«La République c’est le droit de tout homme, quelque soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de la souveraineté. »Jean Jaurès

 

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  • Publié le 29 août 2019
  • Mise à jour: 26 janvier 2021

Jeux olympiques, religion et droits des femmes

Le 6 août dernier, le parlement italien a adopté une loi-cadre qui autorise le gouvernement à réformer l’organisation du sport au niveau olympique. Dans le même temps, une lettre du CIO adressée au Comité national olympique italien (CONI) met en garde ce dernier et exprime « ses graves inquiétudes » face à ce texte qui, s’il était adopté, « affecterait clairement l’autonomie du CONI » ajoutant qu’« appartenir au mouvement olympique exige d’être en conformité avec la charte olympique ». La menace est claire : dans le cas où les décrets d’application de cette loi seraient pris, l’Italie serait exclue des JO de Tokyo de 2020. Ce récent épisode italien semble démontrer après ceux de l’Inde, de Panama, d’Irak et du Koweit, que le CIO affiche bien plus volontiers son intransigeance à propos du respect du chapitre 4 de la Charte Olympique (qui définit les Comités Nationaux Olympiques et leur fonctionnement technique et financier) que vis à vis du Chapitre 1 définissant le Mouvement olympique et ses valeurs de non-discrimination, d’égalité entre les hommes et les femmes.
Nous avons interrogé Annie Sugier présidente de la Ligue du droit international des femmes (LDIF) sur ces enjeux importants pour l’organisation française des JO de Paris en 2024.

Que préconise la LDIF comme solution, attitude, pour les prochains jeux de Tokyo et de 2024 à Paris.

Nous exigeons un strict respect des «  principes éthiques fondamentaux universels » tels qu’inscrits dans la Charte Olympique. Notamment le principe de non-discrimination y compris de sexe (principe n°6) et de neutralité (« aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique », la règle 50).
Ce qui caractérise le sport moderne c’est son organisation hiérarchisée avec au sommet de la pyramide, le CIO et les Fédérations Internationales, et l’obligation de respecter les mêmes règles – éthiques et techniques - qui ne varient pas d’un pays à l’autre. La Charte Olympique stipule que : « l’appartenance au Mouvement Olympique exige le respect de la Charte Olympique et la reconnaissance par le CIO » ( principe n°7). Autre élément clé de la Charte le serment olympique : « je m’engage à (...) demeurer étranger à toute influence politique (...) comme à toute considération de race ou de religion (...) ». On ne peut être plus clair !
Rappelons que le Comité National Olympique d’Afrique du Sud avait été exclu pendant 30 ans pour cause d’apartheid racial. Or, comme nous l’avons écrit dans une lettre ouverte au président du COJOP Paris 2024 (Comité d’Organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques) : « deux pays, l’Iran et l’Arabie Saoudite, soumettent la participation des femmes aux compétitions internationales à des considérations extra-sportives en totale contradiction avec les termes et l’esprit de la Charte Olympique : seules les disciplines jugées « coraniques » leur sont autorisées, mais à la double condition qu’elles soient couvertes de la tête aux pieds et qu’elles ne participent qu’à des épreuves non-mixtes. Ces oukases archaïques sont l’expression publique et humiliante de l’apartheid sexuel imposé par des régimes politiques à leur population, tout comme l’avait été l’apartheid racial en Afrique du Sud. Rien ne justifie que le CIO tolère ces graves infractions aux principes essentiels de l’Olympisme  ». 
Certes, seul le CIO peut sanctionner ces pays. Mais le COJOP se doit de prendre position comme l’avait fait en le CNO de Norvège en 1958 (cf fiche jointe) lorsqu’il avait écrit une lettre ouverte au président du CIO pour demander l’exclusion de l’Afrique du Sud pour cause d’apartheid racial. Tel est le sens de la lettre que nous avons adressée le 23 juin à Tony Estanguet et qui est soutenue par plus de 380 personnalités et plus de 100 ONG.

Mais les femmes de ces deux pays, ne sont-elles pas finalement doublement victimes, contraintes dans leur pays et possiblement interdites de compétition dans le nôtre ?

C’est en effet un argument qui nous est souvent opposé, car, quand il s’agit des femmes, on adopte une attitude « compassionnelle » du style « sans ça elles ne pourraient pas faire de sport ! », sans voir que finalement on s’incline devant la volonté de prosélytisme des pires théocraties, et qu’on prolonge la souffrance de celles que l’on pense aider ! On permet à l’Iran et à l’Arabie Saoudite de promouvoir sur la scène internationale la plus prestigieuse, le Stade Olympique, un modèle sportif féminin ségrégationniste, à l’image des sociétés en question. 
Nous montrons dans notre livre [1] que dès le début de la décennie 90 les plus hautes autorités en Iran, ont organisé des conférences avec des représentants des différents pays islamiques, pour résoudre le problème que posait le sport moderne en ce qui concerne les femmes. Dans son discours d’introduction, Hashemi Rafsandjani, alors président de la République islamique d’Iran, déclare : « S’agissant des femmes et du sport dans les communautés islamiques, nous avons de sérieux problèmes pour lesquels nous devons trouver une solution appropriée. Le sport pour les femmes aujourd’hui est un « must » inévitable ; cependant le problème tient à la façon actuelle de pratiquer un sport dans le monde lors des compétions internationales » et d’ajouter qu’il faut éviter « la corruption qui peut résulter de la présence simultanée d’hommes et de femmes athlètes dans un seul et même lieu  ». Il s’agit bien de promouvoir l’apartheid sexuel. C’est ainsi que l’Iran d’une part organisera des Jeux séparés pour les femmes (Les jeux islamiques de la Solidarité avec la caution du CIO) d’où les médias at les hommes seront exclus, sauf lors des cérémonies d’ouverture de clôture et de remise de médailles. Autre aspect de la stratégie : faire du lobbying auprès du monde du sport pour contourner la règle 50. Résultat : la première femme voilée à entrer dans un stade sera la tireuse iranienne, Lida Fariman, voilée de la tête aux pieds, seule femme de la délégation d’Iran. Stratégie soutenue par les réseaux femmes internationaux, dirigés par des expertes universitaires anglo-saxonnes (les Françaises étaient absentes...). Le tournant sera la déclaration de 2008 à l’adresse des Fédérations Sportives Internationales (cf pièce jointe). Le point 6 est on ne peut plus clair : «  Nous exhortons les fédérations sportives internationales à manifester leur attachement à l’intégration en veillant à ce que leur code vestimentaire pour les compétitions satisfasse aux exigences musulmanes, en tenant compte des principes de convenance, de sécurité et d’intégrité  ».
En cédant face à ces diktats non seulement nous n’aidons pas les femmes qui en Iran et en Arabie Saoudite résistent au péril de leur liberté et de leur vie, mais on met en danger les athlètes musulmanes qui à l’image des pionnières du Maghreb – la Marocaine Nawal El Moutawakel médaillée d’or en 1984 à Los Angeles, l’Algérienne Hassiba Boulmerka médaillée d’or à Barcelone en 1992 et la Tunisienne Habiba Ghribi médaillée d’or à Londres en 2012 – respectaient la Charte et étaient menacées par les intégristes. Ne pas choisir c’est choisir.

Quand on parle de radicalisation islamiste dans le sport, on pense souvent immédiatement aux hommes, mais quand est-il de la radicalisation chez les sportives et de ces « réseaux internationaux femmes et sport » que vous évoquez ci-dessus ?

Là aussi on a tendance à minorer le rôle de femmes dans la radicalisation : des livres écrits récemment à ce propos montrent que certaines femmes ont sans doute joué un rôle plus important qu’on ne l’a cru dans les réseaux de recrutements. Cependant ce n’est pas sur ce plan que nous nous plaçons, mais bien sur celui des valeurs du sport et du modèle de société que ces valeurs sont censées promouvoir. Et au fond, c’est finalement aussi le problème de la radicalisation : car, si des jeunes ont rejoint l’EI c’est parce qu’ils /elles refusaient un modèle de société. Ce que nous montrons c’est que le modèle « alternatif » qui les a séduit.es un modèle fondé sur l’apartheid sexuel.
Quant aux réseaux femmes et sport, comme je l’ai précisé plus haut il s’agit d’expertes en sciences du sport qui contestent la notion d’universalisme considérée comme une vision occidentale « excluante ». Elle promeuvent une notion apparemment généreuse « l’inclusivité » qui consiste in fine - comme on l’a a vu avec la déclaration « accepter et respecter » - à accepter -pour les autres que nous - des diktats politico-religieux imposés par des régimes ségrégationnistes. Pourquoi l’accepter pour les femmes alors qu’on le dénonçait pour les Noirs ?
Notre position est la suivante : si l’on considère vraiment que la notion d’universalisme est dépassée, il faut revoir la Charte et supprimer toutes les références aux principes universels et à la neutralité. Vous noterez que ces notions n’ont jamais posé de problème tant qu’il s’est agi des hommes : vous n’avez qu’à regarder les équipes nationales de foot d’Iran et d’Arabie Saoudite qualifiées en 2018 au mondial de foot en Russie : les joueurs sont habillés comme les autres équipes : on voit leur genoux et quand ils soulèvent les bras un peu haut on voir leur nombril, or la pudeur est censée s’appliquer aussi aux hommes aussi selon le Coran. Mais là on respecte le règle sportive et non la règle religieuse...
Ce combat n’est pas secondaire : les JO sont le spectacle le plus populaire au monde (près de 4 milliards de téléspectateurs pour ceux de Londres, plus que l mondial de foot). Il s’agit de savoir si la valeur éducative du bon exemple prônée par la Charte Olympique a un sens simplement pour les hommes. 
L’analogie est évidente avec la CEDEF (Convention des Nations Unies pour l’élimination des Discriminations à l’Encontre des Femmes de 1979) le texte le plus signé mais qui fait l’objet du plus grand nombre de réserves au nom des religions et des cultures, comme si la notion d’universalité ne s’appliquait pas aux femmes.

Photo de couverture : Annie Sugier sous le portrait d’Antonio Samaranch au siège du CIO en 2004 – Crédit : Annie Sugier

[1Comment l’islamisme a perverti l’Olympisme, voir notre article

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La seconde édition du Forum des Peuples Racines se tiendra le 19 juin prochain

Organisé par l’association strasbourgeoise Ligne Verte, Terre de Paix, l’événement convie, samedi 19 juin 2021 de 14h à 19h, le grand public à rencontrer cinq peuples « premiers ». Cette deuxième édition du Forum des Peuples Racines se tient en 100% digital, en raison du contexte sanitaire.

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