«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

Cet article est en consultation libre

  • Publié le 18 mars 2020
  • Mise à jour: 20 mars 2020

Confinement : ne pas succomber à l’« acédie »

L’acédie est un terme rare tiré du grec et employé dans le domaine moral, religieux et psychologique pour signifier un manque de soin. Au IVe siècle, le christianisme et les Pères du désert ont utilisé ce terme pour désigner le manque de soin pour sa vie spirituelle. Aujourd’hui, plus particulièrement en ce moment de crise mondiale sanitaire, nos sociétés marquées par l’instabilité et la perte de sens, font rejaillir la désespérance tant individuelle que collective, ce que la tradition du confinement monastique appelait l’acédie… nos modernes dépressions.

« Acédie » est l’équivalent français du mot grec « akèdia » qui signifiait chez les philosophes grecs, un manque de soins pour les morts, du fait de ne pas enterrer les défunts, attitude qui apparaissait totalement inhumaine. Au IVe siècle, le christianisme et les Pères du désert ont réutilisé ce terme en une sorte de néologisme pour désigner le manque de soin pour sa vie spirituelle. Le premier à en parler est Évagre le Pontique, l’un de ces Pères du désert, qui va synthétiser et mettre en forme toute la tradition du désert, initiée par saint Antoine, le Père des moines. Évagre développe sa doctrine à partir du récit biblique de l’Exode, qui symbolise notre itinéraire spirituel : de même que le peuple d’Israël, avant d’entrer en Terre promise, a dû affronter sept nations ennemies (selon Deutéronome 7,1), sans parler de l’Égypte qu’il avait fuie, de même le moine doit affronter dans sa vie spirituelle, huit mauvaises pensées. Parmi ces huit mauvaises pensées identifiées, l’acédie, le « démon de midi », est décrite comme particulièrement dangereuse, car elle se trouve à la frontière entre le charnel et le spirituel.
L’acédie va donc toucher deux dimensions essentielles de sa condition d’être incarné : la dimension spatiale et la dimension temporelle. Pour ce qui est de la dimension spatiale, l’acédie provoque chez le moine le sentiment d’étouffer dans sa petite cellule et l’envie de partir ailleurs ; pour ce qui est de la dimension temporelle, elle donne au moine le sentiment que la journée ne finira jamais et qu’il doit partir faire autre chose. Le côté tout à fait redoutable de ce « démon de midi », c’est qu’on ne l’attend pas et qu’il nous surprend.
Une seule solution la patience : la patience vient à bout de toutes les difficultés.
Mais attention l’acédie peut prendre la forme de la paresse et de l’oisiveté, comme cela est décrit dans la parabole du "bon grain et de l’ivraie" de l’Évangile selon Matthieu, et titre de l’oeuvre d’Abraham Bloemaert (1624) qui illustre cet article.

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