«La République c’est le droit de tout homme, quelque soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de la souveraineté. »Jean Jaurès

 

Cet article est en consultation libre

  • Publié le 19 février 2021

À la Trappes...

Universités ralenties et désertées, étudiant(e)s précaires relégué(e)s à l’enseignement à distance et aux antidépresseurs, tout cela n’aura pas empêché Frédérique Vidal, de demander mardi au CNRS de mener une « étude scientifique » sur « I’islamo-gauchisme » à l’université afin de « définir ce qui relève de la recherche et du militantisme ». L’islamo-gauchisme... une pensée née il y a une trentaine d’année d’une préoccupation sur l’ostracisation sociale des populations musulmanes dans les quartiers de nos banlieues ? Non vous n’y êtes pas. Le concept serait né au sein de l’extrême-gauche du Royaume-Uni de l’idée énoncée par le militant marxiste révolutionnaire Chris Harman, que l’islam pourrait contribuer à faire émerger un mouvement révolutionnaire.

En France, le terme a été utilisé pour la première fois en 2002, suite à des manifestations pro-palestiniennes où des militants d’extrême-gauche « anti-impérialistes » ont défilé au côté d’islamistes radicaux. C’est le politologue, sociologue et historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui en inaugure l’usage dans son essai La Nouvelle Judéophobie de 2002. Son emploi s’est ensuite répandu dans le débat public notamment dans les discussions sur le port du voile en 2003. Aujourd’hui, selon Alexandre del Valle (La stratégie de l’intimidation, 2018), les tenants du concept, les « islamo-gauchistes », sont les intellectuels, journalistes, militants ou responsables politiques qui refusent de dénoncer l’islam radical sous prétexte de ne pas « stigmatiser l’islam ». Des séparatistes au sens du projet de loi « confortant le respect des principes de la République » ?

Il est vrai que le qualificatif « islamo » peut renvoyer aussi bien à l’intégrisme islamique qu’à l’ensemble de la population musulmane. De fait, dans les débats, les termes islamophobe et islamo-gauchisme vont de pair, l’un servant à répondre aux accusations formulées par l’autre camp. La nature historique, polémique et pour tout dire assez floue du concept islamo-gauchisme se prête ainsi volontiers à l’investigation et à la recherche universitaire ne faisant pas pour autant des université des lieux gangrenés par l’islamisme et des chercheurs et leurs étudiants, de dangereux intégristes universitaires...
Ce qu’il faut donc regretter de l’initiative de la ministre de l’enseignement supérieur, au delà des arrières pensées politiques, c’est qu’elle n’échappe pas à la tendance actuelle au scientisme, à cette manière de plaquer les méthodes et les buts des sciences physiques, qui cherchent à comprendre, sur les sciences sociales qui cherchent à expliquer faisant de ceux qui produisent de l’opinion, les sachants. La pandémie et ses cascades de chiffres, d’indices et de critères qui ne sont rien sans une interprétation, est le symptôme de cet imbroglio cognitif et politique qui agite, raidit, apeure et désordonne régulièrement la société française.

L’imbroglio de la ville de Trappes en est un autre exemple et bien plus préoccupant. Rappelons qu’au mépris de l’épisode de la curée qui a mené à l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty, le Maire de Trappes, Ali Rabeh (Génération.S), réagit aux déclarations de Didier Lemaire, ce professeur de philosophie d’un établissement de sa ville mis sous protection policière après avoir dénoncé l’emprise islamiste dans la commune, en allant tracter dans l’établissement dudit professeur et en diffusant sur internet un document intitulé « Message d’Ali Rabeh aux élèves de la Plaine de Neauphle ». Dans ce message, le maire de Trappes y prend la défense des élèves de ce lycée en s’aventurant à un parallèle entre la situation vécue par les élèves de l’établissement et ses propres « années lycée » où il était déjà conscient, écrit-il « que mon origine de banlieusard me collerait une étiquette négative auprès d’une partie de la population ». Des encouragements comme on en rêve tous... Il raconte encore qu’ « une personne » l’a alors « aidé », le rappeur Kery James, dont il écoutait les chansons. La seule personne qui l’aurait aidé, n’est donc pas un professeur. Un constat contre l’institution de l’Éducation nationale et l’éducation en général, insensé et irresponsable de la part d’un Élu. On ne peut que souhaiter que le conseil d’État confirme la décision du Tribunal Administratif de Versailles qui a annulé le 2 février dernier l’élection municipale de 2020 à Trappes et que la situation s’apaise sans qu’Ali Rabeh ne soit plus réélu.
Ne pas croire au savoir, voilà à quoi renvoient ces deux épisodes. C’est plutôt préoccupant pour une société qui ambitionne au progrès plutôt qu’à l’obscurantisme.

Evénement
Journée mondiale contre l’homophobie à Paris

La Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie est une journée mondiale célébrée le 17 mai. Elle est parfois désignée de façon abrégée comme la Journée mondiale contre l’homophobie ou Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie.

Informations
Opinion
Nos micro-trottoirs

«Quels signes ostensibles ?»

Découvrir

Tout savoir sur Croyances et Villes.

Découvrir


Une publication EXEGESE SAS, 14 rue du Cloître Notre-Dame 75004 Paris.