«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

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  • Publié le 8 octobre 2020

Église catholique

Fratelli tutti (Tous Frères) : l’encyclique pour un monde solidaire avec les plus faibles

Plaidoyer pour la fraternité, haro contre le dogme néolibéral, le pape François a signé sa troisième encyclique le 3 octobre dernier après avoir célébré la messe sur la tombe de saint François d’Assise. Le lendemain, le Vatican a publié ce long texte de presque 100 pages qui appelle tous ceux qui sont de bonne volonté à construire un monde solidaire avec les plus faibles.

Décrivant un monde cynique et individualiste, en perte de repères, le pape François a dévoilé dimanche un long plaidoyer contre les inégalités sociales, appelant de ses voeux un monde solidaire avec les plus faibles, en rupture avec « le dogme néolibéral ». Engagé en 2019, avant la pandémie, on a cru un moment que le pape allait écrire une encyclique consacrée à la non-violence. Puis pendant la pandémie de COVID-19, son entourage s’attendait à un document explorant en profondeur ses appels répétés au monde pour qu’il reconnaisse les inégalités et les injustices mises à nu par la pandémie et adopte des politiques économiques, politiques et sociales correctives. Au bout du compte, Fratelli tutti combine ces deux éléments dans le cadre fixé par le document sur la fraternité humaine et le dialogue interreligieux que lui et le cheikh Ahmed el-Tayeb, grand imam de la mosquée al-Azhar au Caire, en Égypte, ont signé en 2019.
Le pape confesse lui-même dans son encyclique, que pour avoir été inspiré par Saint-François d’Assise pour ces deux premières encycliques, il a été dans l’écriture de celle-ci, « encouragé » par son dialogue avec le dirigeant musulman et par leur déclaration commune selon laquelle « Dieu a créé tous les êtres humains égaux en droits, devoirs et dignité, et les a appelés à vivre ensemble comme des frères et sœurs ».

Bien sûr, L’encyclique fait aussi et toujours référence à l’engagement de saint François d’Assise, à son « ouverture fraternelle » qui, selon le pape, appelle les gens à « reconnaître, apprécier et aimer chaque personne, quelle que soit sa proximité physique, quel que soit son lieu de naissance ou de résidence ». Utopie, vision romantique ? Le pape François veut croire que non, même s’il constate amèrement que « l’individualisme radical est le virus le plus difficile à vaincre » dans une société malade « tournant le dos à la souffrance ». Or, « tout être humain a le droit de vivre dans la dignité et se développer pleinement » plaide-t-il.

Réifier le bien commun

Le pape a utilisé l’encyclique pour réaffirmer avec force un principe traditionnel de l’enseignement social catholique : « l’usage commun des biens créés », qui affirme que « Dieu a donné la terre à l’ensemble du genre humain pour la subsistance de tous ses membres, sans exclure ni favoriser personne ». Le droit à la propriété privée, et les bénéfices que les individus et la société tirent de la protection de ce droit, a écrit le pape François, ne peuvent être considérés que comme un droit naturel secondaire, faisant ainsi la critique « dogme de foi néolibéral », « une pensée pauvre, répétitive ». « Le droit de certains à la liberté d’entreprise ou de marché ne peut se trouver au-dessus des droits des peuples et de la dignité des pauvres, pas plus qu’au-dessus du respect de l’environnement », écrit-il encore, ajoutant que le commerce devrait toujours être clairement orienté vers le développement des autres et l’élimination de la pauvreté, notamment par la création d’emplois. Par ailleurs, il déplore aussi « La spéculation financière, qui poursuit comme objectif principal le gain facile, continue à faire des ravages » alors même que « la fragilité des systèmes mondiaux face aux pandémies a mis en évidence que tout ne se résout pas avec la liberté de marché ».
« Nous ne devons pas tout attendre de nos gouvernants ; ce serait puérile », reconnaît-il. Mais dans le même temps, il demande à la politique de se réhabiliter auprès de l’opinion publique en « visant le bien commun », même si « investir en faveur des personnes fragiles ne peut pas être rentable ». Le pape convie ainsi les gouvernants à réifier leur réflexion sur la défense du droit au travail et à l’alimentation (« la faim est un crime »), ou encore sur l’égalité pour les femmes ainsi que sur la dette des pays pauvres.

Bannir la négation de l’autre

« La guerre est toujours un échec de la politique et de l’humanité, synonyme « de civils massacrés » et « d’enfants mutilés » écrit le pape François. Avocat inlassable d’une « culture de la rencontre », le pape prodigue une fois de plus dans ce texte ses conseils sur la façon de sortir des conflits, sans appeler à la vengeance et à la haine. « Si parfois les plus pauvres et les exclus réagissent par des actes qui paraissent antisociaux, il est très important de comprendre que ces réactions sont très souvent liées à une histoire de mépris et de manque d’inclusion sociale », commente-t-il.
Né en Argentine dans une famille de migrants italiens, il lance avec cet encyclique un nouvel appel à l’accueil des migrants, en dénonçant « les nationalismes fondés sur le repli sur soi ». « Les groupes populistes fermés défigurent le terme Peuple », juge-t-il encore, en dénigrant des dirigeants « qui répondent à des exigences populaires afin de garantir des voix ».
Il s’irrite aussi beaucoup des « échanges fébriles d’opinion sur les réseaux sociaux » qui entravent plus le « développement de la fraternité universelle » qu’ils ne permettent d’agir en voisin les uns des autres.

Redonner sa place à la parole religieuse

Le pape réitère son appel à l’élimination totale des armes nucléaires, « un impératif moral et humanitaire » martelé en novembre 2019 au Japon dans les villes martyres de Nagasaki et Hiroshima. Il a tenu aussi à rappeler un objectif qu’il a inscrit dans le catéchisme de l’Église : la peine de mort est « inadmissible » et doit être « abolie ». Le Souverain pontife consacre aussi un chapitre à la défense de la voix religieuse dans des sociétés de plus en plus sécularisées. « Il est inadmissible que, dans le débat public, seuls les puissants et les hommes ou femmes de science aient droit à la parole », dénonce-t-il.
En faisant référence à maintes reprises à la co-signature en février 2019 à Abou Dhabi (Emirats arabes unis) d’un « document sur la fraternité humaine » avec le grand imam sunnite égyptien d’Al-Azhar, cheikh Ahmed al-Tayeb, le pape montre qu’il n’entend pas s’adresser dans sa lettre aux seuls catholiques. Il rappelle notamment que les chrétiens réclament la liberté religieuse dans les pays où ils sont minoritaires et appelle à interrompre tout soutien aux mouvements terroristes.

Evénement
Un attentat chasse l’autre et crée l’intolérable

Contre l’horreur, en hommage au professeur Samuel Paty, assassiné vendredi pour avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet, la mobilisation a été forte cet après midi. D’importantes manifestations se sont déroulées, ce dimanche 18 octobre. Elles ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes (enseignants, militant(e)s, personnalités politiques et élu(e)s locaux et nationaux) partout en France. Les associations de défense des droits de l’homme (LDH), contre le racisme et l’antisémitisme (SOS racisme) et les syndicats d’enseignants y ont pris la parole pour exprimer la peine et la colère de toute la société française laïque et républicaine et sa détermination à ne pas laisser l’islamisme y prospérer.
Nous étions présents pour témoigner de notre peine pour cet homme libre, assassiné parce qu’il voulait le rester, exprimer notre compassion à sa famille et à ses collègues.
Mais les paroles comptent peu au regard des actes. Il faut agir maintenant. Nous prendrons notre part.

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