Obscure lumière
Pour accéder à la totalité des articles et à l'ensemble des analyses de Croyances & Villes, abonnez-vous.
Déjà abonné ?
Le pape François devrait « rendre compte publiquement de l’impact de Vos estis lux mundi », ce motu proprio qu’il a promulgué en 2019. Il devrait aussi « révéler publiquement les noms des évêques et des supérieurs religieux » qui, depuis la mise en œuvre de ce texte juridique, ont fait l’objet d’une enquête parce qu’ils sont soupçonnés d’avoir commis des abus sexuels ou encore d’avoir dissimulé des plaintes reçues de victimes. Ces deux demandes, relayées par le media d’information religieuse, Présence-info.ca, ont été formulées par Anne Barrett Doyle, une des dirigeantes du site américain BishopAccountability.org qui collationne depuis 20 ans des informations sur la crise des abus sexuels dans l’Église catholique, aux États-Unis et dans le reste du monde.Le pape François « avait pourtant promis que Vos estis lux mundi ouvrirait une nouvelle ère de responsabilité » pour l’Église catholique, a-t-elle rappelé lors d’une conférence de presse tenue le mercredi 15 mars 2023 rapporte encore le média. Mais voilà que près de quatre ans après sa promulgation, personne ne sait avec certitude quels évêques ou supérieurs ont fait l’objet d’une enquête menée selon les termes de son motu proprio. « L’Église catholique compte aujourd’hui quelque 5 600 évêques et, à ce jour, nous ne connaissons que les noms de 40 évêques » qui pourraient peut-être avoir été enquêtés, blanchis ou sanctionnés en vertu de cette loi dont on nous avait dit qu’elle serait révolutionnaire », a déploré Anne Barrett Doyle dans sa conférence. Le pape François a dit souhaiter la transparence. « Pourtant, il laisse les fidèles dans l’ignorance », a-t-elle encore regretté. Et si le pape consent enfin à publier cette liste des évêques et supérieurs qui ont commis des abus ou les ont dissimulés, elle espère qu’elle « sera complète et détaillée ». Cette liste devrait inclure « la nature des allégations et le statut de chaque cas », insiste-t-elle.
Comment ne pas être en accord avec ces réclamations, cette quête de vérité et ces révélations qui sont tellement importantes pour les victimes et qui assureraient la protection des mineurs, rassureraient les fidèles, rétabliraient la confiance et constitueraient un exemple à suivre pour les évêques et les supérieurs religieux du monde entier.
Nous venons de relayer le premier appel à témoignages publié sur le site de La Province jésuite d’Europe occidentale francophone dans le cadre d’un protocole de reconnaissance et de réparation établi sous l’égide la Commission reconnaissance et réparation CRR. L’appel émane d’un homme, victime pendant plus de cinq ans, des abus sexuels et viols d’un haut responsable jésuite alors qu’il n’était qu’un jeune orphelin recueilli comme tel par les institutions religieuses catholiques. « Cette démarche doit ainsi permettre de faire largement connaître les faits survenus et de faire savoir aux personnes qui auraient été victimes qu’elles seront entendues et reconnues » peut-on lire sur le site de la Compagnie de Jésus.
À la lecture du texte succinct de cet appel, nous nous sentons particulièrement proches des propos d’Anne Barrett Doyle mais aussi terriblement bouleversés et désemparés. Nous ne pouvons publier, ni le nom de la victime, ni celui de son agresseur. « À hauteur d’homme », cette affaire est trop délicate, trop sensible et nous nous devons de respecter la victime et l’anonymat qu’elle souhaite garder tout comme nous sommes forcés, à son égard, de taire le nom de son agresseur.
Vos estis lux mundi, « Vous êtes la lumière du monde ». Nous essayons de la faire à notre niveau, mesurant, une fois encore, combien, ici, elle est obscure.