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L’explosion des communautés en ligne sectaires et violentes inquiète de plus en plus

De plus en plus de plateformes de communautés en ligne incitent des mineurs à mener des attaques, parfois dans la vie réelle, motivées par « le profit, les représailles, l’idéologie, la satisfaction sexuelle, la notoriété ». Sans idéologie structurée, propulsées via les réseaux sociaux comme Telegram, TikTok, cette violence nihiliste inquiète dans plus en plus de pays, chercheurs et autorités.
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REDACTION
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Le 18 mai dernier, deux adolescents de 17 et 18 ans ouvrent le feu dans une mosquée de San Diego, tuant 3 personnes, avant de se suicider quelques rues plus loin. Ces attaques, malheureusement fréquents aux États-Unis, sont le fait d’individus en rupture avec la société, animé par un esprit de revanche ou de reconnaissance personnelle qu’ils expriment dans des actes de haine antireligieuse ou raciste.

-* Lire notre article sur l’attaque de la Mosquée de San Diego

Dans le cas de l’attaque de la mosquée de San Diego, l’enquête a rapidement révélé une toute autre dimension à ces crimes. Les deux jeunes garçons s’étaient rencontrés en ligne et faisaient partie d’une vaste nébuleuse sectaire qui est en train d’exploser en ligne.

Bienvenue dans « The Com »

Les investigations menées après le drame ont en effet révélé qu’après être passés à l’acte, les deux adolescents ont non seulement diffusé la vidéo de leurs meurtres sur la plateforme Watch People Die, spécialisée dans la diffusion de ce type de contenus, mais aussi publié un manifeste de 75 pages intitulé « The New Crusade : Sons of Tarrant ».

Dans ce document, ils expriment une haine généralisée vis-à-vis des musulmans, des juifs, des Noirs, des Hispaniques et de la communauté LGBTQ+, tout en présentant leur attaque comme un « hommage » à Brenton Tarrant, le responsable suprémaciste de la tuerie de Christchurch.

Le texte contient aussi 11 mentions à la théorie du Grand Remplacement et cite explicitement des « organisations » extrémistes d’extrême droite présentes en ligne comme Terrorgram Collective, The Base et Atomwaffen Division.

Enfin, l’un des adolescents se présente comme un « chrétien écofasciste et accélérationniste ». Tous ces indices laissent à penser que ces tueurs ont intégré « The Com » (abréviation de « The Community » ).

Définir « The Com » n’est pas une chose aisée tant cette nébuleuse de communautés adopte des codes et des modes de fonctionnement différents de ceux des organisations classiques.

Il ne s’agit pas vraiment d’un groupe hiérarchisé mais plutôt d’un écosystème d’individus et de cellules partageant des espaces numériques communs (serveurs Discord, fils Telegram et même instances Minecraft) ainsi qu’une idéologie nihiliste et accélérationniste que l’on regroupe sous le qualificatif de NVE, pour « Nihilistic Violent Extremism ».

Alerte du FBI

Le FBI a diffusé, le 23 juillet 2025, une alerte concernant « The Com », décrivant un réseau criminel regroupant des milliers de membres anglophones, principalement aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Aux États-Unis d’Amériques le collectif est structuré autour de plusieurs sous-groupes spécialisés, dont :

 Scattered Spider, un gang de rançongiciel responsable de plusieurs attaques d’envergure ;
Hacker Com, un réseau de pirates informatiques, comprenant notamment plusieurs opérateurs de - Ransomware-as-a-Service (RaaS) ;
 RL Com, une branche dédiée aux violences dans le monde réel, impliquée dans des fusillades, enlèvements, vols à main armée, agressions physiques ou à l’arme blanche, et actes de bricking ;
 Extortion Com, un groupe spécialisé dans le chantage, notamment à l’encontre de jeunes filles mineures.

Ce collectif, dénoncé par le FBI, recrute des mineurs pour mener des activités cyber illégales : attaques par rançongiciels, swatting, extorsion de mineurs, diffusion et production de contenus pédopornographiques, attaques DDoS, SIM swapping et vol de cryptomonnaies.

Nébuleuse criminelle

Outre les quatre réseaux divulgués par le FBI, les forces de police et de lutte contre le crime organisé recensent 764 organisations , spécialisés dans l’extorsion sexuelle de mineurs comme No Lives Matter (NLM), orienté vers la violence physique contre des cibles ordinaires, et le Maniac Murder Cult (MKY), réseau ukraino-américain qui « gamifie » littéralement le meurtre via un système de points attribués selon la gravité des actes commis.

Selon Pierre Sivignon, analyste au CIVIPOL (opérateur de coopération technique internationale du ministère de l’Intérieur) et auteur de l’article « Échapper au vide : Répondre à la violence nihiliste menée par les jeunes » publié sur Gnet, ces communautés ne se revendiquent pas vraiment d’une idéologie politique ou religieuse mais prônent plutôt des discours nihilistes et misanthropes tout en glorifiant la violence comme une fin en soi.

On peut y croiser à la fois des influences issues de l’extrême droite, du mouvement incel ainsi que de certaines sous-cultures liées aux contenus gores, au snuff et même au true crime (ces communautés de fans qui suivent de très près les faits divers les plus sordides).

Lutter contre le nihilisme

Ce n’est pas un hasard si ces communautés ont prospéré dans le sillage du Covid. Pour Pierre Sivignon, « l’impact des crises majeures et des événements perturbateurs sur les jeunes, notamment la pandémie de COVID-19 et les confinements qui en ont découlé, a créé un terreau fertile pour le développement de visions du monde nihilistes. [Cette forme de violence] peut être appréhendée comme l’une des manifestations les plus extrêmes des angoisses, du pessimisme et de la déconnexion sociale propres à chaque génération. »

-* Lire notre article sur la montée des extrémismes en Belgique

Ce nihilisme vient alors prendre forme, se hiérarchiser et même devenir ludique au sein de plateformes communautaires comme Discord, qui offrent nativement une forme d’organisation interne aux groupes.

Sans idéologie claire ni profils à risque identifiables, ces réseaux protéiformes sont très difficiles à détecter. Les deux adolescents de San Diego n’avaient pas de casier et rien ne laissait penser qu’ils allaient passer à l’attaque.

Lutter contre « The Com » et tous ces réseau va donc demander une forme de collaboration inédite entre États, chercheurs et surtout entre les plateformes, seules capables de détecter non pas des contenus isolés, mais des comportements en réseau.

Cette nébuleuse a la particularité d’attirer des adolescents isolés qui sont ensuite incités, par différents moyens de manipulation ou de coercition, à commettre des actes de violence extrême contre autrui, les animaux ou eux-mêmes.

Chaque attaque filmée, chaque manifeste diffusé, chaque bodycam mise en ligne est déjà la propagande d’une prochaine tuerie.

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