Besançon : le militant franco-palestinien Salah Hamouri interdit de conférence par la préfecture du Doubs
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Le 4 juin prochain, l’avocat et militant franco-palestinien Salah Hamouri devait s’exprimer sur le thème « Question palestinienne, où en est-on ? », dans le cadre de la deuxième édition du « Besac Antifa Fest », festival antifasciste organisé par le Comité pour Clément, en collaboration avec un grand nombre d’associations et organisations locales.
Cette conférence avait suscité la polémique au conseil municipal de Besançon (Doubs), le 28 mai 2026. Ce mardi 2 juin, la préfecture du Doubs a finalement publié un arrêté interdisant sa tenue.
« C’est scandaleux », a estimé un membre du Comité pour Clément, organisateur du Besac Antifa Fest, « on est extrêmement choqué, on ne s’y attendait pas ». Le collectif a annoncé qu’il envisageait de déposer un recours administratif « dans les plus brefs délais ».
« Nous nous indignons de la politique de censure de l’Etat français du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien », a déclaré l’association France Palestine Solidarité, co-organisatrice de la conférence. « À fortiori quand celle-ci lutte, comme c’est notre cas, activement et sur le terrain contre toutes les formes de discrimination et de racisme, dont l’antisémitisme ».
« Éviter la survenue de troubles à l’ordre public »
Ce mardi, le préfet du Doubs, Rémi Bastille, a annoncé dans un communiqué avoir interdit la conférence qui devait se tenir deux jours plus tard, à 18 heures, au Centre Nelson Mandela.
Dans son arrêté, la préfecture du Doubs estime que « le maintien de la conférence serait de nature à créer de sérieuses difficultés pour préserver l’ordre public sans que l’organisateur soit en capacité de faire face le cas échéant par un service d’ordre dédié ».
Une évaluation vivement contestée par les organisateurs du Besak AntifaFest. « On a prévu un service d’ordre et tout ce qu’il fallait au niveau des invitations pour ne pas laisser rentrer n’importe qui, des micros etc », s’insurge un membre qui préfère rester anonyme. « Tout ça nous paraît hors-sol et très artificiel ».
Avocat franco-palestinien expulsé de Jérusalem
Fils d’une enseignante française et d’un restaurateur palestinien, Salah Hamouri a grandi à Jérusalem. Il a été de 2005 à 2011, incarcéré en Israël suite à des soupçons d’appartenance au FPLP (Front Populaire de libération de la Palestine) et de projet d’assassinat du Grand Rabbin d’Israël, Ovadia Yosef.
Après avoir plaidé coupable en 2008, Salah Hamouri a depuis toujours nié tout lien avec le FPLP et ce projet d’attentat, expliquant que son aveu visait à réduire la peine qu’il encourait. Après trois ans de détention provisoire, il a été libéré en 2011 à la suite d’un échange de prisonniers.
Avocat de l’ONG Addameer for prisoner Support and Human Rights, il a été à plusieurs reprises incarcéré, notamment en 2017-2018 et en 2022. L’ONG Amnesty International s’était mobilisée lors de sa dernière incarcération, dénonçant une détention arbitraire et sans motif. Libéré en décembre 2022, il a été expulsé d’Israël.
Depuis, Salah Hamouri vit en France, auprès de son épouse, française, et de leurs enfants. Il a déposé en 2024 une plainte pour torture durant ses détentions administratives, et en novembre 2025 une plainte pour déportation, ségrégation et persécution.
Accusations des renseignements israéliens
Le 25 mai dernier, le Shin Bet, les services de renseignement israéliens, a publié un communiqué l’accusant d’être responsable du recrutement depuis la France d’une cellule terroriste, démantelée en novembre et décembre 2025 à Jérusalem-Est.
Ces accusations sont vivement démenties dans une tribune de personnalités publiée aujourd’hui sur Médiapart, ses auteurs estimant qu’il s’agit d’une attaque politique, dans un contexte tendu entre la France et l’Israël.
Polémique dans les associations de Besançon
Lors du dernier conseil municipal de Besançon, le 28 mai, l’adjoint à la culture Franck Monneur avait repris les accusations des renseignements israéliens. Une intervention sur laquelle il était revenu le soir même, sur sa page Facebook, qualifiant notamment Salah Hamouri de « Palestinien antisémite ».
Le 1er juin, la LICRA Besançon-Franche-Comté avait publié un communiqué nettement plus mesuré. Tout en appelant à la « vigilance quant à ses prises de parole publique » l’ONG y souligne que les accusations portées contre Salah Hamouri n’ont pas donné lieu à des poursuites ni à aucune condamnation en France.
« Leur appel à la vigilance est tout à fait pertinent vu la thématique sensible et le contexte », a d’ailleurs estimé, peu avant l’interdiction de la conférence, l’un des co-organisateur de l’événement. « On se doit d’être tous et toutes vigilants sur la question » a surenchérit l’organisateur du Besac Antifa Fest, faisant valoir que plusieurs mesures de sécurité avait été anticipées et assurant que Salah Hamouri n’avait pas été choisi à la légère : « On s’est beaucoup renseigné sur son parcours avant d’acter son invitation, et pour nous, aucun problème ».
L’association France Palestine Solidarité de Besançon, co-organisatrice de la conférence a elle aussi justifié son choix dès le lundi 1er juin après-midi : « c’est une figure centrale de la lutte pour la libération de la Palestine ». « Parce qu’il s’oppose au régime d’apartheid et qu’il est un défenseur des droits humains, il est particulièrement ciblé par Israël qui s’acharne contre lui depuis plus de 20 ans », estime l’AFPS Besançon dans son communiqué .
Le maire de Besançon soulagé, l’opposition indignée
La ville de Besançon a salué « avec gravité et détermination » la décision du Préfet, dans un communiqué publié aujourd’hui en début d’après-midi. Elle y précise que la décision de louer la salle Nelson Mandela où devait se dérouler la conférence n’était pas de son fait mais de celui de la majorité précédente.
Côté opposition, le parti communiste a dénoncé une « décision absurde » et « les mensonges qui la justifient », en rappelant que « 95% des Palestiniens traduits devant les tribunaux militaires israéliens recourent au plaider-coupable, faute de perspective d’un procès équitable ». La fédération du parti communiste du Doubs appelle la préfecture à retirer son arrêté.
La France insoumise, elle, dénonce « une vague d’acharnement et de censure », appelant également au retrait de cette décision.
Ce n’est pas la première fois qu’une conférence de cet avocat et militant franco-palestinien est annulée en France. En 2024, dans l’Allier et le Rhône, en 2025 à Lyon, plusieurs interventions de Salah Hamouri ont été interdites. La préfecture du Doubs s’est largement appuyée sur ces arrêtés précédents pour argumenter sa décision.
A propos
Illustration : Salah Hamouri en octobre 2025 en région parisienne / agence AA