«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

Cet article est en consultation libre

  • Publié le 12 décembre 2019
  • Mise à jour: 13 décembre 2019

Des retraites et des hommes

Il est aujourd’hui difficile d’échapper au projet de réforme des retraites et à son remous social et économique.
A la source des craintes et des angoisses financières et catégorielles dénoncées par la France du travail, se trouve la difficulté majeure d’un nouvel « en même temps », d’un universel-singulier, d’une réforme qui sous le vocable de « système de retraite universel par point », individualise les parcours de chacun, soutenant que le futur système de retraite n’en sera que plus juste et solidaire.
Mais déjà l’universel se fracture, pas dans l’individuel mais dans le corporatif avec l’annonce de l’exemption de l’application du système à la Police, aux personnels qui assurent des mission de sécurité "fortement opérationnelles". Alors, que penser des missions des personnels de santé qui assurent au quotidien dans des conditions de travail et de sécurité difficiles et connues, la sécurité du bien être de chacun, soignent leurs maladies pour le bon fonctionnement de la nation. L’incompréhension et leur colère ne peut que grandir.

Cette réforme est difficile car elle procède à un renversement. Elle le fait passer de l’horizontale à la verticale. La répartition horizontale des risques et l’épaisseur rassurante d’un calcul de pension établi sur les vingt cinq meilleures années bascule dans la verticale de toute une vie professionnelle et la détermination d’allocations de retraites basées désormais sur toutes les années travaillées, sur des carrières de plus en plus tardives, incertaines et de surcroît et contingentes à l’économie mondiale.
Il n’est pas besoin d’entrer dans tous les détails de cette réforme pour comprendre, qu’en l’état, ce changement de calcul sera moins avantageux à chacun et que les mécanismes de la "solidarité répartie" seront rompus pour tous.
Dans la nouvelle solidarité annoncée, les accommodements, les ajustements, les compensations ne seront désormais plus le résultat d’un pilotage paritaire et équitable du système, mais celui des seuls calculs du gouvernement, indexés de leus propres critères (endettement, inflation, espérance de vie,...). En résumé un organisme paritaire vivant va laisser la place à un système administré.

La retraite n’échappe donc pas non plus à la disparition progressive et discrète des fondements horizontaux de la société française, ses valeurs, que nous avions décrit précédemment dans le racornissement de cet espace public horizontal qu’est la rue.
Car ce qui est mis en cause ici, ce ne sont pas seulement des acquis salariaux mais ces valeurs collectives horizontales de toute société démocratique : le débat, la délibération, la solidarité, l’équité, l’égalité, le vivre ensemble, la fraternité. Toutes ces valeurs mises à mal par les dispositifs d’individuation.
Même la liberté aujourd’hui se trouve enserrée de cohortes de nouveaux droits fondamentaux revendiqués et réclamés pour faire loi de situations particulières qui ne rejoignent pas toujours, loin s’en faut, l’intérêt général. Quant au mérite, par essence individuel, il est désormais bien plus souvent invoqué dans les mots que récompensé et partagé dans les faits.

Par l’annonce d’échéances de plus en plus lointaines à la réalisation de ses mesures, la politique en vient à promettre des paradis aux citoyens. La retraite n’y échappe pas.
Les dogmes des religions du Livre ont toutes aussi cette essence messianique, celle d’un monde meilleur à venir, d’un sauveur et du paradis.
Aujourd’hui, celles qui ne sont pas restées dans un archaïsme inculte et mortifère des origines, ont renoncé pour convaincre, à ces lointaines promesses et se sont attachées pour et avec leur fidèles à tenter d’en exercer le message central : la miséricorde.

Croire en un universel des singuliers c’est croire en l’homme. Pas « au veau d’or » de la réforme. Nos hommes politiques et gouvernants ne devraient pas le perdre de vue. C’est le mieux qu’ils puissent faire aux citoyens ; ce qu’il est impératif et nécessaire de conserver à notre république laïque et démocratique.

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