Certains contenus sont réservés aux abonnés.   ou  S'abonner
En accès libre

Quelques concepts à l’épreuve de nos croyances et de l’actualité

Portrait de la rédactrice en chef
Olivier KONARZEWSKI
6 min de lecture
Partager :
Logo de l'article
Cet article vous est offert pour juger de notre travail

Pour accéder à la totalité des articles et à l'ensemble des analyses de Croyances & Villes, abonnez-vous.

Déjà abonné ?

Lieux de toutes les crispations identitaires, reposant sur des assises sentimentales plus que sur des convictions ou des intuitions sublimes, les croyances qui constituent les sociétés, sont aussi la pierre d’achoppement de l’évolution de l’humanité vers une solidarité universelle.

Depuis quelques mois, vous avez pu constater un élargissement dans notre approche des croyances. Notre ambition est de proposer un espace d’information et de réflexion où foi, convictions, découvertes scientifiques, grandes questions de société, doutes et idées qui façonnent notre société, peuvent être abordés avec rigueur, curiosité et respect du pluralisme.

Toujours à réfléchir sur l’origine des crédulités qui égarèrent et égarent toujours les consciences, poussant les individus et les peuples à s’ignorer jusqu’à s’entre-déchirer, j’ai eu envie de me pencher sur quelques éléments de notre actualité qui ne sont pas forcément liés entre eux par un agencement et une cohésion répondant aux critères de l’excellence de la chronique journalistique mais qui expriment, chacun à sa façon, des réflexions et des questionnements sur les concepts de finitude, d’absolu, de contingence, de doute, de spiritualité, d’artificiel, de puissance, de conscience.

Plus que des profondeurs de nos pensée, ne serait-ce pas de nos phantasmes que surgiraient les concepts ? Celui de puissance par exemple. Être, est la raison même de mon existence, cela me suffit ; mieux, cela me comble, car pour autant que mon existence est liée à celle de l’univers, la sienne l’est aussi à la mienne.
N’est-ce pas ce qu’expriment la politique et les déclarations de Donald Trump (Iran, Taxes, Célébrations et politique intérieure américaine) qui ne cesse de prendre à témoin un monde qui ne saurait se passer de lui, qui n’existe pas sans lui, même (et surtout) quand il lui échappe. Mais le président américain n’est pas un cas isolé. Il ne peut l’être : toute puissance humaine n’existe que si elle s’impose à une autre puissance et se nourrit de la volonté de domination qui n’a pas de limite en soi. C’est bien cette démesure, cet hubris, qui bouleverse le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

C’est dire que ce qu’on appelle la vie relève de cette puissance : puissance de génération, force de résistance. La génération c’est la puissance active, la résistance c’est la force réactive. Il faut les deux, la force de résistance ne pouvant s’exercer que dans la cadre de la génération. Ce qui peut susciter un étonnement infini, c’est que la nature jette dans l’existence d’innombrables créatures, dans une sorte de jaillissement fantastique inépuisable, pour les condamner tous à la mort certaine, le plus souvent violente et douloureuse. Fin de vie...

La mort, comme la vie, fait partie de la condition humaine. Ce sont deux principes universels, cosmiques et intriquées selon le fameux mot de Bichat : « La vie est l’ensemble des forces qui résistent à la mort ». Cela fait de la mort un principe vital : composition, dé-composition, re-composition.
Ce n’est pas à l’instant ni au lieu du départ que nous sommes interpellés, c’est dès lors que nous avons mis un pied sur la route qui nous y mène … Nos parlementaires en font, par procuration, l’éprouvante expérience au travers de l’examen et du vote de la loi instaurant un Droit à mourir... Ce que trancheront les députés, en âme et conscience, le 30 juin avant l’adoption définitive du texte le 15 juillet prochain, ce n’est que le concept de la finitude de l’homme et de ce qu’il représente : la faille et la contingence pour les uns, la faute originelle et l’absolu ou le nécessaire pour les autres.

Recueillement sur l’intelligence de l’homme et sur la pensée artificielle.
L’intelligence artificielle est omniprésente aujourd’hui : thésaurisée, utilisée, débattue, traquée, adulée, crainte, elle est maladie ou faiblesse des hommes de ne pouvoir exister sans eux et eux sans elle.
Le philosophe Husserl, père de la phénoménologie, attire notre attention sur une propriété remarquable de la conscience : « Toute conscience est conscience de quelque chose ». Chaque fois que je pense, je pense bien à quelque chose. Cela veut dire que le « je », la conscience vise toujours autre chose qu’elle-même. L’Intelligence artificielle n’a pas cette faculté. Elle n’a pour vertu que de nous reconduire à comprendre que l’homme n’a pas fini son évolution, qu’il n’a pas encore atteint le degré de lucidité suffisant pour s’extraire de son ignorance et de sa misère, piétinant sur cette question : « d’où vient-on, où va-t-on ?

Quand cette quête de sens s’éloigne de l’homme elle flirte avec la mélancolie… et les dieux reprennent de la puissance. Le problématique d’une divinité, non humaine par essence, comme l’est également l’IA, est toujours abordé du point de vue de l’être humain, mais si l’on se place du point de vue de cet Être suprême, qu’aurait-il gagné à la création ?
Si les hommes voient en leur idole sublime des espérances et une raison d’être, celle-ci y trouve-t-elle son compte ? Ceux-là lui sont-ils d’un quelconque recours pour son avènement et sa gloire. Son acte de création lui a-t-elle donné quelque illumination ou une amplification de son être ? Une idole, une divinité n’est-elle pas finalement toujours comptable et compilatrice, prise en otage par ses fans et ses fidèles ? C’est tout le rapport de l’homme à l’intelligence artificielle et pour lui de ne pas comprendre que cette altérité d’une pensée humaine et d’une raison artificielle n’existe pas. L’IA est la chimère de l’existence humaine et de l’esprit humain.

Nous humains, nous sommes équivalents, parce qu’ébranlés et animés par les mêmes désirs et les mêmes ambitions ; comblés par les mêmes délices et désolés par les mêmes misères. Quand nous sommes autres que nous, c’est que nous n’avons pas suivi la bonne route … L’altérité est à l’intérieur de soi-même, de chacun, elle n’a pas à se projeter à l’extérieur. Le « je » et le « nous » se nouent, dès nous, nous les humains, condamnés sans solutions à l’organique mais inventeurs des dieux et des rites d’immortalité et même de la pensée artificielle et de ce qui lui échappera toujours : la vie de l’esprit, la culture, la transmission de la connaissance, la grande tradition.
Alors, ne nous oubliez pas !

Mots-clés