Les actes antireligieux continuent de progresser en France
Pour accéder à la totalité des articles et à l'ensemble des analyses de Croyances & Villes, abonnez-vous.
Déjà abonné ?
« La haine antireligieuse progresse et touche tous les cultes, partout sur notre territoire » constate Laurent Nunez dans le Bilan 2025 des actes antireligieux publié la semaine dernière par le ministère de l’Intérieur.
Les chiffres de ce bilan 2025 des actes antireligieux confirment en effet une tendance de fond observée depuis une décennie : depuis 2015, le nombre de faits recensés a progressé de plus de 20 %, avec des variations importantes selon les contextes nationaux et internationaux.
L’année 2025 se clôt sur 2 489 actes antireligieux recensés sur l’ensemble du territoire national. Ce total demeure proche des records atteints au cours des deux années précédentes. Si l’évolution globale apparaît relativement stable par rapport à 2024, la structure même des atteintes continue de se transformer.
Les actes antisémites représentent désormais plus de la moitié des faits enregistrés (53 %), devant les actes antichrétiens (34 %) et les actes antimusulmans (13 %). Cette répartition contraste avec celle observée au début des années 2010, lorsque les actes antichrétiens et antisémites occupaient des parts comparables.
Pour le ministère, l’actualité géopolitique joue un rôle déterminant dans ces évolutions. Les attentats terroristes de 2015 avaient déjà provoqué une forte augmentation des actes visant plusieurs communautés religieuses. Plus récemment, l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et les conséquences du conflit au Proche-Orient ont profondément modifié les statistiques observées en France.
Les actes antisémites restent à un niveau historiquement élevé
Avec 1 320 faits recensés en 2025, les actes antisémites diminuent de 16 % par rapport à 2024. Cette baisse intervient toutefois après deux années exceptionnelles. Le nombre d’actes recensés demeure ainsi supérieur de plus de 200 % à celui observé en 2022.
Le rapport souligne que l’explosion des actes antisémites s’est produite immédiatement après les attaques du 7 octobre 2023. À elle seule, la période comprise entre octobre et décembre 2023 avait concentré plus de 1 200 faits.
En 2025, les atteintes aux personnes représentent désormais les deux tiers des actes antisémites recensés. Cette évolution constitue l’un des principaux motifs d’inquiétude pour les autorités.
Les propos et gestes menaçants demeurent les faits les plus fréquents, avec près de 600 cas enregistrés. Les inscriptions antisémites restent également nombreuses, tout comme les violences physiques.
Ces dernières poursuivent leur progression. En trois ans, leur nombre a triplé. Le ministère observe également une augmentation des atteintes visant directement les lieux de culte juifs, notamment les synagogues, à travers des dégradations, inscriptions ou actes de vandalisme.
Autre phénomène souligné dans le rapport : la persistance d’un antisémitisme touchant les jeunes générations. Les établissements scolaires et universitaires restent concernés par des incidents récurrents, même si leur nombre diminue légèrement par rapport à 2024.
La géographie des actes antisémites demeure fortement concentrée. L’Île-de-France représente à elle seule près de la moitié des faits recensés, Paris occupant une place centrale dans les statistiques nationales.
Les actes antichrétiens repartent à la hausse
Deuxième catégorie la plus importante du Bilan, les actes antichrétiens enregistrent une progression de 9 % en 2025 avec 843 faits recensés, la communauté catholique concentrant la majorité des faits enregistrés
Contrairement aux actes antisémites, ces atteintes concernent majoritairement les biens. Les lieux de culte restent les principales cibles des auteurs.
Les vols et tentatives de vols constituent la première catégorie recensée. Ils sont suivis par les dégradations, les inscriptions et les incendies. Le ministère rappelle que certains territoires ont été particulièrement touchés par des séries de vols d’objets religieux ou patrimoniaux, ce qui contribue à expliquer certaines concentrations locales.
Si les atteintes aux biens restent prédominantes, le rapport met néanmoins en évidence une évolution notable : les atteintes aux personnes augmentent fortement. Elles progressent de 70 % en un an.
Les violences physiques visant des responsables religieux doublent par rapport à 2024. Les perturbations d’offices, les menaces adressées aux fidèles ou les comportements intimidants connaissent également une hausse sensible.
La répartition géographique apparaît plus diffuse que pour les actes antisémites. Les régions Nouvelle-Aquitaine, Île-de-France et Grand Est figurent parmi les plus concernées. Les actes antichrétiens sont majoritairement recensés dans les territoires relevant de la gendarmerie nationale.
Une flambée des actes antimusulmans
L’évolution la plus spectaculaire concerne les actes antimusulmans qui se concentrent principalement dans les grands espaces urbains, notamment en Île-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes, dans le Grand Est et en Occitanie.
Avec 326 faits recensés, leur nombre augmente de 88 % en un an. Il s’agit du niveau le plus élevé enregistré depuis le pic observé en 2015 à la suite des attentats terroristes.
Cette progression est principalement portée par les atteintes aux personnes, qui bondissent de plus de 150 % par rapport à l’année précédente.
Les propos et gestes menaçants représentent désormais près de la moitié des actes recensés. Les violences physiques augmentent également, tandis que les atteintes visant les lieux de culte musulmans poursuivent leur progression.
Le Bilan 2025 note aussi une multiplication des dépôts de carcasses de porcs devant des lieux de culte ou des espaces fréquentés par des fidèles musulmans. Ces actes, particulièrement symboliques, enregistrent une hausse importante. Les établissements scolaires et universitaires apparaissent eux aussi comme des lieux davantage concernés qu’auparavant.
Le rapport souligne toutefois qu’une partie de la progression statistique résulte d’une amélioration du signalement. Créée dans le cadre du Forum de l’islam de France, l’Association de défense contre les discriminations et les actes antimusulmans (ADDAM) a renforcé en 2025 ses capacités de collecte et de transmission des informations aux autorités.
Une violence davantage dirigée contre les personnes
Au-delà des différences observées selon les cultes, le ministère identifie une tendance commune : la progression des atteintes aux personnes.
Menaces, insultes, intimidations et violences physiques occupent une place croissante dans les statistiques. Cette évolution marque une transformation des formes de haine religieuse, qui ne se limitent plus aux seules dégradations de bâtiments ou de symboles.
Les réseaux sociaux jouent également un rôle important. Les services de l’État constatent une circulation accrue de contenus haineux sur internet, parfois relayés massivement et susceptibles d’alimenter des passages à l’acte.
Le rapport rappelle cependant que les chiffres officiels demeurent probablement inférieurs à la réalité du phénomène. De nombreuses victimes ne déposent pas plainte ou ne signalent pas les faits dont elles sont l’objet.
Sécurisation et dialogue : les réponses du ministère de l’Intérieur
Face à ces évolutions, le ministère de l’Intérieur met en avant plusieurs axes d’action.
Le premier concerne la sécurisation des lieux de culte. Depuis 2015, près de 47,8 millions d’euros ont été consacrés à la protection d’environ un millier de sites religieux. En 2025, 89 projets ont bénéficié du programme de sécurisation des sites cultuels pour un montant total de 3,7 millions d’euros.
Les échanges avec les représentants des cultes constituent un deuxième levier. Des groupes de travail réguliers réunissent services de l’État, responsables religieux et forces de sécurité afin d’adapter les dispositifs de protection aux menaces identifiées.
Le ministère insiste également sur la prévention. En 2025, plus de 220 sessions de sensibilisation ont été organisées à destination des responsables religieux. Ces formations visent à développer les réflexes de sûreté, à mieux identifier les comportements suspects et à faciliter les relations avec les services de police et de gendarmerie.
Sur le terrain, les dispositifs de surveillance sont renforcés lors des grandes fêtes religieuses. Patrouilles, gardes statiques, mobilisation de l’opération Sentinelle et diagnostics de sûreté réalisés par les référents spécialisés font partie des moyens déployés.
Enfin, la lutte contre la haine en ligne constitue un axe majeur de l’action publique. La plateforme PHAROS, chargée de recueillir les signalements de contenus illicites sur internet, a enregistré plus de 231 000 signalements en 2025, dont plusieurs dizaines de milliers liés aux discriminations et aux discours de haine.
Un enjeu de cohésion nationale
Ce bilan 2025 montre que les actes antireligieux demeurent un défi important pour les pouvoirs publics.
Si les évolutions diffèrent selon les communautés concernées, les niveaux élevés observés témoignent de tensions persistantes au sein de la société française.
Malgré sa stratégie articulée autour de la protection des lieux de culte, du dialogue avec les représentants religieux, de la prévention et de la répression des actes de haine, le ministère de l’Intérieur, ne parvient pas à enrayer la tendance à les faire baisser.`
Cela reste d’autant plus une préoccupation pour le ministère de Laurent Nunez et inquiétant pour la société française, car le phénomène des actes-antireligieux est largement tributaire d’un contexte international qui se dégrade et sur lequel il n’a aucune maitrise.