«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

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  • Publié le 6 décembre 2019

A l’horizontale de l’espace public

Il est dans la nature de l’homme de vouloir toujours plus et de le montrer ; et dans son ambition, d’espérer toujours mieux. La verticalité magnifiée des nefs et des clochers d’antan à laquelle succède aujourd’hui celle des tours et des minarets toujours plus hauts, est un exemple flagrant du toujours plus : plus de symboles de puissance, de progrès technologique et de pouvoir hiérarchique.
Pour atteindre le mieux, l’homme s’est longtemps tourné vers un chef, un souverain, de droit divin ou non et vers le divin ou ses représentants, avant d’opérer une révolution et de se tourner vers lui-même et donc vers les autres pour penser une organisation garantissant à tous et à chacun la sécurité, la justice et la possibilité de prospérer : l’État.
Institué au travers des lois, de l’égalité devant la loi, de la séparation des pouvoirs, de la liberté individuelle et de conscience, des élections, il dessine une relation horizontale entre les citoyens, une expérience collective, un espace public, un pouvoir public.
L’espace public serait donc bien le lieu du « pouvoir avec », un lieu de délibérations et de décisions qui ne deviennent politiques que d’être mises en commun et où le pouvoir se constitue par cette mise en relation des esprits et des individus.

Il y a un immense écart entre cette description et notre perception de l’État qui se constitue et se pense quotidiennement dans la verticale d’un pouvoir exercé « sur » et « dans » l’espace public et non « avec ». C’est de cette perception que surgit le ternaire « Peuple, populisme, religion » et les problèmes qu’il pose à notre société, aux gouvernants et aux élus locaux.
La première difficulté semble se confondre avec la notion de « peuple » dont la réalité, nous le voyons tous les jours, peut aussi bien unir et rassembler que diviser et exclure. Entendue comme le corps des citoyens, la notion de peuple dans la République ne suppose aucune distinction de race, de religion, de culture. Appartiennent au même peuple ceux qui se soumettent aux mêmes lois et disposent des mêmes droits, unis par un contrat commun. Nous sommes dans l’idéal politique et laïc de notre espace public. Souvenons-nous, il y a encore quelques années, on parlait en France de « peuple de droite » et de « peuple de gauche ». Sous ces vocables s’incarnaient le corps des citoyens transcendant les différences et la vertu politique et démocratique du rassemblement des idées et des volontés. Chacun d’eux portant son projet, l’espoir d’un mieux collectif.
Les deux expressions ont disparu et les partis qui les portaient, quasiment, aussi.
Dans le même temps, on a vu ressurgir une autre conception de l’unité d’un peuple : celle qui le comprend comme une communauté que limite l’identité commune de ses membres avec toutes ses variantes : langue, religion, mœurs, civilisation, ethnie, etc. On parle de communauté musulmane. Cette approche identitaire et culturelle du peuple étant par essence exclusive, elle se prête à toutes les manipulations idéologiques, y compris les plus meurtrières. Elle plonge ses racines dans une autre dimension du peuple, celle des hommes et femmes qui n’ont jamais part au pouvoir, les classes populaires, dont les élites politiques redoutent d’entendre la voix, sauf certaines qui n’hésitent pas à la récupérer au travers du « populisme » ; ce discours flattant les intérêts du « peuple » en les opposant à ceux d’élites, qu’il prend pour cibles.

Le contexte géopolitique tendu avec le monde arabe a créé au sein du peuple français et dans de nombreux pays européens, un nouveau populisme plus ou moins xénophobe et raciste, anti-arabe, anti-musulman, anti-juif, très rarement anti-chrétien. Ce populisme défendant l’identité d’une population supposée culturellement et cultuellement intacte et homogène est un phénomène aux effets pervers. Il revient à l’horizontale de l’espace public sous des formes religieuses identitaires (port du voile, prières et processions publiques, ramadan, ...) mais aussi extrêmes et mortifères (mouvements salafistes, Frères musulmans, Daech,...).
Cette situation contribue à rendre l’espace public moins sûr, plus contrôlé, moins accessible. Les français ont grandement perdu de quiétude, de joie et de liberté dans cet espace public horizontal, la rue.

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