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  • Publié le 30 août 2017
  • Mise à jour: 20 décembre 2025

Haïti

Le vaudou haïtien, l’âme d’un peuple

Avec 6,7 millions d’habitants, descendants d’esclaves ou d’affranchis de Saint-Domingue, Haïti reste un lieu de prédilection du vaudou. Les statistiques d’appartenance religieuse y sont trompeuses. Car si la population se rattache dans sa quasi-totalité au christianisme, avec 4,9 millions de catholiques et un million de protestants, près de 85 % des Haïtiens sont avant tout adeptes du vaudou.
Haïti fait ainsi figure d’exception car habituellement le polythéisme africain s’efface lorsqu’il est en concurrence avec une religion universalisante comme le christianisme.

Une religion originaire d’Afrique

La patrie du vaudou est le Bénin, avec environ 65 % d’animistes (dont 25 % de vaudou) pour 15 % de musulmans et 20 % de chrétiens. Cette religion héritée de vieilles croyances est très présente dans le sud du pays, ainsi qu’au Togo, au Ghana, au Brésil, enfin et surtout en Haïti.
Le temple vaudou du serpent d'Ouidah (Bénin), visité par Jean Paul II
Elle coexiste avec les autres religions. Ouidah, par exemple, distante d’une quarantaine de kilomètres de Cotonou, est à la fois l’un des premiers grands lieux de la chrétienté depuis l’arrivée de missionnaires en 1861 et un centre de culte vaudou essentiel avec son « temple des serpents ».

Le culte vaudou

Le vaudou est une religion initiatique à plusieurs niveaux. A la base se trouvent les hounsis, les prêtres sont des houngans (hommes) ou des mambos (femmes), le temple est un hounfor.
Au sommet sont les initiés supérieurs : « papa et maman feuilles ». Le panthéon vaudou compte près de 400 divinités. Les dieux viennent parfois visiter les humains. Le sorcier a le privilège de pouvoir appeler tel ou tel dieu. Les réunions vaudou ont lieu secrètement la nuit : alors commence la danse vaudou proprement dite. L’individu « possédé » entre en transes.
Les cérémonies s’accompagnent de sacrifices d’animaux car les fidèles ont le devoir de donner à manger aux loa ; c’est ce qui explique que les cérémonies soient appelées des « manger-loa ». Le sorcier est souvent aussi devin et guérisseur.

Le vaudou catholique

La coexistence de pratiques catholiques et vaudou est fréquente. Jean-Paul II se rendant pour la deuxième fois au Bénin en 1993 a d’ailleurs tenu à rencontrer les grands prêtres vaudou, bien que serpents sacrés et sorcellerie ne lui soient guère familiers.
Certains redoutent le syncrétisme religieux car la pression sociale nourrit les superstitions et la tradition : il est difficile lors d’un enterrement, par exemple, de ne pas prendre part aux funérailles vaudou et les veuves sont obligées de rester six mois enfermées.
Cimetière de Port au Prince, Les haïtiens vaudous célèbrent la cérémonie chrétienne de la Toussaint
La greffe du vaudou passe par l’appropriation de tous les sacrements catholiques, sauf l’ordination. Le baptême est l’étape indispensable. Ce préalable explique les manœuvres de certains croyants auprès de prêtres catholiques pour obtenir un baptême qui n’a d’autre utilité que de permettre la pratique du vaudou. Le rôle des parrains et marraines est renforcé : ils l’emportent sur les parents car ce sont eux qui transmettent au filleul leurs loa.

On ne peut assimiler les loa, divinités protectrices du vaudou, aux saints, mais il existe des traits communs : entre Ezili-Fréda-Dahomey et la Vierge notamment. De nombreux facteurs historiques expliquent ce syncrétisme. Le Concordat de 1860 reconnaît le catholicisme comme seul culte officiel. Dès 1864, l’Église déclenche des campagnes anti superstitieuses - le vaudou n’ayant pas droit au titre de religion, mais seulement de superstition.
Cependant, en dépit de l’opposition de l’Église catholique et du durable rejet du vaudou par les intellectuels haïtiens, il a fait preuve d’une étonnante résistance.
Le régime des Duvalier certes, en mobilisant au service de la dictature de nombreux houngans, a entaché le vaudou, mais la nouvelle Constitution du 29 mars 1987 en vue du rétablissement de la démocratie devait le dépénaliser. L’instabilité politique a entravé son application. Certains observateurs ont aussi avancé l’idée que l’état de « sous-développement » d’Haïti est en partie imputable aux dépenses faites pour payer les prêtres et les pratiques sorcellaires et magiques.

Le vaudou en France

On compte aujourd’hui entre deux à trois millions de Haïtiens disséminés dans les grandes villes occidentales, pour une population estimée à huit millions en Haïti. En France, la population haïtienne est évaluée entre 40 000 et 50 000 individus, surtout présents à Paris et en région parisienne. L’effet déstructurant de l’exil permet d’appréhender la pratique du vaudou comme la volonté de maintenir un lien avec son pays d’origine. Mais ce lien a un prix quand la pratique se rend visible. En effet, dans sa forme collective, le culte nécessite un minimum d’espace et donne lieu à de vigoureuses manifestations sonores s’accordant mal avec le contexte urbain et nocturne parisien.
C’est pourquoi la majorité des péristyles (temples) se trouvent souvent dans les caves des pavillons de banlieue. Les prêtres vaudou sont censés exercer leurs activités religieuses (cérémonie, séances de voyance) en tant que profession libérale.

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