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La paix c’est un monde sans Donald Trump 

Portrait de la rédactrice en chef
Olivier KONARZEWSKI
6 min de lecture
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Vendredi dernier, le prix Nobel de la paix a récompensé la juriste Navi Pillay, octogénaire sud-africaine qui a lancé un plaidoyer pour le droit international attaqué de toutes parts.
Le jour-même, l’administration de Donald Trump qui a dénoncé une décision « honteuse » a adopté de nouvelles sanctions à l’encontre de la Cour pénale internationale (CPI), pilier de l’ordre juridique mondial. N’est-ce pas là aussi une décision « honteuse » ?

Voilà deux ans que l’administration américaine et le Président américain Donald Trump plongent le monde dans un chaos économique, politique et militaire. Sont-ils les plus qualifiés pour juger de ce qui conduit à la paix ? La réponse est non.

On en aura pour preuve le discours (que vous pouvez lire icien français), prononcé la semaine dernière par Marco Rubio à Athènes.

Faisant l’apologie de l’antiquité grecque, le Secrétaire d’État américain y expose les valeurs défendues au sein de l’administration de Donald Trump et le sens, peu rassurant, donné à la vertu, à la justice, à l’amitié, au bonheur et à la paix. Il y déroule un plaidoyer pour la civilisation occidentale, élue ou appelée à dominer le monde, et adoptant la rhétorique de l’homme providentiel. Certains passages de son propos résonnent étrangement des discours qui ont accompagné la montée du fascisme dans l’Europe d’avant-guerre.

Pas étonnant alors que Donald Trump et son équipe puissent s’entendre avec un Vladimir Poutine qui se voit comme l’homme providentiel du retour de la grande Russie et qui ne respecte que la force.

Pas étonnant encore que Benjamin Netanyahu et son entourage puissent convoquer Goebbels pour vilipender la nomination de Navi Pillay. Sur X, le Premier ministre israélien a qualifié Mme Pillay de personne « sectaire » qui « diabolise les Juifs ». D’où la saillie, sans filtre, du ministère israélien des Affaires étrangères estimant que le chef de la propagande nazie, Joseph Goebbels, devait « applaudir depuis l’enfer ».

Pourtant l’attendu de la décision du comité Nobel ne mentionne pas le rapport établi en septembre 2025 concluant qu’Israël commet un génocide à Gaza depuis le début de la guerre déclenchée par l’attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023, mais seulement les travaux de Mme Pillay sur le génocide au Rwanda et les soupçons de génocide en Birmanie.

En 2025, Israël avait catégoriquement rejeté ce rapport en le jugeant « biaisé et mensonger » et accusé ses auteurs de parti pris antisémite. Cette semaine, le ministre des affaires étrangères israélien écrit que ce Nobel légitime « la haine anti-Israël ». Dans l’argumentation des dirigeants israéliens la nation juive, son peuple et sa culture, la lutte contre l’antisémitisme ont cédé la place à l’État d’Israël et au nationalisme.

« Le mot « nationalisme » est devenu un gros mot. » selon Marc Rubio. Dans son discours d’Athènes il voit dans l’abandon de ce terme celui des souverainetés économiques, migratoires, économiques et le transferts des décisions « à des bureaucraties mondiales bien au-delà de notre contrôle » souligne-t-il.

« Nous croyons que l’Europe peut se réveiller de son long sommeil et raviver la flamme qui brûlait ici il y a des millénaires » a martelé sur l’Acropole le Secrétaire d’État américain, se réjouissant que « Les premiers signes sont déjà visibles ».

Mais quels signes ? Et pour quel réveil ? Ce qu’il envisage pour l’Europe a de quoi faire réfléchir et frémir : « Partout sur ce continent, nous assistons à ce que nous espérons être les prémices d’un changement générationnel : une explosion des dépenses de défense, une vague de nouveaux partenariats et programmes ainsi qu’un essor de l’industrie et de la production, dans le prolongement des engagements historiques pris l’année dernière à La Haye en matière de défense. »

Voilà donc la leçon que les États-Unis tirent de l’histoire de la Grèce, l’avenir radieux qu’ils nous promettent, leur vision de l’Europe : un monde sans autre horizon ou idéal que celui de la guerre, de l’unilatéralisme, du marché où les intérêts particuliers règnent en maitres.

La décision de Donald Trump sur l’Ukraine de ce week-end est une des premières réalisation des prémonitions de Marco Rubio. Nous devons absolument prendre conscience que les États-Unis ne sont plus nos alliés, qu’ils ne sont plus les alliés de la démocratie, de l’Europe
Car l’Europe et la démocratie sont les ennemis, non pas des nations mais du nationalisme.

Mais qu’est-ce qu’une nation ? Ernest Renan, dans une célèbre conférence, prononcée à la Sorbonne, le 11 mars 1882, prend parti dans le débat académique sur la nation. Une nation, dit-il, « est une âme, un principe spirituel (...), le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis » et il écrit plus loin « Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a fait et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. ». C’est ce qui constitue l’idéal européen et que nous défendons bon gré mal gré.

Clairvoyant, Guillaume Apollinaire écrivit en son temps « Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. Mais telle n’est pas la loi du siècle où nous vivons. À l’heure présente, l’existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n’avait qu’une loi et qu’un maître. »

Nous sommes aujourd’hui résolument entrés et ancrés dans cette confédération européenne que prophétisait Renan. Pleinement héritière de ses racines grecques, cette démocratie à vingt-sept pays assure la paix et la stabilité de notre continent face aux grands prédateurs que sont les USA et la Chine et contre les empires du passé auxquels appartient la Russie, qui se pense encore un avenir alors qu’elle ne finit pas de s’enfoncer dans une histoire non-européenne et crépusculaire.

« Jamais les crépuscules ne vaincront les aurores » a écrit Guillaume Apollinaire. Dans le monde brutal qui émerge, face à tous ses dangers et au retour de la loi du plus fort, « étonnons-nous des soirs mais vivons les matins » et faisons de ces vers une maxime, ou mieux un mantra !

La paix c’est un un monde sans Donald Trump