«Une démocratie doit être une fraternité. Sinon, c’est une imposture.»Antoine de Saint-Exupéry

 

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  • Publié le 24 octobre 2020

La croix d’Agadez symbole d’une belle histoire d’amour touareg

La croix est l’un des plus vieux signes et symboles de l’humanité. La croix d’Agadez, selon une légende touareg populaire, serait porteuse de l’un de ces plus beaux messages, le message d’amour.

La Croix d’Agadez [1] désigne le plus populaire des bijoux portés sahariens, fabriqués particulièrement par les Touaregs. Son origine est suffisamment ancienne pour qu’elle rejoigne l’imaginaire et en devienne la belle légende touareg suivante. Il était une fois, un jeune homme très amoureux qui voulait déclarer sa flamme à la jeune fille de son cœur mais il ne savait comment faire car celle-ci était enfermée chez elle. Il eut alors l’idée de faire appel au forgeron du village. Le forgeron a une place très importante dans la société touareg car c’est lui qui fabrique les instruments de cuisine, qui usine toutes les pièces métalliques dont on peut avoir besoin et qui fabrique aussi les bijoux pour les femmes. À ce titre, il a le droit de visiter toutes les familles avec qui il commerce, et même en cas de guerre, il est de ceux dont la vie est préservée. C’est dire son importance et le jeune garçon le sait bien. Ainsi donc notre forgeron se voit confier la mission de transmettre un message d’amour. Comment faire ? Comment dire son amour en toute discrétion ? L’idée vint au jeune amoureux de lui faire fabriquer un bijou portant le message « Amour ». Amour se dit T(a)R(a) en tamajeq, la langue des Touaregs. En alphabet tifinagh, cela s’écrit ou plutôt se représente par les signes accolés « + » et « O ». C’est de la superposition de ces deux signes qu’est née la forme si particulière de la croix d’Agadez, cette croix surmontée d’un rond et dont la richesses et la finesse des motifs qui la recouvrent est là tant pour témoigner de l’intensité du sentiment que pour maquiller un message trop explicite.
Le jeune garçon confia donc au forgeron la mission de fabriquer cette croix et de transmettre ce message d’amour à sa bien-aimée dans la plus grande discrétion. Ce dernier trouva un prétexte pour aller dans la demeure de la dulcinée et lui glissa discrètement le bijou dans la main. La légende était née, la croix d’Agadez également.

En dehors de la légende, la symbolique de la croix d’Agadez n’est pas très loquace et son origine semble ignorer toute référence religieuse.
Henri Duveyrier dans son ouvrage Les Touaregs du Nord datant de 1864 décrit le touareg ainsi : « Berbère de race blanche peu islamisée, guerrier farouche avec son bouclier de peau d’antilope qui a macéré dans du lait aigre, appartenant à une société féodale basée sur le matriarcat, dont le nomadisme est assimilé à la liberté, la sagesse et la simplicité, c’est un "seigneur du désert" mystérieux par sa tenue, son voile ». Une description qui suggère plutôt un fond animiste sub-saharien.
L’interrogation des autochtones qui la portent aujourd’hui n’apporte guère plus d’éclaircissements. Certains d’entre eux lui attribuent une fonction de grigri ou de « réserve de richesse ». Les ethnologues Germaine Dieterlen et Ziedonis Ligers dans un article intitulé « Contribution à l’étude des bijoux touareg. » [2]rapportent des situations où le père aurait donné le bijou à son fils en âge de virilité, de mariage et de nomadisme, en lui disant : « Mon fils, je te donne les quatre directions du monde, car on ne sait où tu iras mourir. »

Pour aller plus loin ...
V. Beltrami, Croix d’Agadez, Éditions Peeters, 1er septembre 1994

[1Ces type de croix sont généralement appelées tanaghilt (tanaɣilt) une sorte de croix, ou tasagalt, qui signifie « coulée dans un moule ». Les bijoux en pierre tendre et ceux découpés dans des plaquettes de cuivre, d’aluminium ou d’autre métal sont le plus souvent connus sous le nom de talhakim, terme utilisé pour les bijoux s’apparentant à une forme de plaque ou de bouclier. Il existe aussi une autre dénomination en tamashek pour désigner les pendentifs en général, c’est zakkat.

[2Journal de la Société des Africanistes, vol. 42, no 1,‎ 1972, p. 29–53

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