«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

Restauration de Notre-Dame : la Crypte archéologique rouvre ses portes pour rendre hommage à Victor Hugo et Viollet-le-Duc, ses sauveurs du XIXe siècle

Au coeur de la Crypte archéologique de l’île de la Cité, juste en dessous du parvis de la cathédrale, Valérie Guillaume, conservatrice générale du patrimoine et directrice du musée Carnavalet - Histoire de Paris et de la Crypte archéologique, a conçu avec ses équipes une très belle et très intéressante exposition. Belle idée que de proposer au public toujours sous le coup de l’émotion de l’incendie de la cathédrale et de sa reconstruction, l’histoire d’un précédent sauvetage du monument. Et quelle histoire !

Fermée suite à l’incendie de la cathédrale Notre-Dame, la Crypte archéologique de l’île de la Cité, rouvre ses portes au public le 9 septembre 2020 avec une exposition hommage retraçant l’histoire de Notre-Dame de Paris.

Gravures et photographies accompagnées de reproductions et de dispositifs numériques (films et reconstitutions 3D) font remonter le temps, voyager dans l’univers littéraire et artistique du XIXe siècle, dans un parcours qui retrace à merveille ce tournant de l’histoire de Notre-Dame.

Quand Victor Hugo et Viollet-le-Duc étaient au chevet de Notre-Dame

Construite entre le XIIe et le XIVe siècle, la cathédrale Notre-Dame de Paris a connu dans les siècles suivants de nombreuses transformations visant, le plus souvent, à l’adapter au goût du moment et, donc, à effacer son caractère gothique. Elle subit notamment d’importantes mutilations durant les XVIIe et XVIIIe siècles, avec la destruction du jubé, de l’autel, des vitraux, la suppression des gargouilles, l’élargissement du portail central. Même la flèche érigée en 1250 est démontée en 1786 pour prévenir son affaissement. Viollet-le-Duc, retrouvera ses fondation et s’appuiera dessus pour édifier la sienne.
Sous la Révolution, les statues des rois et celles des portails sont détruites, la cathédrale devient un moment un temple de la Raison avant d’être rendue au culte catholique en 1802, et que Napoléon Bonaparte s’y fasse sacrer empereur. En 1830, ce qui reste de la cathédrale gothique se révèle en très mauvais état et on envisage même de la démolir.
Partageant tout comme les écrivains et académiciens Charles Nôdier et Prosper Mérimée qui devint le premier inspecteur général des monuments historiques en novembre 1830 avec pour mission d’inventorier « tous les édifices du Royaume », Victor Hugo publie en 1831, Notre-Dame de Paris, roman gothique, historique, philosophique, qui est aussi un fleuron du combat contre les « démolisseurs ». Le roman qui fait du monument le personnage principal rencontre immédiatement le succès et fait naitre un mouvement populaire pour la défense de Notre-Dame de Paris. Un ambitieux chantier de restauration est alors conduit par deux architectes venant de collaborer sur le chantier voisin de la Sainte-Chapelle, Jean-Baptiste Lassus (1807-1857) et Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879). Ce dernier souhaite rester fidèle au monument médiéval, il fait appel au sculpteur Victor Geoffroy-Dechaume (1816-1892) pour qu’il conduise l’équipe d’artistes chargée de restituer statues, gargouilles et autres éléments décoratifs. C’est lui qui sculptera les statues des douze apôtres, dont l’une d’elles, celle représentant Saint Thomas, a été réalisée à l’effigie de Viollet-le-Duc, en hommage à l’architecte.

Brassaï (dit), Halasz Gyula (1899-1984), Chimère, vue de Notre-Dame sur Paris et la tour Saint-Jacques (le diable) (C) Estate Brassaï - RMN-Grand Palais - Photo (C) RMN-Grand Palais / Michèle Bellot

Mais Viollet-le-Duc lui-même, probablement inspiré par le roman de Victor Hugo mettant en scène une cathédrale obscure, dédale d’endroits sombres et refuge de personnages inquiétants comme Frollo et Quasimodo, s’autorise aussi quelques créations lorsqu’il dessine les sculptures, et en particulier les monstres, comme le célèbre Stryge [1], qui ornent les hauteurs de la cathédrale.

Une restauration immortalisée par les débuts de la photographie

La restauration de la cathédrale commence quelques années après l’invention de la photographie et de la démocratisation du daguerréotype en 1839. Dans un siècle dominé par l’idée de progrès, cette nouvelle technique va permettre d’immortaliser les vestiges du passé que l’état commence à protéger. Les premiers photographes sont ainsi les témoins de cette histoire et documentent de nombreuses étapes de la restauration.

Charles Nègre (1820-1880), Cathédrale Notre-Dame, façade ouest, vers 1853. Tirage sur papier salé © Los Angeles, J. Paul Getty Museum

Tout comme le célèbre roman de Victor Hugo et l’architecture audacieuse d’Eugène Viollet-le-Duc, ces images contribuent à inscrire la cathédrale à la postérité. L’édifice est depuis admiré du monde entier comme en témoigne l’émotion mondiale provoquée par l’incendie du 15 avril 2019.

Dans la crypte archéologie et ses plus de 2000 ans d’histoire

Vestiges de la Crypte archéologique de l’île de la Cité © Pierre Antoine

En visitant cette exposition, le visiteur plongera aussi dans le ventre de Paris, pas celui du XIXe siècle et de Zola, mais celui du Ier au IVe siècle et des vestiges gallo-romains. Il partira à la découverte des remparts de la forteresse de « l’île », érigée pour protéger Lutèce des invasions barbares, de ses thermes et du quai romain qui marque l’ancienne rive de la Seine, à 50 mètres en retrait de l’actuelle. Un vestige qui témoigne de l’importance du fleuve et des activités portuaires de l’époque symbolisées par ce pilier des Nautes, une colonne monumentale érigée en l’honneur de Jupiter par les Nautes [2] de Lutèce au Ier siècle, sous le règne de l’empereur Tibère. Découvert au XVIIIe siècle dans le sous-sol de la cathédrale, le pilier des Nautes a été reproduit en miniature dans l’exposition, mais les plus curieux pourront aller admirer, grandeur nature, son syncrétisme original mêlant dieux gaulois et dieux romains dans la salle du frigidarium des thermes du Musée de Cluny.

Tout au long du parcours de visite, des focus enfants/familles proposent des textes adaptés et illustrés afin d’associer petits et grands. C’est notamment le cas du film « Notre-Dame Éternelle », un court-métrage produit exclusivement pour l’exposition par le Groupe Orange qui rend hommage à la Cathédrale en montrant notamment la flèche de Viollet-le-Duc et la « forêt » que l’on ne pourra plus voir.
Pour visiter l’exposition, il est nécessaire de se rendre sur le site : www.crypte.paris.fr, pour réserver les entrées.

Illustration de l’article : Notre-Dame Éternelle © Orange (image du film)

[1Les stryges, ou striges (du grec στρίγξ / strígx, « oiseau de nuit »), sont des démons femelles ailés, mi-femmes, mi-oiseaux, qui poussent des cris perçants. Le mot « striga » désigne lui la sorcière.

[2Les Nautes sont une confrérie d’armateurs mariniers qui naviguaient sur les fleuves et rivières de Gaule.

Evénement
Ouverture aujourd’hui 2 septembre 2020 du procès des attentats de 2015

A la veille de l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, l’hebdomadaire satirique a dévoilé la une prévue pour ce mercredi 2 septembre. Comment accueillir cette une, qui acte la republication des caricatures de Mahomet, à l’origine de nombreux scandales en 2005 ? La question est difficile à trancher. D’un côté, le courage du journal est salué, mais d’un autre, on s’interroge sur la portée de cette nouvelle publication qui peut être perçue comme une provocation. Nous espérons en forme d’apaisement que le procès y apportera une troisième réponse, celle d’une condamnation éclairante des raisons de ces actes et juste de ceux qui les ont commis, en mémoire de ceux qui ont perdu la vie lors de ces évènements sans avoir attenté aucunement à celle des autres, ceux qui l’ont perdu pour quoi ? pour çà ...
Olivier Konarzewski

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