«Une démocratie doit être une fraternité. Sinon, c’est une imposture.»Antoine de Saint-Exupéry

 

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  • Publié le 6 janvier 2021
  • Mise à jour: 8 janvier 2021

Séparatisme : les instance juives de France plaident pour une loi qui ne défasse pas ce que depuis des années elles font avec les juifs de France

Lundi 4 janvier, Haïm Korsia, Grand Rabbin de France et Joël Mergui, président du Consistoire central israélite de France, ont été les seconds représentants des cultes à être auditionnés par les députés examinant le projet de loi « confortant le respect des principes de la République ».
Très nuancés dans leur critique du projet de loi, ils ont plaidés pour ne pas voir disparaitre « ce que depuis des années nous essayons de faire avec les juifs de France ».

« Que l’ancien soit renouvelé et que le nouveau soit béni !  » c’est sous ces auspices rabbiniques du XVIIIe siècle que Haïm Korsia, Grand Rabbin de France a débuté son audition devant la commission spéciale présidée par François de Rugy (La Rem). « C’est l’idée selon laquelle on pense toujours que l’on fait de nouvelle choses, mais dans la réalité on essaie de revenir à l’origine des choses  » commente-t-il, pour exprimer une certaine satisfaction de voir « l’esprit de cette loi présent depuis 3 ans » se concrétiser, et souligner « qu’en France la volonté collective se construit par la loi ». Face au déferlement de haine antisémite, « seule réaction à l’élection de Miss France » déplore-t-il, « oui il faut faire quelque chose », martèle-t-il : « on ne peut pas être uniquement dans les sempiternels cris, rappels à la loi, rappels aux principes sans donner un cadre, des principes juridiques pour faire les choses ».

Rendre plus attractive la loi de 1905

Animé du sentiment qu’avec cette loi, l’action doit aller au delà de la parole, le Grand Rabbin de France ne souhaite pas pour autant qu’elle vienne bouleverser un équilibre établi et le fonctionnement d’associations qui, précise-t-il, « font exemple ». Il y a une loi de liberté, une loi de la liberté de culte, c’est la loi de 1905, rappelle-t-il avant d’indiquer que presque tous les consistoires sont organisés sous le régime de l’association de la loi 1905 et que les communauté juives qui se créent aujourd’hui, le font toutes sous ce régime. Ce que la loi de 1905 ne permet pas, explique-t-il, et la synagogue comme l’église est un lieu de vie et de rassemblement où il se passe beaucoup de choses qui n’ont rien à voir avec le culte (le social et le caritatif), les consistoires le font via des associations loi 1901. Une manière pour lui de constater que les associations « y compris certaines dans notre culte », qui utilisent les lois de 1901 pour faire du culte, se trouvent en décalage avec les lois 1905 et mènent ces activités sans contraintes et obligations  ». L’occasion aussi de saluer certains des articles du projet de loi consacrés aux associations, l’article 33 par exemple, qui « mettent de la cohérence entre ceux qui acceptent les règles, afin qu’ils ne soient pas défavorisés, et ceux qui les contournent  ». Aussi plaide-t-il pour que l’État se penche sur les associations 1905 et sur la part d’intérêt général des activités cultuelles. « Peut-être avec une défiscalisation supérieure à 66 % » suggère t-il, ajoutant « Ce serait bien. Rendre plus attractive la loi de 1905, c’est éviter la suspicion générale des religions et de l’islam notamment. Il faut le dire pour rappeler l’intérêt de cette loi ».

Ne pas se tromper de cible

« Certaines évolutions sont nécessaires  » indique Joël Mergui, président du Consistoire central israélite de France, dans sa prise de parole introductive sur le projet de loi. « Depuis les années 2000, la remontée de l’antisémitisme et du terrorisme, nous avons été confrontés à la peur de l’amalgame », rappelle-t-il : « il était très difficile de dire d’ou venait le mal sans craindre de stigmatiser une partie du monde musulman. Vingt ans après, nous sommes dans une loi qui traite de ces problèmes mais adopte toujours une vision et un titre plus conciliant ». Le monde musulman ne doit pas se sentir stigmatisé dans son ensemble, assure-t-il en décrivant les bonnes relations qu’il entretien avec la communauté musulmane, notamment en leur proposant le modèle d’organisation du consistoire.
« Il faut savoir où est l’ennemi, et l’ennemi c’est le terrorisme » dit-il en soulignant que le combat contre l’islamisme qui atteint la société française a aussi a amplifié l’antisémitisme et créé de la haine contre Israël – Il prend ainsi à témoin les parlementaire pour les exhorter à faire que cette loi ne perde pas de vue que son combat «  est celui de l’islamisme et non celui contre les religions dans leur ensemble  ».
Le risque de cette loi est « le risque de dégâts collatéraux » renchérit Haïm Korsia. Avec cette expression « empruntée à son passé militaire », le Grand Rabbin veut convaincre. « En cherchant à encadrer des points particuliers des conduites et des dérive potentielles » explique-t-il, « on arriverait à sanctionner des choses qui ont toujours bien fonctionné : enseignement, formation de 80 % des rabbins en France pour véhiculer le projet du consistoire qui est ’’religion et patrie’’… Il y a un risque d’affaiblir des principes généraux et créer de la suspicion sur l’ensemble des religions » alerte-il.

« Ne défaites pas ce qui est fait depuis des années »

Au fait, quotidien, de la vie de l’ensemble des communauté, Joël Mergui, président du Consistoire central israélite de France, est aussi revenu sur l’état d’esprit des juifs de France – « Nous sommes dans une courbe de décroissance du nombre des juifs de France » indique-t-il, « certains quittent la France et d’autres quittent leur identité, c’est un phénomène nouveau  ». Loi 1905 ou loi1901, poursuit-il, l’État a souvent peur d’aider les structures juives par crainte de partialité ou d’être contraint d’aider les autres.« Mais nous menons un combat quotidien pour rassurer les juifs de France, pour les garder en France, pour sécuriser leurs lieux, pour leur dire qu’ils ont un avenir en France », plaide-t-il – Cette loi ne doit donc pas initier de nouveaux doutes dans l’esprit des juifs de France. Aussi, insiste-t-il : « toutes les associations, très biens structurées démocratiquement, qui fonctionnent bien, n’ont pas de raison de changer de statut ni de fonctionnement », pour mieux viser d’une part l’article 33 qui en instaurant une certification des comptes des associations, créerait ne nouvelle charge pour les consistoires qui assument déjà le montant parfois très élevé du restant dû (20 %) du coût de sécurisation des locaux et synagogues ; mais aussi l’article 6 du projet et son contrat d’engagement républicain qui s’appliquerait aux associations 1901, et spécifiquement aux associations cultuelles.
« Ne défaites pas ce que depuis des années nous essayons de faire avec les juifs de France, et donc ne punissez pas les cultes pour l’installation d’un nouveau culte qui s’installe en France et pour combattre une fraction terroriste de ce culte. Je ne tolèrerais pas que le judaïsme français soit la victime d’une règle qu’on cherche imposer pour juguler l’islam radical », lance en conclusion Joël Mergui, aux députés présents.

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