Malaise autour de la BD de Frontex qui explique aux enfants leur expulsion de l’UE
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Publié en 2024, ce « guide sur le retour » élaboré par l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) a refait surface après l’adoption le 17 juin d’une réforme qui ouvre la voie à la création de centres de rétention hors de l’UE.
Pensé pour les enfants âgés de 6 à 11 ans et disponible en une quinzaine de langues, ce livret adopte la forme d’une bande dessinée aux couleurs vives, censée accompagner les plus jeunes dans la compréhension de leur expulsion.
On peut ainsi y lire : « Maintenant que tu es dans le pays de ta famille, tu vas vivre des expériences nouvelles et différentes (…). La nouveauté est toujours excitante ! », ou encore « Tu pourras te faire de nouveaux amis sympathiques et découvrir de nouveaux bonbons ! ».
Sa présentation du retour forcé comme une étape presque positive, allant jusqu’à rassurer les enfants par des messages jugés décalés provoque l’émotion des ONG psychologues et spécialistes de la justice migratoire.
Un outil « assez cruel »
Le fascicule inclut également des devinettes, comme : « D’après toi, de quelle couleur sera le gilet ? », en référence à la tenue portée par des accompagnateurs à l’aéroport.
Pour plusieurs organisations et spécialistes, le ton adopté est en total décalage avec la réalité vécue par les familles concernées. Cécile Vanderstappen, chargée de recherche à l’ONG CNCD-11.11.11, a dénoncé sur le site belge 7 sur 7 un outil « assez cruel », estimant qu’il s’inscrit dans une logique plus large de communication de l’agence européenne.
Plus largement, les critiques reprochent au guide de transformer une situation souvent traumatisante en récit édulcoré, voire en aventure, sans évoquer les raisons administratives ou les conséquences concrètes du renvoi.
C’est notamment ce que soutient le professeur Jean-Yves Hayez, pédopsychiatre à l’UCLouvain qui critique le manque d’éthique de la démarche : « Le livret n’explique rien. On dit aux enfants qu’ils doivent partir mais pas une seconde on leur explique pourquoi. Cela va uniquement contribuer à les énerver, non seulement on les expulse mais en plus on les traite comme s’ils étaient sots », analyse-t-il.
Rendre la procédure plus compréhensible pour Frontex
Face aux critiques, Frontex s’est défendu en mettant en avant l’objectif initial du livret : mieux préparer les enfants à une situation difficile. Des spécialistes de la psychologie de l’enfant et de la protection de l’enfance ont contribué à l’élaboration du contenu, indique Frontex.
L’agence indique également que le responsable des droits fondamentaux et Le Forum consultatif, qui regroupe des ONG et des organisations internationales, l’ont examiné avant sa publication.
« Le personnel n’avait rien à proposer aux familles lorsqu’un enfant devait comprendre qu’il allait être renvoyé chez lui. Les enfants découvraient donc ce qui leur arrivait le jour même, souvent par des inconnus, au beau milieu d’un processus déjà difficile. C’est ce à quoi répond le guide », se défend l’agence européenne.
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A propos
Illustration : Mon Guide sur le retour - version française - Frontex/Union européenne.