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Mayotte : La mosquée de Tsingoni s’invite aux Journées européennes du patrimoine

La mosquée de Tsingoni est la plus ancienne située sur le territoire national et elle a été classée au titre des Monuments historiques en 2015. Dès le diagnostic archéologique (le premier sur l’île), prescrit par le préfet de Mayotte et réalisé par l’Inrap en 2016, les archéologues ont révélé des traces d’occupation dès le XIIIe siècle, avec la présence d’une première mosquée en pierre. L'archéologie de la mosquée de Tsingoni sera présentée à Mayotte par Justine Saadi, responsable des fouilles (Inrap) lors des JEP.
Portrait de la rédactrice en chef
Olivier KONARZEWSKI
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L’histoire de Mayotte est peu documentée malgré une culture riche d’influences, notamment swahilie (côte Est africaine), austronésienne (Asie du Sud-Est et Océanie) et bantoue (Afrique subéquatoriale). L’objectif de la fouille de la mosquée ancienne de Tsingoni, réalisée en 2023, était de comprendre la genèse et l’évolution architecturale de ce bâtiment emblématique du patrimoine mahorais.

Cette fouille de la mosquée ancienne de Tsingoni par l’Inrap [1] a ainsi mis en lumière une période de fonctionnement en cinq grandes phases, du Moyen Âge à l’Époque contemporaine. Elle a notamment révélé l’existence, dès la fin du XIIe siècle, d’une première mosquée en pierre, bien antérieure à la période des sultans.

La monumentalisation de la mosquée s’inscrit ensuite dans un contexte d’affirmation du pouvoir et de consolidation de l’islam sunnite dans l’archipel. Ces résultats s’insèrent dans les recherches sur les processus d’islamisation et de formation des pouvoirs locaux à l’échelle de la côte swahilie, des Comores et de Madagascar.

Le site offre une observation privilégiée pour analyser les mécanismes d’appropriation locale des modèles architecturaux et religieux à l’échelle régionale.

Découverte d’un dépôt votif

La fouille des murs, réalisée à l’aide des techniques de l’archéologie du bâti, a pour sa part révélé une niche trilobée condamnée contenant des fragments de pages de papier imprimées et pliées associées à un clou en fer qui ont amené les chercheurs de l’Inrap à envisager un dépôt votif.

Très fragiles, les documents découverts ont fait l’objet d’une campagne de stabilisation,corrélée à des études pluridisciplinaires. Le dépôt a nécessité un minutieux travail de dépliage, le lot étant jusqu’alors conservé sous la forme d’un amas et composé d’une multitude de fragments.

L’étude d’un prélèvement indique un papier à pâte de bois, qui pourrait correspondre aux premiers papiers de ce type fabriqués à partir du XIXe siècle. L’encre noire du tracé est composée d’un pigment de noir de carbone avec des particules de rouge de Mars (pigment synthétique développé à partir du XVIIIe siècle).

Il restait à identifier le document. Comme pressenti par les équipes de fouilles de l’Inrap, il consiste en des pages du Coran (mushaf), dépôt votif associé à un geste de protection : en tant que texte sacré, le Coran n’est jamais jeté ou détruit.

Dans ce cas particulier, selon les chercheurs, l’acte témoigne d’un geste intentionnel, rituel, visant à réunir et préserver des passages du texte dans une fonction protectrice. Cette interprétation renvoie à la pratique des ziara, entendue comme geste de dévotion et de sauvegarde spirituelle du sanctuaire.

Elle permet d’entrevoir le syncrétisme religieux et culturel mahorais, à la croisée de l’islam et de pratiques animistes, qui s’inscrit dans cette ultime phase de restauration, elle-même imprégnée d’influences occidentales, marqueurs de la colonisation du territoire quelques années auparavant. Ces pages appartiennent à un seul et même exemplaire du Coran, et portent sur les sourates 45 et 46.

La provenance de cet exemplaire reste difficile à définir puisqu’il n’existe pas de répertoire chronologique ni d’étude typographique des exemplaires du Coran imprimés au XXe siècle. Un marqueur permet d’en préciser la datation : le Coran du Caire, premier volume édité et imprimé, en 1924, sous la supervision d’une institution musulmane. Si l’exemplaire de la mosquée de Tsingoni, relève de cette tradition éditoriale, il est forcément postérieur à cette date

Avec cette découvert l’objectif de cette première phase d’intervention qui était de comprendre la genèse et l’évolution de ce bâtiment emblématique du patrimoine mahorais et de ses abords est déjà pleinement atteint.

[1L’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) est un établissement public placé sous la tutelle des ministères en charge de la Culture et de la Recherche. Il assure la détection et l’étude du patrimoine archéologique en amont des travaux d’aménagement du territoire et réalise chaque année quelque 2 000 diagnostics et fouilles archéologiques pour le compte des aménageurs privéset publics, en France métropolitaine et outre-mer.

A propos

L’événement des journées européennes du Patrimoine

  1. Présentation au public des conclusions du rapport de fouilles de ce premier volet de l’étude.
  2. Conférence par Justine Saadi, responsable des fouilles (Inrap)
  3. Samedi 19 septembre à 10h
  4. Place de la Mosquée Ancienne de Tsingoni à Mayotte

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