«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

Cet article est en consultation libre

  • Publié le 20 décembre 2019
  • Mise à jour: 21 décembre 2019

Entre foi, incertitude et espoir

La contestation sociale interrompue de ces derniers mois (hôpital, éducation, retraites, pouvoir d’achat) montre que beaucoup de français ont de plus en plus de mal à vivre le présent et à trouver un sens à leur histoire, à avoir confiance dans leur avenir et dans celui de leurs enfants. Selon le Figaro, hier, 66 % d’entre eux estimaient que le mouvement actuel contre le projet de réforme des retraites est justifié, BFM TV indiquant de son côté que 57 % s’y opposaient ouvertement.

Le problème des retraites devrait conduire plus que tout autre à réfléchir au sens de la vie, du travail et même de l’histoire. Mais ce n’est pas un sujet de société que l’on examine à la va-vite. Cinq ans d’un quinquennat n’y suffisent pas. D’ailleurs la réforme des retraites imposée aujourd’hui pour garantir en urgence un avenir au présent des français est le résultat d’une absence de réflexion et de courage des majorités politiques et des citoyens eux-même, durant de nombreux mandats.

Alors il faut l’avouer, la question « l’histoire a-t-elle un sens aujourd’hui et, si oui, lequel ? » si on la considère dans une perspective très très synthétisée de l’histoire des idées et des hommes, hormis quelques soubresauts extatiques de la conquête spatiale, la réponse semble mener tout droit au travers de périodes d’incertitude, de doute et de colère, vers la résignation et le désenchantement. Les derniers sondages sur le moral des français ne disent pas autre chose : en octobre 2019 le CSA comptabilisait 62 % de français pessimistes et 24 % de très pessimistes.

Car que le premier sens de l’histoire ait été l’expérience messianique de la révélation du nom de Yahvé et qu’il ait donné à l’histoire et au « peuple élu » son premier sens : l’homme s’est mis à croire que quelqu’un viendrait le sauver, cela n’a pas permis d’améliorer les choses aujourd’hui. Que ce sens de l’histoire qui sera ensuite transmis aux chrétiens puis largement repris par les laïcs donne aux hommes beaucoup plus tard, au travers des sciences, un autre sens de l’histoire, celui des grandes découvertes et du progrès scientifique, de la raison louée contre Dieu au temps des Lumières, ne convainc pas plus l’ensemble de nos concitoyens aujourd’hui. Que le progrès de l’esprit avec la philosophie morale et politique ou de la philosophie du droit, les grands textes sociaux du XIXe siècle, aient conduit les hommes à se poser la question : « la science, la politique, le droit vont-ils amener une société meilleure ? » et aient apporté de bonnes réponses et des conquêtes sociales, ce sont celles la-même qui remises en cause, sèment le trouble aujourd’hui. Que l’économie ait fait irruption dans l’histoire et envahit le quotidien de tous les hommes, substituant à l’idée de progrès la notion de croissance, et enthousiasmé une partie de l’humanité, le soufflet semble retombé. Les prévisions économiques erronées et les vraies crises boursières ont brouillé peu à peu le dernier sens donné à l’histoire, celui de la prospérité, et créé la désunion entre les hommes et mené au désenchantement.

Et pourtant plus que jamais tout reste à faire : il y a un monde à changer, des politiques économiques et sociales à imaginer face au défi climatique. Et vite. Mais il semble que collectivement nous n’ayons jamais quitté ce premier sens de l’histoire évoqué plus haut : nous sommes toujours dans l’attente d’un sauveur, d’un homme providentiel, de la providence.
Aussi nous formons le vœu pour que ces derniers jours de l’année 2019 redonnent du sens à notre histoire collective et qu’ils soient providentiels à tous et à chacun du bonheur et de la joie d’être ensemble, d’un peu plus de foi en soi et en l’humanité.

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