«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

Cet article est en consultation libre

  • Publié le 13 septembre 2019
  • Mise à jour: 26 novembre 2019

Édito

Du « recours au religieux » au « retour des religions »

Dans son rapport d’activité 2018-2019, paru en juillet dernier, l’Observatoire de la laïcité, dans le cadre de sa mission d’information, s’était auto-saisi de la thématique qui alimente régulièrement le débat public, celle de la visibilité et de l’expression religieuses dans l’espace public.
Son étude relève que ces trente dernières années l’augmentation de la visibilité et de l’expression religieuse (qui concernent en particulier l’islam pour la visibilité, et le protestantisme évangélique pour la pratique et le prosélytisme), donnent cette impression plus générale de regain du religieux. Or les mêmes études confirment parallèlement à une baisse des fidèles se déclarant appartenir à une religion donnée, une hausse constante, encore ces dernières années, du nombre de personnes se déclarant « athées », « agnostiques » ou « indifférentes ». Cette contradiction entre le phénomène de sécularisation et l’augmentation de la visibilité et de l’expression religieuses, les auteurs du rapport l’analyse plus comme un « recours au religieux » qu’un « retour du religieux ».
Ils ont raison. Le religieux interpénètre aujourd’hui tous les enjeux et les débats de la société.

En politique par exemple, le recours au religieux est bien ce à quoi certaines organisations chrétiennes ambitionnent pour les prochaines élections municipales de mars 2020. En août dernier le mouvement Civitas a tenu son « UDT pour préparer les municipales de 2020 ». Fin septembre, aura lieu la première masterclass « Perspectives et enjeux politiques pour les évangéliques » du Conseil National des Évangélistes de France (CNEF), plus tard, début octobre, entre 100 et 150 élus participeront à « Chretien élu public - 11eme pèlerinage à Lourdes », organisé par le Service Pastoral d’Etudes Politiques créé par Le Cardinal Lustiger en 1995.
Autre registre du recours au religieux, la culture et la morale avec la « Conférence internationale pour la paix et la solidarité » qui se tiendra le 17 septembre à Paris. Cette fois c’est « pour faire entendre la condamnation de l’obscurantisme  » comme le précise dans un entretien au journal La Croix Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation pour l’Islam de France (FIF) et co-organisateur de l’évènement avec la Ligue islamique mondiale. La venue du secrétaire général Mohammed Al-Issa de cette organisation saoudienne basée à La Mecque et connue pour diffuser le wahhabisme dans le monde entier suscite la polémique. En tout cas elle pose beaucoup de questions à une France qui cherche à fonder un Islam de France ouvert, libéré des influences étrangères et de tous fanatismes.

Le recours au religieux c’est aussi le programme Erasmus « de la foi et de l’inclusion sociale » que s’apprête à lancer la Commission européenne et qui vise à organiser des échanges d’expériences entre organisations travaillant sur la foi et l’inclusion sociale. Question : les ONG œuvrant à l’inclusion sociale mais dans une optique laïque ou non religieuse y seront-elles inclues ?

Le recours au religieux c’est encore « le plan d’action pour la protection des sites religieux » qualifié de « nouvel effort important pour lutter contre la haine et la violence dans le monde  » par le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, plan présenté jeudi dernier aux Etats membres des Nations Unies.
Quand on réfléchit à l’histoire des nations et au nombre de conflits dont les religions ont été le motif ou les enjeux, et le sont encore comme en Syrie, Irak, Liban, Afghanistan, Ukraine, Ethiopie, Yemen, Palestine, Inde,… , on est en droit de se demander comment un tel plan peut-il être présenté à l’ONU. Au mieux, sa dimension culturelle et patrimoniale relève de l’UNESCO.

Les exemples ci-dessus du « recours au religieux » donnent bien ce sentiment qu’il y a un « retour des religions » qui se dessine. Dans l’absolu, l’un ne peut pas aller sans l’autre. Dans la pratique, les croyances, les valeurs, les principes doivent toujours s’incarner pour exister. Devenir à nouveau Maitre d’Oeuvre du destin du monde, les religions ne diraient pas non, mais quel homme politique refuserait également une telle destinée ?

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