«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

Regards croisés sur l’antisémitisme en France

Deux sondages récents font un état alarmant de l’antisémitisme en France. D’un côté l’Ifop nous convie à découvrir le regard critique des Israéliens sur l’action du gouvernement français dans le conflit israélo-palestinien et dans la lutte contre l’antisémitisme en France et de l’autre, l’American Jewish Committe (AJC) et la Fondation pour l’innovation politique, nous apprennent que 70% des juifs de France disent avoir été victimes d’un acte antisémite. Explications.

À l’occasion de la visite officielle d’Emmanuel Macron en Israël, l’Ifop a réalisé pour i24News et ELNET une enquête auprès d’un échantillon national représentatif de 1 000 Israéliens âgés de 15 ans et plus respectant toutes les dimensions sociales, religieuses, ethniques et politiques de la société israélienne. Portant sur le rapport des Israéliens à la France, sa position dans le conflit israélo-palestinien mais aussi sur l’antisémitisme en France, cette étude donne pour la première fois une idée précise de la vision qu’ont les Israéliens de la situation sécuritaire des Juifs de France et des raisons pour lesquels ils souhaitent majoritairement qu’ils fassent leur aliyah [1]. Elle montre aussi que les Israéliens sont plutôt circonspects sur la position de la France à l’égard de leur pays et sur un renforcement de son rôle diplomatique dans le conflit israélo-palestinien.

60 % des israéliens sceptiques pour la sécurité des juifs de France

Dans le contexte marqué depuis une demi-douzaine d’années par la multiplication des actes terroristes et criminels à caractère antisémite envers les Français juifs (tuerie à l’école juive Ozar Hatorah en 2012, Hyper Cacher en 2015, meurtre de Sarah Halimi en 2017...), les Israéliens se montrent majoritairement inquiets quant à la situation des juifs en France : 60% d’entre eux estiment que les Français de religion ou de culture juive ne sont pas en sécurité dans l’hexagone.

Ce sentiment selon le sondage de l’Ifop est particulièrement élevé chez les Israéliens de nationalité ou d’ascendance française (73%) mais aussi parmi les générations les plus âgées (69% des Israéliens âgés de 65 ans et plus partagent cette inquiétude). Les divisions de la société israélienne viennent se poser sur ce point et soulignent que les citoyens arabes sont bien plus sereins sur la situation des juifs en France : seuls 32% les jugent en insécurité.

66% des israéliens jugent inefficace la lutte des autorités française contre l’antisémitisme quand 70% des juifs de France disent avoir été victimes d’un acte antisémite

Ce pessimiste des israéliens sur la sécurité des juifs en France se renforce d’une forte défiance dans la capacité du gouvernement français à lutter contre l’antisémitisme : les deux tiers des Israéliens interrogés (66%) estimant inefficace l’action des autorités françaises en matière de lutte contre l’antisémitisme. Sur ce plan, ils rejoignent l’opinion des Français qui sont à peu près autant (60% en février 2019) à juger également cette action inefficace.

Sans doute plus au fait de l’évolution de la situation des juifs en France, les Israéliens de nationalité ou d’ascendance française sont là aussi plus nombreux que la moyenne (74%) à trouver inefficace l’action du gouvernement français en matière d’antisémitisme.

Et les faits ne leur donnent pas tort : en février dernier, Christophe Castaner avouait lui-même une forte hausse des actes antisémites : +74% entre 2017 et 2018 et la radiographie de l’antisémitisme en 2019 réalisée par l’AJC Paris et l’Ifop montre que 64% des français de confession juive indiquent avoir subi au moins une fois une agression verbale antisémite, 22% estiment avoir subi une menace d’agression du fait de leur appartenance à la communauté juive et 23% indiquent avoir été victime d’au moins un acte de violence physique.

Fait notable, parmi les personnes interrogées par Fondapol et l’AJC, ce sont les jeunes qui se disent plus victimes d’actes antisémites que le reste de la population de confession ou de culture juive. Ainsi, par exemple, 84% des 18-24 ans disent avoir subi au moins un acte antisémite contre 70% pour l’ensemble des personnes interrogées. L’enquête s’est également intéressée à la perception de l’antisémitisme par l’ensemble des Français. Ainsi, 22% des Français indiquent avoir déjà entendu une personne de leur entourage dire du mal des juifs. Il s’agit d’une proportion stable par rapport à 2016 et 2014, indique l’étude qui ne communique pas sur les personnes à l’origine de ces actes. Les Israéliens en ont eux une idée très précise comme l’indique le sondage de l’Ifop.

Des actes antisémites attribués majoritairement aux personnes de culture ou de religion musulmane et l’appel à une « aliyah » massive des Français de confession juive

Le sondage Ifop révèle en effet que les israéliens ont une vision bien tranchée du profil des auteurs de ces agressions. En effet, aux yeux des Israéliens, la responsabilité de ces actes antisémites relève plus des personnes de culture ou de religion musulmane (77%) que des Français aux idées d’extrême-droite (61%) ou d’extrême-gauche (45%) : les Français de culture chrétienne n’étant coupables que pour une très faible minorité de l’opinion israélienne (22%).

A noter toutefois que si pour les Israéliens juifs, les responsables sont avant tout des musulmans (92%), les Israéliens arabes ont, eux, une grille d’analyse bien différente : pour eux, les agressions de la part de personnes de religion musulmane s’effacent (15%) pour laisser place aux agresseurs d’extrême-droite (50%).

Mais sur cette question les opinions divergent sensiblement aussi selon le lien que les répondants ont avec la France, les Israéliens ayant fait leur aliyah ou les descendants d’Olim sont 71% à juger que les agresseurs des juifs en France sont principalement des personnes de culture ou de religion musulmane, contre 58% parmi ceux n’ayant aucun lien avec la France.

Aussi, depuis que Benjamin Netanyahou a appelé les juifs de France à immigrer en Israël (2015), l’opinion israélienne ne masque pas son soutien à une aliyah massive des Français de confession juive : 52% des Israéliens interrogés souhaitent qu’ils viennent s’installer en Israël, contre à peine 14% qui préfèrent qu’ils restent en France et un tiers (34%) qui ne se prononcent pas. Sur ce point, l’opinion israélienne s’oppose donc frontalement à l’opinion française qui, au contraire, manifeste son souhait de voir les juifs de France demeurer en France (à 57%).

À Jérusalem Emmanuel Macron fera face à une opinion publique majoritairement circonspecte sur la position de la France dans le conflit israélo-palestinien

Le voyage officiel d’Emmanuel Macron en Israël le 23 Janvier prochain dans le cadre du 5e Forum sur la Shoah organisé en coopération avec Yad Vashem, devrait lui permettre d’améliorer sa notoriété encore faible dans l’opinion publique locale. Dans le sondage Ifop, un Israélien sur deux (49%) déclare ne pas le connaître assez bien pour évaluer leur opinion à son égard. Parmi ceux qui connaissent le président de la République, les personnes interrogées déclarant avoir une bonne opinion de lui sont le double de ceux en ayant une mauvaise opinion : 36% contre seulement 15%.

Quant au gouvernement français, auprès des Israéliens, il fait figure d’un des gouvernements d’Europe les moins favorables à Israël. Sur ce plan, 28% des personnes interrogées identifient la France comme « plutôt favorable à Israël » contre 50% pour l’Allemagne et le Royaume-Uni, et même 32% pour la Hongrie. Cela tient sans doute au fait que dans le cadre du conflit israélo-palestinien, un tiers des Israéliens (33%) identifient le positionnement du gouvernement français comme étant plutôt du côté des Palestiniens, contre seulement 12% « plutôt du côté d’Israël » et 20% qu’il est plutôt neutre. C’est sans doute sur la base de ce jugement que seuls 22% des Israéliens souhaitent que le gouvernement français joue à l’avenir un rôle plus important dans les négociations pour une résolution de ce conflit entre Israël et la Palestine.

Donc, sans surprise, plus d’un Israélien sur deux (54%) - et jusqu’aux deux tiers des Israéliens juifs (63%) - souhaitent que le gouvernement français soutienne plutôt Israël contre seulement 5% qu’il soutienne plutôt les Palestiniens (18% parmi les Israéliens arabes) et 23% qu’il demeure neutre entre les deux parties. Sur ce point, l’opinion israélienne apparaît là aussi en porte-à-faux avec l’opinion française qui, à l’inverse, souhaite majoritairement (à 54%) que son gouvernement adopte une position totalement équilibrée entre les deux camps.

[1Mot hébreu (עֲלִיָּה ou עלייה, pluriel alyoth) signifiant littéralement « ascension » ou « élévation spirituelle ». Ce terme désigne l’acte d’immigration en Terre d’Israël (Eretz Israël, en hébreu) par un Juif. Les immigrants juifs sont appelés olim.

Opinion
Nos micro-trottoirs

«Quels signes ostensibles ?»

Découvrir

Tout savoir sur Croyances et Villes.

Découvrir


Une publication EXEGESE SAS, 14 rue du Cloître Notre-Dame 75004 Paris.