douze jours et le treizième jour représente le chaos, moment pendant lequel les familles, pour éviter la malchance associée au nombre 13, sortent de la maison profiter d’un pique-nique festif : c’est sizdah bedar, le « treizième dehors » !
Cette célébration du treizième jour, Sîzdah Bedar, vient de la croyance des anciens Perses que les 12 constellations du Zodiaque contrôlaient les mois de l’année, et que chacun régnait sur la Terre pour un millier d’années. À la fin de ce cycle, le ciel et la Terre sombraient dans le chaos. En conséquence, Norouz, dure 12 jours et le treizième représente le chaos, moment pendant lequel les familles mettent l’ordre de côté et évitent la malchance associée au nombre treize en allant dehors et en profitant d’un pique-nique et d’une fête.
Lors de la clôture des célébrations de cette journée, les sabzeh (germes de blé ou d’orge, lentilles) cultivées pour le Haft Sîn (qui a symboliquement recueilli toute la maladie et la malchance) sont jetées dans de l’eau courante pour exorciser les démons (divs) de la maisonnée. Il est aussi de coutume pour les jeunes femmes célibataires d’attacher les tiges des sabzeh avant de les jeter, exprimant ainsi le souhait d’être mariées avant le Sîzdah Bedar de l’année suivante.
Norouz et la diaspora iranienne
Partout dans le monde, la tradition de Norouz est également extrêmement respectée par les millions d’Iraniens vivants à l’étranger. Comme à Los Angeles, surnommée « Téhérangeles » en raison de son immense communauté, évaluée à 500.000 personnes.
Présente dans de nombreux pays (États-Unis, Canada, Émirats, Turquie, Belgique…), la diaspora iranienne est le fruit de plusieurs vagues d’immigration et surtout d’exils qui en font une communauté très hétérogène, si bien qu’il serait plus juste de parler des diasporas iraniennes. Les Iraniens de l’étranger ont toutefois en commun la mémoire traumatique de la Révolution de 1979 et leur détestation du régime. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté” a d’ailleurs donné lieu à des mobilisations d’une ampleur inédite, signe d’une remobilisation de ces Iraniens hors d’Iran.
Des villes comme Toronto, Londres, Los Angeles ou encore Dubaï, qui abritent d’importantes communautés iraniennes, proposent des festivités pour célébrer Norouz loin de l’Iran : journées d’activités pour les enfants, soirée disco, show de drag queens ou plus simplement, repas traditionnels.
Norouz célèbre ainsi la vie et le renouveau, c’est le moment où l’on clôture le passé pour accueillir de manière positive l’avenir !

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