«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

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  • Publié le 28 février 2020

Séparatisme : mais c’est quoi l’identité française ?

Le Président Emmanuel Macron qui s’inquiète à juste titre d’une France minée par le « séparatisme islamique » a reconnu dans l’idée d’appartenance à un groupe, le droit à la communauté, à une identité spécifique pourvu qu’elle ne contredise pas celle de la communauté des citoyens français, l’identité française en somme. Oui mais quelle est-elle cette identité française ?
Partout dans le monde, nous le voyons, la question de l’identité rapportée à la communauté est devenue, ou redevenue, motif d’affrontements plus violents et aveugles que jamais. Cette identité-là est la première victime et la victime permanente des massacres occasionnés notamment dans les conflits du Moyen-Orient et les nouvelles guerres inter-religieuses comme en Inde.
Mais faut-il encore parler ici d’identité ? N’est-ce pas à une confusion des genres que procède le transfert des catégories de la personne humaine (religions, ethnie, profession,...) aux êtres collectifs ou aux communautés. Car la seule identité de ces êtres collectifs est l’unité : c’est à dire une identité dont le contraire ne serait pas le changement ou l’altération, mais la division et l’éclatement en une multitude de volontés ou de désirs qui s’affrontent. Et, aujourd’hui moins que jamais, nous ne pouvons ignorer que des hommes s’entretuent comme les derniers des barbares par la médiation de symboles identitaires générateurs d’effets destructeurs : peuple, nationalité, identité nationale, intégrisme religieux. Les récents attentats commis par l’extrême droite raciste en Allemagne, le déferlements de violence et de haine en meute sur les réseaux sociaux contre l’adolescente Mila ou tout autre tenant d’une identité collective par l’affirmation de ses convictions, en sont des exemples récents.
Ne dit-on pas souvent qu’être soi pour un individu, c’est d’abord être chez soi, parmi les siens, dans le milieu qui l’a modelé d’une multitude de caractères qui à la fois le distinguent des étrangers, des autres, et l’identifient comme membre d’une communauté. Si on peut le souhaiter, ne peut-on pas aussi le craindre ? Très souvent le sentiment de cette appartenance devient plus vif, plus fort que l’identité personnelle. Et alors beaucoup pensent « nous » lorsqu’ils disent « je », et surtout « moi je », perdent leur esprit critique et passent à l’acte.
Mais heureusement quelques hommes et femmes disent et pensent encore vraiment « je ». Il sont souvent militants, écrivains, cinéastes, mais toutes les bonnes volontés sont les bienvenues. Car ce qui peut arriver de mieux à qui cherche son identité, n’est-ce pas de découvrir la liberté ?
Comme l’a écrit Michel Foucault, l’identité personnelle requiert de « se déprendre de soi », de se désencombrer de soi pour trouver la seule chose incontestablement universelle pour les hommes : la raison. La raison identique en chaque homme est la seule chose qui contraigne de reconnaître une identité humaine, et par conséquent la présence en chaque homme, de l’homme tout entier. C’est à cette condition que l’égalité entre les hommes s’est fait jour et que les hommes ont pu se reconnaître et se proclamer libres et égaux à la Révolution française : je ne suis moi-même que si je suis traité en égal par les autres. Ainsi, seuls des êtres égaux peuvent être distincts et différents les uns des autres, et se connaître comme tels, se reconnaître comme tels. L’aspiration à la distinction n’est pas une aspiration mondaine, c’est l’aspiration à la dignité humaine.
Aussi faire des hommes de simples numéros, des individus purement sériels, les rendre impersonnels, les traiter comme des choses, cela revient à les déshumaniser et à se déshumaniser. Que sont la plus part des hommes aux prises avec notre monde toujours plus sujet aux normes ?
Un homme n’est-il jamais autant lui-même que lorsqu’il fait effort pour « penser par soi-même », pour se départir de ses préjugés, des modes et de l’opinion des autres auxquels son jugement est assujetti, pour s’en tenir fermement à ce que lui dicte sa raison, surtout lorsqu’elle lui impose de révoquer en doute des opinions et des croyances qu’il prend ou a pris bien à tort pour siennes, quelquefois seulement parce qu’il y trouvait un « réconfort ».
Quand le philosophe grec Aristote écrit, « l’homme vient de l’homme », il ne veut pas seulement dire que l’homme est le géniteur de l’homme, mais qu’il en est surtout l’instituteur. Tour à tour instituant et institué.
Il en découle que notre identité humaine et personnelle est donc essentiellement active et soumise à l’altérité. Elle est, nous l’avons revu ci-dessus, liberté, égalité et maintenant Fraternité. De cela, nous, les citoyens français et tous les enfants de la République, nous devons en avoir pleinement conscience, en être toujours convaincus ! Les valeurs de la République laïque sont notre identité, la République française notre seule communauté, celle de citoyens égaux en droits et en devoirs disposant de la liberté de conscience, de croire ou de ne pas croire. C’est sur ce socle que chacun peut y prospérer, bâtir sa vie avec l’Autre.

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