«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

Cet article est en consultation libre

  • Publié le 11 juin 2020
  • Mise à jour: 12 juin 2020

Bible : le geste barrière de Donald Trump

L’image de Donald Trump brandissant face caméra devant l’église épiscopalienne St. John, à Washington, une Bible, a eu de quoi choquer, indigner et interroger. Choquer par la futilité du geste face à la flambée des manifestations américaines contre le racisme et les violences racistes policières, spécialement celle dispersée manu militari devant la maison Blanche. Indigner aussi certains par son incongruité profanatrice de croyances religieuses à des fins narcissiques. Et enfin, interroger, surtout nous français, sur le rapport entre religion et pouvoir politique et notamment celui existant au sein de la première puissance mondiale. Car si nos deux pays, États-Unis comme la France, garantissent la liberté religieuse dans leur Constitution, ce geste démontre bien que son expression prend un sens très différent dans chacun des deux.

La fondation des Etats-Unis a été le fait d’individus qui voyaient leurs principes sur les questions de conscience entravés par une Église officielle soutenue par le pouvoir (l’Église anglicane). Ils rêvaient donc d’une nation qui permettrait à toutes les confessions de s’épanouir, sans qu’aucune ne fût privilégiée. Ainsi aux Etats-Unis, la séparation entre religion et pouvoir a d’emblée été comprise comme un « mur de séparation entre l’Église et l’État », un mur destiné avant tout à protéger les religions de l’ingérence de l’autorité publique.

À première vue le geste de Donal Trump en offre un brutal démenti ; sa dimension politique n’est pas difficile à déceler : l’élection présidentielle du 3 novembre prochain approche à grands pas. Or, les évangéliques américains, mais aussi une partie des protestants et des catholiques conservateurs, constituent une base électorale puissante pour Donald Trump. En 2016, 81% des évangéliques et 52% des catholiques avaient voté pour lui.
Par ailleurs, dans le fait de brandir une Bible dans une sorte de geste barrière contre l’ire populaire, il légitime son désir de recours à la force comme « volonté divine ». Assimilant les émeutes à une opposition à la volonté divine et utilisant la Bible sur laquelle il a prêté serment lors de son investiture comme emblème de son pouvoir et du respect de ses engagements envers la constitution de son pays, Donald Trump se pose en défenseur des libertés religieuses. Bon il est vrai qu’il s’agit surtout de celle des Évangéliques qui souhaitent que la loi américaine soit inspirée par la Parole de Dieu et que la Bible en soit la source.
Pourtant, au final, l’esprit de la constitution américaine ne se trouve pas dénaturé par ce geste. Dans celui-ci, c’est la religion laisse une place à l’autorité publique. Elle la légitime. Sauf qu’avec Donald Trump, c’est pour le pire. C’est l’Amérique dans tous ses paradoxes. Une Amérique que Barack Obama avait su préserver des contradictions de cette séparation constitutionnelle entre sphère publique et religieuse.

Mais revenons en France. À l’inverse, notre loi de 1905 instaure entre les Églises et l’État une séparation qui a clairement pour intention de protéger ce dernier de toute ingérence des institutions ou des communautés religieuses. Si cette séparation à la française aboutit en théorie à considérer toutes les religions à égalité, elle les rend également toutes suspectes. Elle peut ainsi conduire à refuser que les valeurs d’un citoyen, lorsqu’elles sont le produit des idées et principes d’une tradition religieuse donnée, puissent avoir un rôle légitime à jouer dans le débat ou les affaires publiques. Nous sommes ici au cœur du sempiternel débat français de l’interprétation sociale et sociétale de la laïcité. Un débat jamais tranché et qui ne le sera sans doute jamais car il a comme arrière-plan la liberté, la liberté de conscience.
Ainsi quand pour certains, la laïcité est l’aboutissement d’une longue histoire de connivence entre l’État et l’Église catholique romaine, pour d’autres, elle est un combat et il se poursuit. Entre les deux camps, il y a le poids sociétal et économique de l’Église catholique française d’aujourd’hui qui ne cesse d’augmenter. Même si la Conférence des Évêques de France cherche près de 50 million d’euros pour combler le manque à gagner causé par les deux mois de confinement de la crise du Covid-19, craignant d’ici la fin de l’année que deux tiers des diocèses soient dans des situations critiques, en France l’Église catholique ne cesse, par ses prises de parole, ses actions et ses initiatives en direction du corps social, de manifester un dynamisme grandissant et décomplexé et à peser dans le débat public et sur les décisions de l’État comme dans le cas de la reprise des cultes.
C’est certain, Emmanuel Macron n’aura pas besoin de brandir une Bible, Dieu merci, mais il pourrait essayer avec le Coran, cela ferait sans aucun doute avancer la cause, toujours en panne, de l’organisation de l’Islam de France et aussi celle de la laïcité !

Opinion
Nos micro-trottoirs

«Quels signes ostensibles ?»

Découvrir

Tout savoir sur Croyances et Villes.

Découvrir


Une publication EXEGESE SAS, 14 rue du Cloître Notre-Dame 75004 Paris.