L’actrice virtuelle Tilly Norwood va tourner son premier film
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L’histoire du cinéma est façonnée par ses stars aux carrières et aux vies étincelantes que le monde chérit, raconte, envie, imite au gré des films, des festivals et des rubriques « people » . Et puis est arrivée Tilly Norwood, qui fit ses débuts de pseudo-débutante en 2025, au Festival du film de Zurich.
La brunette, synthèse des beautés numériques d’une next door girl mondialisée, n’existe pas. C’est une actrice créée par intelligence artificielle, sans enfance, sans rides, sans syndicat. Enfin si, justement, avec tous les syndicats du cinéma contre elle, qui protestèrent aussitôt : chômage annoncé des « vrais » comédiennes et comédiens, tromperie sur la marchandise, droits,... etc.
Mais on aurait dû se méfier. Car une fois les tomates lancées sur sa virtualité, Tilly Norwood a continué son chemin et son premier long métrage en préparation, « Misaligned », dont aucune date de sortie n’est encore prévue, est désormais annoncé.
Du Shakespeare sauce data-center
Le synopsis est d’une ironie insolente et géniale : une intelligence artificielle, incarnée par… une intelligence artificielle, Tilly Norwood, « herself », développe une crise existentielle en découvrant que ses émotions ne sont que des lignes de code.
Dans ce metaverse à la « Tilly », le personnage, une entité sans corps mais gavée d’expériences humaines est prise, selon ce qu’on peut lire sur les réseaux, d’une angoisse métaphysique et commencer à dérailler après la rencontre d’un bot rebelle. Car la « jeune femme IA » éprouve des émotions, elle ressent. Mieux, ou pire, elle doute, elle a honte d’exister : oui, même les algorithmes ont désormais leur crise existentielle. Un drame shakespearien à la « sauce data-center » dont la géniale absurdité a de quoi donner le vertige.
Mais le véritable vertige n’est pas dramaturgique. Il est industriel. Derrière Tilly Norwood, il y a une femme bien réelle : Eline Van der Velden. Cette entrepreneuse néerlandaise, fondatrice du studio londonien Particle6, revendique d’avoir inventé cette actrice.
Une actrice qui joue, qui parle, pleure et qui, accessoirement, ne demande ni cachet, ni loge chauffée, ni gros plan flatteur. La production aurait pu lui inventer une fausse bio, des parents, des goûts, pourquoi pas un boyfriend.
Mais non, le vide du persona IA est assumé. Tout au plus sait-on que Tilly Norwood « aime le café ». Et oui, comme au cinéma, le spectateur ne doit pas perdre de vue que c’est pour de faux : une fiction au carré en somme, carrément déroutante.
Mais au fond, que change l’innovation Tilly Norwood ? Depuis toujours, le cinéma fabrique du faux pour atteindre une forme de vrai. Les acteurs jouent, les monteurs trichent, les scénarios compressent la vie. L’IA ne fait que pousser cette logique jusqu’à l’absurde. Tilly Norwood ne vivra rien puisqu’elle calcule tout, et si tout peut être simulé, que reste-t-il à incarner ?
Dans « Misaligned », la réponse, toujours selon ce qui filtre du script, tient en un détail : l’erreur. Ce moment où l’algorithme se « loupe » et produit ainsi quelque chose qui n’était pas prévu.
La carthasis de l’intelligence artificielle
L’effet narratif s’annonce aussi délicieux que paradoxal : plus Tilly Norwood sera parfaite, plus elle se révélera dans cet univers biologique et mental faillible qui caractérise l’humain. Chaque bug, la rapprochera de nous dans l’imprévu, le faux pas révélateur, mais aussi dans cette quête de vérité intime sur laquelle prospère le génie des grands acteurs du réel pour être « mal aligné » avec eux-mêmes.
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La perfection sans fatigue du personnage, pourrait-elle nous faire regretter la saveur des défauts, ou au contraire, reconnaitra-t-on, avec une douceur un peu triste, que ce qui nous touche n’est pas toujours ce qui fonctionne, mais ce qui tremble. Bienvenue la nouvelle carthasis de l’intelligence artificielle et non aristotélicienne.
Une dernière réflexion : chaque révolution technique dans l’histoire du 7ème art a d’abord été vécue comme la fin du cinéma. Tilly Norwood est-elle une nouvelle étape ou tout simplement la fin du 7e art ? En tous cas ce film a déjà rempli son rôle « purificateur » avant sa sortie : celui de nous faire réfléchir à notre société et de nous interroger sur nous-même.
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A propos
Crédit image de tête d’article : Particle6