«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

Cet article est en consultation libre

  • Publié le 19 mars 2020
  • Mise à jour: 16 mai 2020

Le zuisme : histoire d’une religion « consumérienne »

Jamais sans doute dans l’histoire moderne une religion antique ne connut une telle flambée du nombre de ses adeptes. En janvier 2015, 3 Islandais se réclamaient du zuisme, un culte sumérien vieux de 3000 ans. Onze mois plus tard, leur nombre avait été multiplié par un peu plus de 1000 pour atteindre 3500 « zuistes », soit environ 1% de la population de l’île. La raison de cette explosion ? La sóknargjöld, une taxe religieuse dont doivent obligatoirement s’acquitter les Islandais qu’ils étaient 55 % à désapprouver.

En Islande, l’article 62 de la constitution islandaise reconnaît l’Eglise luthérienne Evangéliste comme religion d’Etat, et pour laquelle trois quarts des habitants paient leur taxe. La Constitution prévoit cependant la liberté de culte, et les Islandais peuvent s’acquitter de la sóknargjöld au bénéfice de la religion de leur choix. Malheureusement pour eux, les athées ou les agnostiques, doivent aussi débourser un peu moins de 80 euros par an au titre de cet impôt. Des citoyens ont donc réagi en embrassant la religion « zuiste », reconnue en 2014, afin de percevoir la taxe et la redistribuer équitablement entre les « fidèles ». Une façon de contester par l’absurde l’obligation de payer la sóknargjöld et l’obligation de déclarer sa religion, ou son athéisme. Les nouveaux convertis avaient d’ailleurs annoncé que leur religion ne survivrait pas à l’abrogation de cette taxe jugée archaïque, si elle était décidée.
C’est ainsi qu’en 2015, 1% des Islandais (environ 3500 personnes ) se « convertirent » par un clic sur le site des impôts islandais à cette religion néo-antique contestant et contournant de cette manière l’impôt religieux.
Cela était d’autant plus facile que du point de vue de la théologie des pratiques et de son organisation, le zuisme n’était pas vraiment contraignant : aucun précepte, dogme ou liturgie, autre qu’un contact direct avec Zu, une divinité sumérienne représentée sous la forme d’un aigle léontocéphale (à tête de lion).

Deux millions et demi de couronnes collectés et deux chefs pour se les disputer

Ce fut bien là le problème de cette nouvelle religion. Les « zuistes » n’avaient pas de direction stable quand la collecte porta ses fruits. Ágúst Arnar Ágústsson, à l’initiative de ce mouvement religieux qui ne comptait que 3 membres en fin 2014, avait alors convenu avec l’État de le fermer. Mais début 2015, un nouveau groupe « zuiste », dirigé par Isaac Andri Olafsson, s’inscrit sur le registre des religions en déclarant être le chef de file légitime du zuisme finlandais.
Voyant dans les premiers mois de l’année 2015 affluer plus de 3000 membres dans l’organisation, soit environ 2,5 millions de couronnes norvégiennes d’aide annuelle d’État, Ágúst Arnar Ágústsson a alors tenté de faire valoir ses prérogatives de fondateur pour diriger le mouvement, ouvrant un conflit entre les deux groupes. L’affaire fut portée devant les tribunaux. Dans un jugement du 15 janvier 2017, concluant qu’aucun des deux protagonistes n’était le dirigeant légitime de l’organisation, laissant ainsi le mouvement sans leader, la Cour de Reykjavik affirma également que le zuisme n’était pas une religion réelle et sérieuse et qu’il devrait donc être retiré de la liste des religions éligibles approuvées.
Le mouvement fut dissous par le gouvernement islandais en mars 2017 et aucun des membres du zuisme ne vit le retour promis au titre de l’aide d’État, des couronnes islandaises versées lors de son inscription.
Conclusion de l’histoire : pas de « vraie religion », mais de « vrais politiques ».

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