Nouveau décret sur les vaccins : les dangereuses croyances de Donald Trump
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La recherche médicale n’a jamais établi de liens entre autisme et vaccination, mais le président américain comme son ministre de la Santé Robert F. Kennedy Jr continuent de suggérer qu’il pourrait y en avoir un.
Le texte du décret qui a été rendu public lundi, recommande ainsi de dissocier en particulier les vaccins contre la rougeole, la rubéole et les oreillons, au lieu de les administrer en une injection, a fait savoir Donald Trump.
Le ministère de la santé humaine est désormais chargé de mettre en place un groupe de travail afin de proposer ces vaccins sous forme individuelle « en collaborant avec le secteur privé et d’autres pays, le cas échéant ».
Opposition du monde de la pédiatrie
Lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes, Andrew Racine, président de l’Académie américaine de pédiatrie (AAP), a estimé qu’il faudrait plus d’une décennie pour mettre au point des vaccins séparés homologués aux États-Unis.
« Nous recommandons de continuer à administrer aux enfants un vaccin dont la sécurité est étayée par des décennies de données », a ajouté Aaron M. Milstone de l’AAP.
Le sénateur républicain Bill Cassidy lui-même médecin, a affirmé sur X que ce décret ne ferait qu’ « accroître la méfiance et compromettre la sécurité des enfants ».
« Ce décret est une erreur. Le président ne dispose pas de l’expertise nécessaire pour mettre en oeuvre ces changements. Les vaccins sont extrêmement sûrs. Les vaccins sont efficaces. Les vaccins NE PROVOQUENT PAS l’autisme », a-t-il encore écrit.
Le gouvernement fédéral, n’ayant pas l’autorité pour prendre directement des décisions en matière de vaccins, se contente de conseiller aux États américains de revoir les vaccins obligatoires pour fréquenter des établissements scolaires.
Allez plus loin avec notre « Crédoscope » et l’analyse des croyances mises en jeu
La religion peut être un des facteurs de l’hésitation vaccinale, soit par la composition des vaccins, soit par des croyances qui y sont associées. Cette hésitation vaccinale peut expliquer la survenue d’épidémie dans ces groupes de maladies normalement prévenues par la vaccination.
Aux États Unis , la revue narrative de Wombwell et al., publiée en 2015, rappelle la survenue de 18 épidémies de rougeole en 2014 aux États-Unis, alors que le virus n’y circulait plus depuis l’an 2000. Ces épidémies sont survenues au sein de populations non vaccinées qui évoquaient alors, en premier lieu, des raisons religieuses ou philosophiques au refus vaccinal. [1]
En France, un rapport de la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires (Miviludes) publié en 2017, analyse les résistances à la vaccination sous l’angle de la recherche géopolitique. Concernant les épidémies récentes de rougeole en Europe et en France entre 2008 et 2016, les auteurs rapportent que la description de certains groupes sociaux impliqués dans ces épidémies de rougeole a le plus souvent montré que les épidémies se sont diffusées dans des réseaux de populations non vaccinées, là encore, en raison de leurs convictions religieuses ou philosophiques.
Les freins liés aux composants des vaccins
Certains vaccins sont fabriqués avec utilisation de cellules foetales humaines pour la réplication virale. Ce processus de fabrication est rapporté comme un frein moral pour certains patients (notamment de religion hindouiste ou chrétienne).
Les autorités catholiques estiment que l’utilisation de ces vaccins n’est pas contraire aux opinions qui s’opposent à l’avortement. Du fait que les avortements sont anciens et qu’ils n’ont pas été réalisés dans le but de produire des vaccins, être immunisé ne constitue pas la promotion d’un acte (jugé par les autorités catholiques) immoral. Elles affirment que les parents ont le devoir moral de s’occuper de la santé de leur enfant par le biais de la vaccination. Cependant, elles indiquent qu’elles préféreraient des vaccins alternatifs sans utilisation de cellules fœtales et que leurs adhérents doivent continuer à faire pression pour avoir des vaccins moralement plus acceptables.
Concernant les chrétiens protestants, ils ne s’opposent pas à l’utilisation de ces vaccins. Seuls quelques groupes spécifiques estiment que les vaccins empêchent un individu de dépendre entièrement de Dieu et réfutent ainsi le principe de la vaccination.
D’autres vaccins, comme certains vaccins de la grippe, le ROR et le zona [2], comprennent au début de leur fabrication des produits issus d’animaux comme le sérum bovin ou la gélatine de porc pour stabiliser et conserver le produit vaccinal ou en tant que solvant. Ceci peut être une source de préoccupation pour les groupes religieux musulmans ou judaïques, même si aucune loi musulmane ni judaïque n’interdit l’utilisation de ces vaccins.
Pour les musulmans le problème a été tranché en 1995 par l’organisation mondiale des sciences médicales islamiques réunissant 112 juristes et experts médicaux. Ses conclusions permettent aux musulmans l’utilisation des vaccins contenant des excipients à base de tissu porcin en se basant sur 3 arguments : Les substances utilisées ont été suffisamment transformées par les processus de fabrication pour être utilisées (principe de transformation, appelé « Istihala ») ; les quantités sont minimes (principe de dilution) ; le vaccin a des fins médicales et ne fait pas partie de l’alimentation (les règles diététiques ne s’appliquent donc pas). Cependant, des vaccins alternatifs ne contenant pas ces substances restent à préférer s’ils sont disponibles.
Quant au judaïsme, les règles diététiques qui interdisent la consommation de porc (jugé impur) ne s’appliquent pas aux produits injectables. En effet, les produits médicaux doivent répondre aux règles médicales et non aux règles diététiques (« Kasher »). D’autant plus pour les produits médicaux qui ne s’administrent pas par voie orale et qui ne répondent aucunement aux règles diététiques. De plus, les principes judaïques énoncent que les sujets doivent prendre toutes les démarches nécessaires pour prévenir les maladies et se maintenir en bonne santé. (voir notre article sur ce sujet)
Préjugés infondés sur d’autres religions
Les Amish - La faible couverture vaccinale de ces communautés religieuses est davantage liée à leur mode de vie traditionnel (accès limité aux soins, compréhension limitée de la maladie, doute sur la sécurité des vaccins, rejet de la modernité, ...) plutôt qu’à une opposition idéologique. La vaccination n’est donc pas interdite par la doctrine religieuse.
Les Témoins de Jéhovah - Même si elle a été initialement considérée comme un produit sanguin et donc prohibée, la vaccination n’est désormais plus interdite dans ces communautés selon la Watch Tower Society (organisme de référence de la religion). La décision de la vaccination repose donc uniquement sur le choix du sujet.
Le Jaïnisme, le Bouddhisme et l’Hindouisme - Ces 3 religions prônent le respect de toute forme de vie. Cependant elles reconnaissent également la nécessité de soutenir la vie humaine, avec l’acceptation de la cuisson des aliments, de l’eau bouillante, des antibiotiques et des vaccins. L’opposition peut concerner l’utilisation de sérum bovin dans le milieu de croissance. La religion hindouiste croit en la réincarnation et la vache est la réincarnation ultime. Sa consommation est ainsi interdite. Les vaccins concernés en Inde seraient les vaccins contre le ROR : MMR-II et Proquad.
Conclusion : attention à « l’infodémie »
Ainsi, si l’on se réfère aux différentes doctrine religieuse, on note que l’opposition vaccinale n’y est pas fondée, bien au contraire, la vaccination y est codifiée.
Les freins religieux seraient donc le plus souvent dus à l’ignorance et aux fausses informations véhiculées sur le web (ex : tous les vaccins sont fabriqués à partir d’oeuf de poulet ; les vaccins sont des produits sanguins ; les vaccins sont contaminés par l’alcool, les toxines ou les métaux lourds ; les vaccins sont génétiquement modifiés ; l’anatoxine tétanique contient des contraceptifs ou des abortifs ; etc...
Dans le contexte de la pandémie à COVID-19, l’OMS avait ainsi repris le néologisme « infodémie » pour décrire la diffusion majeure d’informations non vérifiées.
Comme toutes les croyances, les théories antivaccins mutent, elles s’adaptent à notre quotidien, comme les rumeurs. On devance même la technologie, on imagine qu’on est capable de faire des objets tellement petits qu’ils pourraient passer à travers une seringue ou, plus original, on imagine que le vaccin déformerait le génome.
Enfin, l’argument du « manque de recul » sur des produits expérimentaux, qui n’est pas nouveau, reste la conviction la plus enracinée dans l’esprit humain, généralement plus nourri du vécu de l’expérience que de l’élaboration de théories. Au moment de l’invention du premier vaccin, la vaccine, découverte en 1796 par Jenner pour lutter contre la variole, le premier argument a été de le comparer défavorablement à une technique plus archaïque, la variolisation, et aussi plus dangereuse mais qui, parce qu’elle était en usage depuis soixante-dix ans, était acceptée par les médecins et la population comme un remède éprouvé.
La croyance dans les méfaits et autres effets secondaires des vaccins est donc davantage culturelle, si l’on eut employer ce mot dans pareil cas, que religieuse.
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