«La République c’est le droit de tout homme, quelque soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de la souveraineté. »Jean Jaurès

 

Cet article est en consultation libre

  • Publié le 21 septembre 2020
  • Mise à jour: 25 septembre 2020

Science et religion

« La science et la religion sont deux faces de la vie sociale, dont la deuxième a eu de l’importance aussi loin que nous puissions remonter dans l’histoire de l’esprit humain, tandis que la première, après une existence intermittente et vacillante chez les Grecs et les Arabes, a pris subitement de l’importance au XVIe siècle, et a depuis lors façonné toujours davantage les idées et les institutions parmi lesquelles nous vivons. Entre la science et la religion a eu lieu un conflit prolongé, dont, jusqu’à ces dernières années, la science est invariablement sortie victorieuse. Mais l’avènement, en Russie et en Allemagne, de nouvelles religions, munies de nouveaux moyens d’activité missionnaire fournis par la science, a remis en question le résultat, comme au début de l’ère scientifique, et a rendu de l’intérêt à l’examen du terrain et de l’historique de la guerre menée par la religion traditionnelle contre la connaissance scientifique. » Bertrand Russell.
Pour Bertrand Russell, la science et la religion ne sont pas deux magistères séparés ; la religion empiète inévitablement sur les plate-bandes de la science dans ses prétentions à la vérité. Mais la science est toujours sortie victorieuse de ces conflits avec la religion, fait-il valoir, et ce, pour le plus grand bien de l’humanité.

Dans le premier chapitre de son ouvrage, il avance notamment les exemples du procès contre Galilée et le rejet de la théorie de l’évolution, deux conflits majeurs dans la recherche de la « vérité » et qui sont toujours d’actualité. Lorsque Stephen Hawking, par exemple, déclarait qu’« il n’est nul besoin d’invoquer Dieu pour qu’il allume la mèche et fasse naître l’Univers », le pape François récupérait et déformait grossièrement les théories de la physique quantique en soutenant que le big bang « ne contredit pas l’intervention divine de Dieu mais la requiert ».
Publié en 1935, Science et religion traite d’un vieux débat ou d’une vieille querelle qui occupe toujours notre actualité. Son diagnostic peut être appliqué au retour du religieux : le fait que la science invalide les croyances théologiques peut susciter angoisse et crainte chez le mortel. Pour éviter la dissonance cognitive qui en résulte, l’esprit du croyant réagit en se réfugiant dans le relativisme, où science et croyance ont la même valeur. L’intérêt de cet ouvrage s’en trouve d’autant rehaussé.

L’auteur  : Bertrand Russell (1872-1970) ? est un philosophe, mathématicien, scientifique, homme politique, romancier et libre-penseur britannique. Il est considéré comme l’un des plus brillants intellectuels du XXe siècle. Il est surtout connu pour son célèbre argument de « la théière » par lequel il réfute les arguments en faveur de l’existence de Dieu [1]. Russell se déclarait philosophiquement agnostique — parce que la science ne peut ni prouver ni réfuter certaines croyances religieuses — mais athée en pratique, parce qu’on ne peut croire qu’en ce qui est démontré par la science.

Bertrand Russel, Science et religion (traduction Philippe Roger Mantoux), Folio Essai, août 2019. Prix : 6, 90 €

[1L’argument de la théière : « Si je suggérais qu’entre la Terre et Mars se trouve une théière de porcelaine en orbite elliptique autour du Soleil, personne ne serait capable de prouver le contraire pour peu que j’aie pris la précaution de préciser que la théière est trop petite pour être détectée par nos plus puissants télescopes. Mais si j’affirmais que, comme ma proposition ne peut être réfutée, il n’est pas tolérable pour la raison humaine d’en douter, on me considérerait aussitôt comme un illuminé. Cependant, si l’existence de cette théière était décrite dans des livres anciens, enseignée comme une vérité sacrée tous les dimanches et inculquée aux enfants à l’école, alors toute hésitation à croire en son existence deviendrait un signe d’excentricité et vaudrait au sceptique les soins d’un psychiatre à une époque éclairée, ou de l’Inquisiteur en des temps plus anciens. » - Is there a God ?, 1952

Evénement
De nouveaux « États généraux de la laïcité »

La ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa a annoncé hier, dans une interview parue dans le Journal du Dimanche, l’organisation d’« États généraux de la laïcité ». Ils donneront notamment lieu à une « grande consultation » auprès des jeunes avec la participation des associations, des syndicats et de religieux.

Informations
Opinion
Nos micro-trottoirs

«Quels signes ostensibles ?»

Découvrir

Tout savoir sur Croyances et Villes.

Découvrir


Une publication EXEGESE SAS, 14 rue du Cloître Notre-Dame 75004 Paris.