«La République c’est le droit de tout homme, quelque soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de la souveraineté. »Jean Jaurès

 

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  • Publié le 17 juin 2021
  • Mise à jour: 18 juin 2021

Le Saint-Graal de « la laïcité pour les nuls »

Alors que le projet loi « séparatisme » revient en séance publique à l’Assemblée le 28 juin, les missions du futur comité interministériel de la laïcité qui se réunira pour la première fois le 12 juillet prochain se dessinent. La première d’entre elle, annoncée le 4 juin par le premier ministre, sera de s’attacher à la mise en œuvre de ce texte. C’est d’ailleurs par la même déclaration que l’on apprenait que les activités de l’Observatoire de la laïcité avaient pris fin ainsi que le mandat de son président, Jean Louis Bianco.
Jean Louis Bianco qui n’aura pas attendu plus d’une semaine pour créer une « Vigie de la laïcité ». La rapidité de l’annonce et le choix de l’appellation auraient pu laisser penser qu’il s’agissait là uniquement d’une riposte à cette éviction si dans la presse, l’ancien président de l’Observatoire de la laïcité n’avait immédiatement démenti cette idée, arguant de son souci de créer un « outil citoyen » dont le rôle sera d’orienter la réflexion sur le « droit », la recherche, les expériences de terrain et lutter contre les manipulations.

Soit ! L’organisme « indépendant et citoyen », dont il compte prendre la présidence regroupe effectivement des historiens, des philosophes, des anthropologues comme Jean Baubérot,Valentine Zuber, Dounia Bouzar. Tous estiment que les « relectures de la loi de 1905 rompent son équilibre et menacent le consensus nécessaire autour de la laïcité ». C’est ainsi, que dans une tribune publiée le 9 juin dans le Monde, les treize fondateurs ont reculé jusqu’à la IIIe République pour prendre leur élan, empoignant au passage Ferdinand Buisson, grand serviteur de l’Etat républicain, qui a donné, en 1883, la première définition de la laïcité : « L’Etat neutre entre tous les cultes, indépendant de tous les clergés, dégagé de toute conception théologique  », cela afin d’assurer « l’égalité de tous les citoyens devant la loi  », sans tenir compte de leurs croyances et pour garantir « la liberté de tous les cultes ». Indéniablement, la référence est bien choisie pour porter l’idée, éclairer les esprits, flatter l’initiative. Mais dans le même temps a-t-on besoin aujourd’hui d’un tel point de départ, pour veiller et surveiller la laïcité, la laïcité d’aujourd’hui... ?
Tout le problème d’une vigie est de savoir ce qu’elle doit surveiller et en général ce n’est pas la vigie qui définit ce qu’elle surveille car elle ne surveille pas pour son propre compte. Sinon cela s’appelle épier. C’est nettement moins noble et désintéressé. Donc le retour à cette référence par une instance que l’on l’imagine - c’est le rôle d’une vigie - dans la perception et la réaction à ce qui se passe, plus que dans la réflexion et la recherche de ce qui a été ou devrait être, ne réduit-elle pas à néant l’initiative car déjà elle dédouble, trouble, brouille, ce qui est observable et à observer et qui se résume aujourd’hui au seul principe de laïcité établit dans une loi, celle de 1905 séparant les Églises et l’État. Il serait alors à craindre que la « Vigie de la laïcité » qui vise, semble-t-il, à détricoter un débat public de la laïcité souvent très caricatural, médiatisé, où les positions s’affirment avec d’autant plus de dogmatisme qu’elles s’appuient sur une profonde méconnaissance du sujet, rate sa cible en étant elle-même à l’origine de la confusion. Nous rêvons tous d’une approche simple, unique et pragmatique de la laïcité, d’une laïcité facile à vivre, tout entière résumée dans les deux premiers articles de la loi de 1905 qui dans son article 1 énonce que la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes, et dans son article 2, supprime tout caractère officiel des religions.

Mais on vous le dira, on vous le répétera, souvent pour ne pas vous froisser, oh la laïcité c’est compliqué à définir, c’est un mot polysémique, un concept aux sept vies, celles la même que Jean Baubérot qui en dénombre sept types se plait à expliquer : Les laïcités antireligieuse, gallicane, ouverte, identitaire, concordataire, séparatiste stricte ou séparatiste inclusive ».
Abordée sous cet angle, la laïcité ne renvoie en rien à l’idée de « modèle français », mais juste à un « modèle universitaire », elle laisse face à différentes visions qui s’affrontent dans un rapport de forces politique, juridique et philosophique, et pour tout dire intellectuel et donc spéculatif. Pour moi cela n’est absolument pas rédhibitoire, bien au contraire, mais combien de français sont déjà capables de s’approprier le concept juridique et social de la séparation des Églises et de l’État, de la liberté de conscience et de croire ou de ne pas croire ? Alors, le décliner dans sept versions…
En revanche, en ce qui concerne la liberté de culte, vous aurez noté qu’elle est omise dans la question précédente, on peut faire confiance aux religions pour les y aider ! Et ce n’est pas pour rien que La religion a (re)pris une place prépondérante dans la société. Le retour du religieux n’est pas (ou plus) la manifestation de la gesticulation vigoureuse d’une minorité, une visibilité accrue comme l’ont soutenu certains, notamment l’Observatoire de la laïcité, mais bien le fait des cultes et d’un nombre croissant de citoyens dans une forme de désespérance. Des concitoyens qui ne trouvent pas (ou plus) au quotidien de la société française la fraternité, la reconnaissance, et qui à défaut d’être nourris par la certitude que ce qu’ils accomplissent soit payé de retour par la République, entrent dans une démarche de de foi et d’espérance gratifiée.

C’est une évidence : la laïcité, la séparation des Églises et de l’État, la liberté de conscience et de croire ou de ne pas croire, ne suffisent pas à l’État et à la société pour tenir la promesse républicaine. Il est encore une fois navrant de voir que seule la liberté de culte dans le respect de « l’ordre public établi par la loi » reste pour une majorité de français, au crédit de la loi de 1905.
La laïcité court-elle désormais le danger d’être réduite à la notion d’ordre public ? Il semble bien que oui avec des projets de loi comme celui « confortant le respect des principes de la République » qui ne s’en tiennent qu’au devoir et à la contrainte (aucune récompense n’y est envisagée pour un bon comportement). Quant au gouvernement, l’orientation de sa nouvelle organisation pour l’application de la laïcité, consiste à lui opposer (à la laïcité) une vision bureaucratique, un contrôle des pouvoirs publics. La laïcité doit-elle être administrée ou doit-elle continuer à être confiée à la société ? Assurément, on ne peut envisager que la seconde hypothèse.
Dans ce cas, des projets comme celui de Jean-Louis Bianco présentent de l’intérêt, mais à la seule condition qu’ils intègrent totalement la nécessité de la simplicité, de l’intelligible et de l’unicité dans leur présentation de la laïcité. La laïcité pour les nuls, cela n’est pas une injure ! C’est le Saint-Graal d’une France réconciliée et apaisée.

En guise de post-scriptum : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale », stipule la Constitution de 1958 (art. 1er), mais la séparation des religions et de l’Etat, n’a toujours pas cours dans le Haut-Rhin, le Bas-Rhin, la Moselle et la Guyane (ainsi que certains Territoires d’Outre-Mer) qui ne l’appliquent pas. On espère que ce sujet n’échappera pas à la « Vigie de la laïcité ».

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