«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

Cet article est en consultation libre

  • Publié le 29 juin 2020
  • Mise à jour: 2 juillet 2020

Cérémonies et manifestations cultuelles sur la voie publique

Il n’existe pas de réglementation spécifique aux manifestations religieuses dans l’espace public où rien ne s’oppose aux processions, prières de rue et autres commémorations religieuses, à la condition que leur déclaration préalable ait été faite et que l’ordre public ne soit pas troublé. Quant au maire, lorsque qu’il use de ses pouvoirs de police pour les autoriser, il doit tenir compte des libertés de religion, de réunion et de manifester.

L’article 27 de la loi du 9 décembre 1905 prévoit que : « Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d’un culte, sont réglées en conformité de l’article L2212-2 du code général des collectivités territoriales. ». Un article L2212-2 du Code général des collectivités territoriales (CGCT) qui rappelle les différents pouvoirs de police dévolus au maire qui doit assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publique.
Ainsi, conformément au régime général réglementant les manifestations sur la voie publique, les manifestations religieuses sont en principe soumises à déclaration préalable. En sont dispensées les manifestations extérieures du culte conforme aux traditions et aux usages locaux [1]. Pour qu’un refus soit opposé aux manifestations religieuses [2], il faut que :

  • l’ordre public soit menacé [3] ;
  • les limitations à la liberté de réunion et de manifestation soient proportionnées aux risques d’atteinte à l’ordre public.
  • le refus soit justifié par l’impossibilité d’encadrer par des mesures préventives les risques de débordement ;

Il est évidemment possible pour le maire d’imposer un itinéraire ou un espace à ces manifestations religieuses pour des raisons de sécurité ou de bon déroulement de la circulation (Conseil d’État, 21 janvier 1966, Sieur Legastebois, recueil p. 806).

Neutralité de la collectivité

Concernant l’organisation d’une célébration sur la voie publique d’un « saint patron » d’une profession de la fonction publique, comme Saint Matthieu pour les agents des Douanes ou bien encore Sainte Geneviève pour les Gendarmes, celle-ci doit être le fait d’une association privée et non d’une autorité publique. Les fonctionnaires ne peuvent pas être invités par une autorité publique pour y participer. Dans le cas où une telle célébration se tiendrait sur le temps de travail de certains d’entre eux, ces derniers, soumis au principe de neutralité, ne sauraient marquer une adhésion au culte concerné. Par ailleurs, une administration publique ne peut organiser de « bénédiction » religieuse d’un emblème de la République. Un tel acte serait contraire au principe de neutralité de l’administration publique découlant du principe de séparation entre les Églises et l’État.

Toutefois, rien n’empêche une mairie, de mettre à disposition une salle comme c’est le cas, chaque fin de mois de juin, à Morlaix pour la distribution des costumes aux participants au défilé et à la procession de l’édition annuelle du très attendu Pardon de Saint-Jean (illustration ci-dessus).

Les célébrations religieuses et prières de rue

Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), novembre 2017, les musulmans prient dans la rue pendant huit mois, pour protester contre la fermeture de la salle de la rue d’Estienne d’Orves. Le 10 novembre, à l’appel de Rémi Muzeau, le maire de l’époque, une centaine d’élus manifeste en écharpe pour protester contre les prières de rue hebdomadaires. Le 15, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb décide d’interdire les prières de rue pour « trouble à l’ordre public » et le 16 novembre 2017, lors de la réunion de médiation en marie de Clichy avec les associations, le préfet des Hauts-de-Seine leur notifie l’interdiction des prières de rue.

Aujourd’hui, même s’il existe encore des prières de rue, le phénomène est devenu très minoritaire grâce à la construction de nouvelles mosquées, aujourd’hui plus de 2500 en France.
Cependant, il faut préciser qu’il n’existe aucune législation spécifique à la prière de rue. La Déclaration des droits de l’homme de 1789 rappelle que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public ». Au nom de la liberté de conscience, les croyants peuvent donc célébrer leur culte dans la rue sauf si le rassemblement occasionne l’obstruction non autorisée d’une voie de passage ou risque de provoquer des affrontements. Ce qui fut craint à Clichy. En revanche toute manifestation à caractère religieux sur la voie publique doit généralement être soumises à déclaration préalable en mairie ou en préfecture. Il en va ainsi des cérémonies et processions religieuses chrétiennes qui se tiendraient dans la rue (pas sur les parvis des églises, car ils sont souvent du domaine de la paroisse, l’affectataire). Pour ce qui concerne les mosquées et salles de prières qui manquent de place, peu le font. Mais pour autant, dans bien des cas cela ne rend pas le rassemblement illégal en lui-même. Le trouble doit être « caractérisé » pour déclencher un usage de la force publique. En revanche, le seul appel à la prière toléré en France dans l’espace public est celui des cloches qui est réglementé par l’article 27 de la loi de 1905.
Concernant les mosquées, en avril 2020, en réponse à Marine Le Pen qui accusait des mosquées de profiter du confinement pour faire retentir leur appel à la prière, le ministre de l’Intérieur avait écrit dans une lettre que l’AFP avait pu consulter que : « Les appels à la prière n’appartiennent ni à nos usages, ni à notre tradition », ajoutant, « À cet égard, les restrictions aux libertés, notamment de culte, ne sauraient en aucun cas justifier que l’on s’écarte de ces usages ». Ainsi l’appel à la prière musulman, al adhan, n’est pas chanté par le muezzin, mais, comme cela se pratique dans les pays d’Afrique, envoyé par sms dans le meilleur des cas.

Illustration de couverture : La procession de la Sanch : Cette procession célèbre le vendredi saint. La confrérie de la Sanch a été créée à Perpignan le 11 octobre 1416 par le dominicain Vincent Ferrier. Chaque année, des centaines de pénitents coiffés de leur « caparutxa » noire défilent dans les rues de la vieille ville de Perpignan. C’est le temps fort de cette Semaine Sainte. La procession de la Sanch représente pour les catholiques catalans la fête religieuse la plus importante de l’année. Elle symbolise le chemin de croix du Christ en ce vendredi saint, jour de sa crucifixion. Ici, en tête du cortège, le Regidor, tout de rouge vêtu donne le rythme de la marche avec sa cloche de fer. Les pénitents ne sont pas que des hommes. Dans la procession, les femmes sont coiffées de la mantille, un léger voile noir.

[1Conseil d’État, 9 mars 1929, Abbé Pléneau recueil p. 285 ; Conseil d’État 13 janvier 1932, Dumont, recueil p. 36.

[2Conseil d’État, 31 janvier 1934, Sieur Renaux, recueil p. 45

[3Le maire ne peut interdire une manifestation religieuse traditionnelle (CE 19 février 1909, Abbé Olivier), sauf en cas de risque sérieux d’atteinte à l’ordre public.

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