«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

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  • Publié le 28 août 2017
  • Mise à jour: 3 décembre 2019

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Dans la commune de Bussy-Saint-Georges, le fait religieux nourrit la laïcité

Chantal Brunel, maire de Bussy-Saint-Georges de 2014 à fin 2016, ancienne députée, témoigne de l’expérience de l’Esplanade des religions de Bussy-Saint-Georges et de son effet sur le vivre ensemble dans la commune.
Auteure de Pour en finir avec les violences faites aux femmes, ses prises de position et sa participation de premier plan sur la loi relative aux violences faites aux femmes débattue à l’Assemblée nationale en février 2010 lui vaudront d’être nommée par Nicolas Sarkozy rapporteur général de l’Observatoire de la parité. Elle s’engage alors également contre la polygamie, l’excision, la condition des femmes immigrées et les violences conjugales...

Vous avez hérité de l’esplanade des religions où plusieurs lieux de cultes ont été construits côte à côte. Comment ce projet urbain cultuel s’est-il intégré à la ville, à votre politique ? Facilite-t-il le dialogue entre communautés ?

- Ce qui rapproche les habitants de Bussy, comme partout ailleurs, ce sont les fêtes et les manifestations culturelles. J’ai impulsé une politique culturelle dynamique car je cherche à recréer du lien social. Je donne beaucoup de mon temps sur cet objectif. Les cultes présents sur l’esplanade des religions se sont largement intégrés à cette dynamique.
Aujourd’hui, lors des fêtes du 8 mai ou du 11 novembre, toutes les communautés se joignent aux célébrations. Dimanche dernier, pour la fête du partage, toutes les communautés étaient réunies autour de l’initiative de l’association musulmane et encore ce matin même, lors d’un forum emploi, le Père Dominique Fontaine et le Président de l’association musulmane, Farid Chaoui, étaient là. Les communautés ont intégré la vie de la cité.
Si la cohésion interreligieuse à Bussy est active et vive, elle est aussi fragile. Je pense qu’en ce qui concerne ce projet, il ne faut pas aller plus loin ; aujourd’hui l’équilibre tient aux responsables actuels des communautés et repose sur leur confiance dans le Maire. La personnalité du maire compte. Je ne fais pas de communautarisme, j’encourage le dialogue inter-religieux et les rencontres autour des fêtes nationales et celles propres à chacun des cultes. Le dialogue entre communauté religieuse est fondateur de ce projet et aujourd’hui il fonctionne parce que nous le favorisons. Je ne suis pas sûre que si moi ou l’un des représentants devait partir, cette concorde subsisterait.

Après les attentats de Charlie Hebdo et de novembre 2015, vous avez organisé une réunion publique d’hommage dans le Gymnase Maurice Herzog plutôt que sur l’esplanade où votre prédécesseur tenait à le faire, avez-vous hésité entre les deux ?

- Non, en tant que Maire et suivant nos principes républicains de laïcité, en janvier 2015, il n’était pas imaginable de me rendre sur l’esplanade des religions. Tous les responsables des religions m’ont d’ailleurs rejoint au gymnase Herzog et ont délégué, pour cette commémoration, leur temps de parole au Président de l’association musulmane. Nous avons conclu cette cérémonie en faisant réciter aux enfants buxangeorgiens de toutes origines le poème Liberté d’Eluard.
Quant aux attentats de novembre 2015, avec l’autorisation du Préfet, nous avons réalisé le samedi 22 novembre 2015, un concert exceptionnel pour la paix avec la présence notable d’Anouar Kbibech, Président national du CFCM, de Monseigneur Nahmias Evêque de Meaux, des représentants des communautés juive, protestante, bouddhiste, un concert pendant lequel chaque communauté a joué et chanté des textes de sa religion avec la participation de l’harmonie de Bussy-Saint-Georges.

L’esplanade a-t-elle également une dimension culturelle valorisante pour la ville ?

L’esplanade des religions saluée par l’Unesco a focalisé l’intérêt sur elle. Depuis que Bussy a un nouveau maire, les personnalités se pressent dans notre ville. De Jean D’ormesson, à Luc Ferry, à Laura Flessel en n’oubliant pas l’actuel Ambassadeur de Chine en France qui est venu assister à un somptueux concert du pianiste Mu Ye Wu. Il a auparavant rencontré, avec ses collaborateurs, les principaux chefs d’entreprise et la communauté Chinoise de France. Nous avons ici une forte communauté asiatique (28 %), les lieux de culte comme le temple taïwanais drainent des fidèles qui viennent de toute la France, ceux des autres cultes sont de provenance plus locale, Lagny où la mosquée est fermée, Guermantes pour les 1200 places de Notre Dame du Val. Si, j’ai refusé des projets de construction (école coranique, église évangélique africaine, centre orthodoxe arménien), je soutiens le projet d’une école « Saint François d’Assise » qui viendrait ouvrir l’esplanade car le culte chrétien n’y est pas représenté et la synagogue toujours pas construite, mais encouragée par des dons des autres communautés présentes.

Ce projet d’esplanade est-il une expression correcte de la laïcité ?

Il n’est en tout cas pas contraire à la laïcité. Pour moi, la coexistence des religions, de leurs pratiques, de leurs dogmes et de leurs cultes, est compatible avec les lois de notre République laïque et ce grand quartier cultuel en témoigne. Exercer son droit de pratiquer sa religion dans de bonnes conditions ou n’en pratiquer aucune, tel est le principe de notre République laïque. En effet, la laïcité n’est pas une religion, elle n’est pas un combat contre la religion non plus. Quand il a écrit cette formule, le législateur voulait simplement dire que la République française ne privilégie aucun culte. D’ailleurs, lors de la rencontre que j’ai récemment organisée avec le Préfet de Seine-et-Marne avec toutes les autorités religieuses, le Père Fontaine qui officie à Bussy a rappelé au préfet que « la laïcité ne doit pas se faire contre ou sans les religions, mais bien avec elles ». C’est le sens de ma démarche ici à Bussy Saint-Georges : cette ville est riche de ces hommes et de ces femmes au sang mêlé qui viennent des quatre coins du monde et je souhaite continuer à promouvoir un vivre ensemble dans le respect des origines de chacun et dans la sérénité.

Propos recueillis par Olivier Konarzewski

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