Lumières, Laïcité et Paix
Pour accéder à la totalité des articles et à l'ensemble des analyses de Croyances & Villes, abonnez-vous.
Déjà abonné ?
Au quotidien, le principe de laïcité pourrait ressembler à un grand carrefour de nos métropoles ; à ce lieu de l’accomplissement bruyant et cosmopolite de destins qui se croisent sans véritablement s’unir, ni s’opposer, mus par la nécessité du travail, de la vie.
Mais pour peu que l’on se place en observateur, notre vision de ce carrefour se modifie. La laïcité n’est plus cet enchevêtrement, ce brouhahas de vie, mais une pensée qui s’individualise, qui se sépare des autres pour mieux s’écouter. Dans ce retour à soi, la laïcité ressemble alors plus à un espace où notre propre histoire confrontent sans cesse celle des autres au gré de la contingence, du flot mouvant du quotidien.
Nous naviguons sans cesse sur une ligne de partage des autres, une ligne de démarcation entre le respect du droit positif qui régit le principe de laïcité par des lois pourvues d’agréments et de sanctions et les aspirations de chacun à l’expression de droits naturels et fondamentaux, tous inscrits dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, tels la liberté, la liberté de conscience, le droit à la dignité, à la dignité de croyant, à pratiquer sa religion.
On songe alors combien il est difficile sans la participation de chacun et l’acceptation de tous, de maintenir au quotidien une société du vivre-ensemble, ou mieux, du « vouloir vivre ensemble », une expression chère à Antoine Sfeir.
Ce « vouloir vivre-ensemble » à la génétique révolutionnaire et à la généalogie douloureuse, rappelle le rôle littéralement primordial qu’ont joué les Lumières, non seulement en Europe, mais dans le monde entier. Le socle intellectuel et moral qu’elles nous ont légué caractérise la société française et, quoique l’on en pense, la protège.
La Laïcité française n’est pas un dogme, mais un projet, un projet de vie individuel et collectif à partager. À la fois principe, histoire et loi, ce socle républicain est devenu à la fois si évident et banal que beaucoup - notamment ceux qui en contestent l’utilité - ne pensent plus à interroger la solidité qu’il confère aujourd’hui à nos institutions et sa contribution à la paix sociale et à la cohésion nationale dans un monde de plus en plus brutal.
En séparant, de principe, les Églises de l’État, la France a institué un modèle de modération sociale et politique à suivre. Un modèle – encore une fois, quoiqu’en pensent certains – reconnu à l’étranger et apprécié chaque années par des millions de touristes qui viennent visiter la France et gouter sa douceur de vivre.
Ce modèle a fait des émules de par le monde - notamment dans des pays francophones comme la Belgique et le Canada - dans des adaptations culturelles et institutionnelles ad-hoc. Si certains régime en rejettent le principe, d’autres le réclament pour leurs pays comme le font aujourd’hui les opposants iraniens au régime des mollah, pour vivre en paix avec eux-même et avec le reste du monde.
C’est pour toutes ses raisons que la voix de la France est aujourd’hui une voix écoutée, une voix de la paix.
Journaliste, professeur de philosophie, je suis directeur de la rédaction et de la publication, fondateur avec Antoine Sfeir de Croyances & Villes.