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  • Publié le 20 mars 2026

Les guerres ne détruisent pas les civilisations : elles en cimentent les identités

Au-delà de son actualité militaire et économique, la guerre actuelle au Moyen-Orient interroge dans son issue, que l’on souhaite favorable à un Iran libéré du régime actuel, une nouvelle fois les rapports historiques entre Occident et Moyen-Orient. Il faut intégrer cette dimension pour pouvoir espérer et envisager un retour à la paix ou tout le moins à une concorde entre les États et les peuples concernés.

L’histoire de l’Arabie préislamique est riche de conflits. Les Écritures en relatent de nombreux épisodes. La conquête territoriale, politico-religieuse de l’Islam qui s’est étendue jusqu’au continent européen a sans aucun doute été l’événement le plus marquant des rapports entre Occident et Moyen-Orient ne doit cependant pas faire oublier que depuis l’Antiquité, la rivalité entre les puissances de l’Occident méditerranéen et celles du Moyen-Orient forme une structure géopolitique qui transcende les fractures internes et les nombreuses rivalités internes entre Arabes et Persans, sunnites et chiites, monarchies et républiques.

Cette dialectique géopolitique « Occident–Moyen-Orient » désigne ainsi une rivalité historique par laquelle les civilisations de ces deux espaces se constituent, se transforment et se consolident mutuellement sans jamais parvenir à l’élimination durable de l’autre. Dans cet espace historique singulier, la guerre agit souvent comme un mécanisme de consolidation des identités politiques, religieuses et civilisationnelles. Cette dialectique est constitutive de l’histoire de l’Occident comme du Moyen-Orient. C’est dans ce cadre historique et géopolitique que la guerre en Iran doit également être regardée. Pourquoi ?

Dans les régimes révolutionnaires ou théocratiques, la guerre agit fréquemment comme un puissant mécanisme de consolidation politico-identitaire. Elle transforme les tensions internes en mobilisation collective, sacralise le pouvoir et réorganise la société autour d’un récit existentiel.

À ce titre, l’histoire récente de l’Iran nous en fournit un exemple frappant. La guerre Iran-Irak des années 1980 a profondément consolidé la République islamique au moment même où elle était encore fragile. Cette dynamique s’explique aussi par une logique politique bien connue des sciences sociales : face à une menace extérieure, les sociétés tendent à resserrer leurs rangs autour des institutions qui incarnent leur continuité historique ou spirituelle.

Dans les régimes où le pouvoir puise sa légitimité dans une dimension religieuse et/ou révolutionnaire - tel aujourd’hui, celui de la République islamique d’Iran - ce réflexe peut être encore plus puissant. La guerre n’y fragilise pas nécessairement l’autorité du régime ; elle peut au contraire lui fournir les conditions d’une mobilisation morale et symbolique durable. L’adversaire extérieur devient un facteur d’unité interne. Ce mécanisme contribue à transformer un conflit stratégique en épreuve identitaire, où la survie du régime est progressivement assimilée à celle de la communauté politique elle-même.

La guerre États-Unis–Israël–Iran pourrait produire un effet comparable. Loin d’affaiblir le régime iranien, elle risque de renforcer sa légitimité en transformant un affrontement stratégique en affrontement existentiel, religieux et inter-civilisationnel. C’est l’hypothèse qui est aujourd’hui à la fois admise et redoutée par tous ceux qui souhaitent un changements de régime en Iran avec l’établissement d’une société stable, apaisée, démocratique et laïque.

Mais peut-on croire qu’une victoire militaire pourrait transformer durablement l’affrontement entre deux traditions issues du même monothéisme abrahamique, et effacer la matrice religieuse civilisationnelle et religieuse dont elles relèvent. On peut en douter car l’histoire de l’espace Occident–Moyen-Orient révèle une constante remarquable : les guerres qui s’y déroulent produisent rarement des vainqueurs définitifs. Elles consolident plutôt les identités politiques, religieuses et civilisationnelles des camps qui s’y affrontent.

La guerre actuelle contre le régime des mollah pourrait ainsi reproduire un schéma ancien. Dans cet espace historique singulier du Moyen-Orient, les guerres ne détruisent pas les civilisations. Elles en cimentent et consolident les identités qui prospèrent alors soit dans le nationalisme, soit en dehors des États en s’incarnant dans des milices et autres mouvements révolutionnaires et terroristes. L’histoire récente nous en a fourni de nombreux exemples avec l’État islamique, le Hezbollah, le Hamas qui revendiquent par la violence et dans l’erreur l’identité d’une civilisation arabo-musulmane figée contre celle d’un Occident affublé de tous les péchés de la modernité et du progrès.

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