Le Cylindre de Cyrus : éloge du roi Cyrus II et joyau de l’identité perse
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Le cylindre de Cyrus (persan : منشور کوروش, manshour-e Kourosh) est un cylindre d’argile sur lequel est inscrite en akkadien cunéiforme une proclamation du roi de Perse Cyrus II, dit Cyrus le Grand. Ce texte est consécutif à la prise de Babylone par ce dernier, après sa victoire sur le souverain local, Nabonide, en 539 av. J.-C.
Il a été rédigé par des lettrés babyloniens afin de légitimer théologiquement la victoire de Cyrus en le présentant comme l’élu du grand dieu babylonien Marduk.
Les fragments du cylindre ont été découverts en 1879 dans les ruines de Babylone, en Mésopotamie, aujourd’hui en Irak. Il appartient au British Museum de Londres, commanditaire de l’expédition à l’origine de sa découverte.
Apologie royale
Le texte sur le cylindre présente la généalogie de Cyrus le Grand et le dépeint comme un roi d’une lignée de rois. Le roi babylonien Nabonide vaincu est dénoncé comme un oppresseur du peuple de Babylone et ses origines modestes sont implicitement opposées à l’héritage royal de Cyrus.
Il glorifie Cyrus comme un bienfaiteur des citoyens de Babylone qui a amélioré leurs vies, rapatrié les personnes déplacées, restauré les temples et lieux de culte à travers la Mésopotamie et dans la région.
Le récit prend la forme d’un acte de propagande royale, montrant la façon avec laquelle le nouveau maître de Babylone s’attache ses nouveaux sujets, en mettant en avant sa valeur, en s’inscrivant dans la tradition babylonienne, montrant qu’il ne cherche pas à la bousculer, et en s’appuyant sur les groupes de personnes hostiles à Nabonide, issues de l’élite religieuse babylonienne, dont Cyrus cherche à gagner les faveurs afin de stabiliser sa conquête.
La proclamation des décisions justes prise par Cyrus II n’est qu’une partie du texte. Le début retrace les événements ayant amené à la prise de Babylone par Cyrus : il y est décrit comment Nabonide, un mauvais roi, a attiré sur lui la colère du grand dieu national Marduk, qui a alors cherché un nouvel élu pour sa ville et choisi Cyrus.
Marduk permet alors à Cyrus II de remporter une grande victoire contre les Mèdes, et, devant l’attitude juste de celui-ci, le charge de prendre Babylone pour devenir le « roi du Monde ».
Le texte décrit comment cet avènement fut reçu avec une grande satisfaction par les Babyloniens, contents d’être débarrassés de Nabonide.
Cette partie du texte est très proche dans l’esprit de la Chronique de Nabonide, relatant les mêmes événements avec la même partialité. Elle retranscrit l’état de pensée des anciens opposants de Nabonide, dont devaient faire partie les puissants membres du clergé de Marduk à Babylone que celui-ci avait beaucoup lésé.
Viennent ensuite les mesures prises par Cyrus pour les Babyloniens : il règne pacifiquement, délivre certaines personnes de corvées injustes, octroie aux gens des pays déportés le droit de retour dans leur pays d’origine, laisse les statues de divinités autrefois emmenées à Babylone revenir dans leurs sanctuaires d’origine et, pour conclure, proclame la liberté totale de culte dans son empire.
L’écrit se termine avec une description de la façon dont Cyrus a réparé la muraille de Dur-Imgur-Enlil de Babylone et trouvé une inscription similaire placée à cet endroit par un ancien roi.
Symbole politique
Le cylindre a été adopté comme symbole par le gouvernement du Shah d’Iran d’avant 1979, qui l’a exposé à Téhéran en 1971 pour célébrer le 2 500e anniversaire de la monarchie iranienne.
La même année l’ONU l’a traduit dans toutes ses langues officielles et en a fait un précurseur de la déclaration des droits de l’homme.
Un nouveau prêt à l’Iran en 2010 a été considéré comme un grand événement commémoré dans la République islamique d’Iran, dont le président d’alors, Mahmoud Ahmadinejad, en fait une source d’inspiration guidant le combat pour les opprimés.
Trois ans plus tard, c’est cette fois-ci aux États-Unis que le cylindre est présenté et vanté comme un symbole de liberté.
Il est également été attribué au cylindre, notamment par le shah Mohammad Reza Pahlavi, d’être la « première charte des droits de l’homme », bien que le British Museum et les spécialistes de l’histoire du Proche-Orient ancien rejettent ce point de vue comme anachronique et un malentendu sur la nature du cylindre, qui est une inscription royale ancrée dans la tradition babylonienne
A propos
Illustration : Le cylindre de Cyrus, conservé au British Museum