«La République c’est le droit de tout homme, quelque soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de la souveraineté. »Jean Jaurès

 

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  • Publié le 15 janvier 2021

Les principes républicains et la laïcité vont-ils divorcer ?

Les différentes auditions de la commission spéciale examinant le projet de loi « confortant le respect des principes de la République » présidée par François de Rugy, montrent qu’avec ce texte et au travers de l’exemple de deux article (27 et 28) qui redonnent aux préfets le contrôle et l’agrément des associations cultuelles, la loi de 1905 est à nouveau mise sur la sellette et possiblement avec elle des pans entiers de libertés individuelles et collectives.
Mais cette fois-ci, de manière inattendue, c’est au travers d’un rappel par la loi aux respect des principes républicains qu’elle semble conduite à divorcer avec les principes, liberté-égalité-fraternité, qu’elle cimente.
Pour comprendre les enjeux de cette situation, il est bien entendu nécessaire de regarder en face les récents attentats et d’en comprendre les implications, mais il est aussi utile de se rappeler l’histoire complexe de la laïcité française depuis le Concordat napoléonien. Les différentes étapes sont autant de compromis où les deux parties, État et Églises, ont su faire des concessions réciproques avec un seul but : préserver la paix sociale.
Aujourd’hui, audition après audition, l’examen du projet de loi fait apparaitre la laïcité comme la cause et le remède d’un problème qui lui échappe l’islam radical et la violence des extrémismes islamiques. Cependant, l’esprit de la loi tend à montrer que le modèle « libéral » quelle incarne serait dépassé, notre « laïcité à la française » serait incapable d’apporter une solution viable aux dérèglements d’une société menacée par une idéologie politico-religieuse violente, l’islam radical, et rendue hypersensible, notamment par l’action des réseaux sociaux. Mais dans le même temps, en raison de son histoire, on l’invoque toujours comme solution exclusive à la pacification des passions françaises entretenues par le phénomène religieux.
Pourtant, force est de constater à l’aune du projet de loi, que la laïcité a perdu ce privilège d’incarner la conjonction des trois valeurs de notre devise républicaine et se trouve aujourd’hui « bousculée » par l’un ou l’autre.
Dès lors, faut-il la réinventer, doit-on procéder à une réforme de son contenu comme semble vouloir l’inscrire ce texte de loi, ou faut-il simplement revenir à ces fondamentaux et avoir le courage et la volonté d’appliquer les textes et utiliser les larges moyens législatifs et pénaux dont on dispose déjà aujourd’hui, comme l’ont exprimé beaucoup des personnalités entendues ?
L’histoire politique de la question laïque nous enseigne qu’il n’y a pas de solution sans négociation. La réponse est donc d’abord, et en grande partie, une affaire de méthode. À chaque étape de son édification, depuis le Concordat napoléonien, plus que dans les conflits, les querelles et autres bouleversements radicaux, c’est dans le compromis et non par la force et la répression que la laïcité s’est forgée. C’est toujours à ce prix que la concorde règne.
Les lois de la république et la loi de 1905 ne sont pas des promesses de sécurité. Aucune loi n’en est d’ailleurs une. Et elles ne sont pas négociables au prix d’une minorité terroriste car elles sont avant tout, pour tous les français, une promesse républicaine, une promesse de prospérité, de prospérité personnelle et sociale pour être partagée. Et ce n’est pas de l’angélisme ou de la naïveté que de le dire, mais de l’humanisme républicain. Tout serment de mariage est prononcé « pour le meilleur et pour le pire ». Les votes de nos lois, ces serments républicains, n’échappent pas à cette sentence, surtout qu’ils sont censés eux même le prévoir. Alors ne sacrifions pas la laïcité au renforcement des principes républicains, c’est oublier qu’elle en est l’heureuse épouse depuis plus d’un siècle pour notre plus grand bonheur.

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