«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

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  • Publié le 17 septembre 2020
  • Mise à jour: 18 septembre 2020

« Droits et égalités, mémoire, cultes et spiritualités », la curieuse délégation de Florence Delaunay, adjointe au maire de la ville de Lyon

Militante écologiste depuis de nombreuses années, coprésidente de l’association « La Ville à Vélo » de 2016 à 2018, irréductiblement attachée aux droits des femmes et à ceux liés à la mémoire des peuples, Florence Delaunay s’est récemment découvert dans l’exercice de sa profession d’enseignante du supérieur, une passion pour l’anthropologie religieuse. Une passion qu’elle a enfourchée avec entrain pour être la 19ème adjointe du nouveau maire écologiste de la Ville de Lyon et pédaler à la réussite de cette délégation « Droits et égalités, mémoire, cultes et spiritualités ». Une délégation dont elle assume pleinement la touche baroque, la transversalité de son périmètre humaniste. Entretien.

Le libellé de votre délégation « Droits et égalités, mémoire, culte et spiritualité » a une tonalité humaniste marquée et louable mais le regroupement de préoccupations à priori assez éloignées interroge sur son application. En effet comment concilier en pratique ces deux catégories que sont l’égalité femmes-hommes ou bien encore, dans le Droit des citoyens, celui de croire ou de ne pas croire, avec cultes et spiritualité ?

Effectivement le libellé de ma délégation peut interroger, et je vous accorde que son intitulé « Droits et égalités, mémoire, culte et spiritualité » est novateur et son découpage peu habituel. Mais ce choix traduit la volonté de la nouvelle équipe municipale d’établir de nouvelles transversalités dans la ville de Lyon. C’est effectivement un arc humaniste qui marque notre volonté d’accroitre le dialogue entre la municipalité et les groupes et associations relevant des différents domaines de la délégation mais également de faire dialoguer ces groupes et associations entre eux. Pour ce qui concerne sa cohérence « Droits et égalités » et « Mémoire » sont les deux premiers pôles de la délégation sur lesquels s’articule « cultes et spiritualités ».

On ne voit pas aucune mention ou référence à la laïcité dans cette délégation, pourquoi et quelle en est votre conception ?

Oui effectivement le terme n’apparait pas dans le libellé, mais comme je l’ai dit nous n’avons pas voulu transformer cette délégation en un catalogue de missions et installer dans un face à face la laïcité et les cultes et spiritualités. Si la laïcité n’apparait pas littéralement dans ce libellé c’est qu’elle n’est pas un aspect de ce mandat, mais qu’elle en est le cadre. Vous pouvez aussi considérer qu’elle est totalement intégrée du pôle « droits et égalités ». Car au-delà du concept, en matière de laïcité ce qui est important c’est le dispositif, c’est le cadre légal de la loi de 1905 et dès lors, d’être en situation de le rappeler.
Pour ce qui est de ma conception, je constate aujourd’hui que les pratiques cultuelles sont au cœur du « vivre-ensemble ». Aucune conception de la laïcité ne peut l’ignorer. Pour nous il est très important que la municipalité soit en position de dialogue avec les cultes pour autant qu’elle soit significative au sens de la collectivité. D’ailleurs, si nous avons rajouté « spiritualités » aux cultes c’est pour élargir le dialogue au-delà des trois religions abrahamiques.

Quel est l’état des lieux du pôle Cultes et spiritualités et que comptez-vous faire dans ce domaine ?

Nous héritons d’une ville où le dialogue inter-religieux, encouragé dans les précédentes mandatures, est déjà très présent et développé. Il est établi depuis 2002 au sein de « Concorde et solidarité », une instance qui regroupe les représentant(e)s des grandes religions et le maire de Lyon pour œuvrer ensemble à la paix sociale. Notre objectif est de l’amplifier et de l’ouvrir aux habitants. Ce qui sous-entend bien que nous comptons y mettre en discussion toutes les problématiques de la délégation, tous les sujets des pôles « Droits et égalités » et « Mémoire ». Mais pour l’instant je n’ai pas encore arrêté de stratégie car je souhaite la co-construire avec les parties prenantes. La co-construction est une préoccupation générale de l’action de la nouvelle équipe municipale.
Une grande partie de mon action va consister dans le soutien des associations et sera conditionné par cette co-construction, par le dialogue qui la produit mais aussi guidée par la redevabilité de la municipalité envers les habitants. J’entends par là que le mode de fonctionnement sera respectueux des dispositions de la loi de 1905 notamment en ce qui concerne les subventions, même si bien sûr parfois il y a un équilibre à trouver entre strict respect et difficultés réelles du quotidien. Nous sommes très attentifs à entretenir le dialogue avec les religions et nous ne nous interdisons pas d’être invités ou de participer à tel ou tel événement. Mais nous le ferons dans respect de la loi et dans un esprit d’équité entre toutes les communautés religieuses.

Et bien justement à propos de cette relation avec les cultes quelle explication donnez-vous de la posture du maire lors de la dernière cérémonie des vœux des Échevins et son refus de participer à la messe durant laquelle la Ville de Lyon remet un écu symbolique au clergé catholique ?

Sur ce sujet, je voudrais tout d’abord préciser que cette cérémonie des vœux des Échevins a trois éléments de liturgie si je puis m’exprimer ainsi : une messe et une courte procession dans la basilique de Fourvière suivies, sur l’esplanade de la basilique, d’une conversation au cours de laquelle différents représentants des cultes et des élus prennent la parole. Le Maire de Lyon a souhaité participer à cet échange. Bien sûr, la remise de l’écu symbolise la dette perpétuelle de la Ville et de ses habitants à la religion catholique au motif, comme l’a rappelé le Maire dans son discours, qu’elle a pu épargner en 1643 la Ville d’une énième et ravageuse épidémie de peste. Mais cette cérémonie de la remise de l’écu par le Maire de la Ville de Lyon n’a pas toujours eu lieu. Elle a été instituée sous le gouvernement de Vichy, à la demande du Maréchal Pétain, en 1943. Plus tard, Edouard Herriot l’a interrompue en faisant remettre l’écu par un de ses adjoints. Lors des mandats précédents, avec Michel Noir, Raymond Barre ou Gérard Collomb, elle a été rétablie. Le choix du Maire actuel a été encore différent. Certains conseillers municipaux ont assisté à l’office mais sans écharpe. La municipalité a été présente en proposant un mode d’échange avec le clergé mais dans la cadre de la laïcité et avec un discours qui a rendu hommage à cette tradition et aux autorités religieuses, notamment par une référence appuyée à l’encyclique Laudato Si du Pape François dans laquelle le maire a souligné avoir trouvé de profondes convergences de vues en matière d’écologie et de dignité de la nature et des hommes.

Dans une autre ville et avec un autre maire écologique, à Bordeaux, une autre tradition, celle du sapin de Noël cette-fois, est aussi remise en cause qu’en pensez-vous ?

Nous sommes dans une société mouvante qui questionne sans cesse les habitudes et les habitants. S’agissant du sapin de Noël de Bordeaux, le maire a souhaité substituer plusieurs petits à un seul et grand et sapin. C’est son choix. Le sapin décoré n’est au demeurant pas symbolique de la fête chrétienne de la nativité mais appartient une tradition beaucoup plus ancienne. Il me semble nécessaire aujourd’hui de s’interroger sur l’impact de certaines traditions. C’est une réflexion saine. Je pense par exemple aux pétards du 14 juillet. On doit pouvoir interroger nos rituels y compris laïques et républicains.

Finalement, pourquoi avez-vous choisi cette délégation, avez-vous un rapport particulier au culte et au spirituel ?

Je suis une enseignante en lettres et en culture générale dans plusieurs établissements lyonnais du supérieur. Dans ce cadre, il y a quelques temps, j’ai eu l’occasion de donner des cours sur les droits et les politique mémorielles et d’anthropologie des religions. Cela a été une découverte personnelle passionnante. L’intérêt pour l’anthropologie des religions ne m’a pas quitté depuis. Quant aux droits, ils ont toujours occupés ma carrière. J’ai toujours milité, notamment pour le droit à l’égalité entre les femmes et les hommes.
Mais pour répondre à la seconde partie de votre question, je souhaiterai faire passer un message : je pense qu’il il ne faut pas chercher ou même vouloir systématiquement opposer « croyant » et « non croyant ». Souvent les personnes qui se disent d’emblée croyantes, ont une foi parfois vacillante et l’on découvre chez les non-croyants des aspirations spirituelles très puissantes. Les frontières entre ces deux états sont poreuses et aujourd’hui beaucoup de femmes et d’hommes piochent dans différentes cultures, différentes croyances. Il ne faut pas enfermer les gens dans ces catégories.

Evénement
Un attentat chasse l’autre et crée l’intolérable

Contre l’horreur, en hommage au professeur Samuel Paty, assassiné vendredi pour avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet, la mobilisation a été forte cet après midi. D’importantes manifestations se sont déroulées, ce dimanche 18 octobre. Elles ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes (enseignants, militant(e)s, personnalités politiques et élu(e)s locaux et nationaux) partout en France. Les associations de défense des droits de l’homme (LDH), contre le racisme et l’antisémitisme (SOS racisme) et les syndicats d’enseignants y ont pris la parole pour exprimer la peine et la colère de toute la société française laïque et républicaine et sa détermination à ne pas laisser l’islamisme y prospérer.
Nous étions présents pour témoigner de notre peine pour cet homme libre, assassiné parce qu’il voulait le rester, exprimer notre compassion à sa famille et à ses collègues.
Mais les paroles comptent peu au regard des actes. Il faut agir maintenant. Nous prendrons notre part.

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